Ebook : Apple devenu le meilleur soutien d'Amazon

Clément Solym - 16.12.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - Steve Jobs - Apple - Amazon


Le prix des livres numériques est-il si haut outre-Atlantique à cause d'Apple ? C'est en regardant le prix de vente des livres papier et des ebooks, les prix de vente sont tout de même moins élevés dans le cadre du numérique. Mais alors que les éditeurs trouvent que ces prix bas dévaluent les ouvrages, ils sont parvenus à fixer et imposer un prix de vente.

 

La question est d'autant plus délicate, dans une période où les enquêtes portant sur des pratiques anticoncurrentielles pleuvent. D'un côté, Bruxelles a déclenché les hostilités, mettant en cause plusieurs éditeurs internationaux, de l'autre, une enquête est ouverte outre-Atlantique, sur les mêmes principes. Avec toujours en dénominateur commun Apple...  

 

Contrer Amazon, pour un commerce sain

 

C'est que, comme on peut le découvrir dans la biographie à succès de Steve Jobs, c'est à Apple que l'on doit la hausse des prix pour les livres numériques. En se lançant dans le livre numérique, Apple a en effet mis en place une politique simple : rehausser de 30 % le prix de vente, attendu que les éditeurs qui vendront dans l'iBookstore - l'application librairie de l'iPad - seront ponctionnés de ces fameux 30 %. 

 

Une décision qui ferait augmenter le prix de vente des livres numériques, évidemment, mais permettrait en contrepartie d'imposer ce prix à tous les revendeurs. Dont Amazon, qui commençait à faire très peur aux groupes, avec sa politique tarifaire particulièrement agressive - qui faisait pourtant le plus grand bonheur des clients. 

 

 

Aujourd'hui, ActuaLitté a pu le souligner à plusieurs reprises, cet accord, appelé contrat d'agence, a permis de freiner les ardeurs du marchand de Seattle. Mais pour le ministère de la Justice américain, ce pourrait être une simple infraction aux règles sur la libre concurrence. 

 

Les ventes baissent... mais pas partout

 

Amazon a fait état d'une croissance ralentie, depuis l'instauration de ces nouvelles règles commerciales. John Makinson, directeur exécutif chez Penguin Group fait de son côté valoir qu'en dépit des pertes constatées en volume de ventes, les marges ont augmenté. En parallèle, le cybermarchand a ce matin assuré que ses différents produits Kindle se vendaient depuis trois semaines à plus d'un million d'exemplaires chaque semaine. 

 

Mais la situation devient schizophrénique pour les consommateurs étasuniens, qui n'ont jamais connu de prix unique du livre quand ils n'achetaient que des versions papier. Et de découvrir que désormais, les ebooks disposent d'une contrainte financière, sous la forme d'un prix unique, les déstabilise. Simplement parce qu'ils arrivent à trouver des ouvrages papier qui sont alors moins chers que leur homologue numérique. Dans le premier cas, le revendeur n'est tenu par aucune législation, et peut donc appliquer toutes les remises qu'il souhaite pour attirer le client.

 

Dans le second, c'est une contrainte qui s'exerce, puisque le prix de vente est imposé... 

 

L'autoédition, à Steve Jobs, reconnaissante

 

Dans ce contexte, on constate également une forte augmentation du nombre d'ouvrages autoédités, dont les auteurs se régalent. Si les grands groupes fixent les prix de vente, et les imposent, à des niveaux élevés, ils profitent alors d'un boulevard qui s'offre à eux, pour trouver des lecteurs, et réaliser des ventes, plus nombreuses. Les clients se tournent en effet vers ces textes d'inconnus, pour échapper au prix de vente des ouvrages du circuit classique. 

 

De plus en plus furieux d'être pris pour des vaches à lait, et confortés dans leur position par la communication d'Amazon, les clients désertent un peu la consommation d'auteurs classiques, pour se précipiter chez les autoédités. Mais qui, de toute manière, empoche le pactole ? C'est évidemment Amazon, qui propose un service de commercialisation pour ces auteurs indépendants. Et là, les grands groupes ne peuvent que regarder la manne leur filer entre les doigts.  

 

Il faut ajouter que les résultats de la boutique iBookstore, chez Apple, ne sont guère reluisants. En octobre dernier, Apple comptabilisait entre 10 et 15 % du marché du livre numérique. Un certain échec, devant la chaîne Barnes & Noble, mais plus encore, face à Amazon. Apple avait annoncé quelque 180 millions d'ebooks téléchargés, depuis l'ouverture de l'iBookstore, mais ce chiffre ne correspondait en rien à un nombre de vente...