Droit à l'oubli: "menace" et "censure de l'information" pour Wikipedia

Julien Helmlinger - 09.08.2014

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Depuis mai, la Cour de justice européenne reconnaît le droit à l'oubli. Ce qui permet aux particuliers de demander aux moteurs de recherche la suppression de liens dirigeant vers des pages web contenant des données personnelles les concernant. Cette semaine Google a fait état de ses difficultés dans l'examen des requêtes, et surtout celles nombreuses provenant de France. La fondation Wikimedia lors d'une conférence de presse, ce mercredi, dénonce à son tour une « menace » contre l'encyclopédie en ligne et une « censure de l'information véridique ». 

 

 

 

 

La conférence de presse se tenait à Londres, tandis qu'un autre communiqué était envoyé, expliquant que l'encyclopédie s'attend à subir un « impact direct et critique » avec cette instauration du droit à l'oubli. Elle s'est vue notifier par Google que 5 requêtes d'internautes ont été acceptées la semaine dernière, ce qui s'est traduit par la suppression de 50 URL qui dirigeaient vers Wikipédia, sans possibilité de recours.

 

Selon Techcrunch, l'une des demandes de suppression concernerait un article sur une mafia italienne, et une autre se rapportait à un internaute ayant purgé une peine de prison. Si Google a prévenu l'encyclopédie, cette dernière précise néanmoins que les moteurs de recherche n'avertissent pas forcément les éditeurs de contenus de telles suppressions de liens. La fondation estime que la procédure reste opaque. 

  

Le cofondateur de Wikipédia Jimmy Wales, au cours de la conférence de presse, a rappelé que « le projet Wikimedia, y compris Wikipédia, est fondé sur la croyance que n'importe qui n'importe où est en mesure d'avoir accès à la somme de toutes les connaissances. Mais cela n'est possible que si des gens peuvent contribuer et participer à ces projets sans réserve- c'est-à-dire que leur droit à créer du contenu, y compris controversé, doit être protégé ».

 

Pour Wikipédia, ce sont tout bonnement des résultats de recherches précises qui disparaissent en Europe, « sans aucune explication publique, aucune preuve réelle, pas de contrôle judiciaire, et aucun processus d'appel. Le résultat est un internet criblé de trous de mémoire, des lieux où les informations gênantes disparaissent tout simplement ». Pour les moteurs de recherche, les premiers soucis apparaissent aussi.

 

Une lourde tâche pour Google, notamment en France

 

Le juriste en charge de questions de vie privée chez Google, Peter Fleischer, adressait le 31 juillet dernier une lettre au CNIL, faisant état des difficultés découlant de l'application du droit à l'oubli. La société californienne avait par ailleurs proposé à Jimmy Wales de rejoindre son conseil consultatif dédié à ce chambardement. La délimitation entre l'accessibilité aux infos, le droit de l'éditeur à diffuser les données et les éventuels dommages personnels ou économiques pointés par les internautes demandeurs, doit être vérifiée par le moteur.

 

Or, la tâche serait lourde, notamment en ce qui concerne l'Hexagone. Entre le 30 mai et le 18 juillet, soit depuis que Google prend en compte les demandes de droit à l'oubli, la France est en tête des pays européens demandeurs, avec 17.000 requêtes concernant 58.000 URL. L'Allemagne arrive ensuite avec 16.500 demandes (57.000 URL), la Grande-Bretagne avec 12.000 demandes (44.000 URL), l'Italie avec 7.500 demandes (28.000 URL) et les Pays-Bas  avec 2500 demandes (21 000 URL).

 

Comme le détaille Google, sur les 91.000 réclamations déposées en ligne, globalement pour toute l'Europe, 53 % d'entre elles ont obtenu gain de cause, 32 % se sont vues rejetées, et 15 % autres nécessiteraient davantage d'informations.