e-album, comment l'application modifie la publication numérique

Association Effervescence - 19.01.2016

Lecture numérique - Applications - album numérique - lecture application - tablette écrans


Chaque semaine, ActuaLitté et l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donnent rendez-vous. Retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique réalisée par les étudiants de la formation, mettant en lumière les nouvelles problématiques liées au numérique dans le monde de l’édition. Cette semaine, une réflexion sur les albums numériques d’exposition, nommés « e-albums », suite à une journée d’étude à l’ENSAD

par Claire Jeantet

 

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N’avez-vous jamais été tenté de tendre la main lors d’une visite au musée pour effleurer le tableau d’un grand maître ? C’est aujourd’hui possible grâce aux « e-albums », des applications développées par les musées et téléchargeables sur tablettes (iOS et Android). Haute définition des reproductions, possibilité de zoomer dans l’œuvre, vidéos d’archive de l’artiste ou d’un spécialiste, bibliographie connectée : l’e-album a tout pour attirer tant l’amateur que le spécialiste.

 

Cependant, il peine à trouver son public. Le terme d’« e-album » est encore peu connu par le grand public et son contenu non identifié. De fait, l’application reprend souvent le contenu de l’album papier, c’est-à-dire une sélection d’œuvres commentées, ainsi que des vidéos déjà présentes dans l’ex-positon par souci d’économie. 

 

La déception passée, essayons de comprendre quelles sont les contraintes pesant sur le développement des e-albums. Il s’agit principalement de contraintes juridiques – l’acquisition des droits pour la reproduction numérique des œuvres – et techniques – le recrutement de personnes compétentes pour développer une application et la constante mise à jour pour que le fichier soit lisible sur les différents supports de lecture. Le modèle économique actuel, avec un prix de vente autour de 4 € 99, ne permet pas de couvrir l’investissement réalisé par la maison d’édition. 

 

Néanmoins, l’e-album n’est pas à ranger au placard, car il pose un défi majeur aux éditeurs : comment renouveler le beau-livre, l’objet-livre par excellence, sur un support numérique ? Comment en faire un objet numérique à part entière et par là même désirable ? Le passage d’une double page à une seule page-écran remet en cause le rapport texte-image et le rôle du blanc comme espace de respiration. À ce sujet, jetez un œil au Fragonard Amoureux réalisé par la RMN avec des étudiants de l’ENSAD.

 

Lire Fragonard en 16 plaisirs : du simple « Bonheur de s’aimer » à l’équivocité d’un « Verrou », en passant par des « Jeux de mains » parfois libertins, c’est à travers le prisme de l’érotisme sous toutes ses acceptions que le Dictionnaire vous invite à effeuiller l’œuvre audacieux de Fragonard. Affranchi de toute contrainte biographique, J. Goulemot, spécialiste du XVIIIe siècle, recompose autour de l’artiste une nébuleuse amoureuse en 16 mots, comme autant de portes (à la dérobée) pour s’immiscer dans le secret de l’art de Fragonard.

 

 

 

L’arrivée de l’iPad Pro, dont la taille de l’écran se rapproche d’une page de catalogue imprimé, donnera sûrement un nouveau souffle à la production. 

 

Mais un autre scénario est possible : appliquer à l’e-album le modèle de la presse magazine en ligne, en proposant un contenu plus circonstancié et nourri par les réseaux sociaux des musées. Du kiosque de presse numérique au kiosque d’e-album il n’y a qu’un pas, faisant de ce dernier un bien de consommation périssable.

 

Les éditions muséales sont aujourd’hui à un carrefour : produire un bel objet numérique ou un objet temporaire et ultra-connecté, plus proche de la médiation que de la conservation. 

 

 

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À mardi prochain !