Abonnement illimité : le développement du livre numérique en Italie

Nicolas Gary - 04.08.2015

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En novembre 2014, Amazon débarquait en Italie avec son service d’abonnement, Kindle Unlimited. 700.000 ouvrages numériques proposés, pour 9,99 € et 30 jours d’essai gratuits. Mais une société italienne avait déjà amorcé la pompe : Laterza proposait depuis avril de la même année un catalogue de 300 titres, pour un tarif de 7,90 €. Le modèle Spotify débutait pour l’édition.

 

Roma - Il Tevere

Alessandro Grussu, CC BY NC ND 2.0

 

 

Dans un contexte où le pays lit peu – 6 Italiens sur 10 n’ont pas lu de livres en 2014 –, le principe de l’abonnement semblait plus qu’audacieux. D’aucuns auraient dit irréfléchi. Et les réticences exprimées en France par de grands groupes d’édition, ou les organisations d’auteurs et de libraires, se retrouvaient alors facilement dans la presse. 

 

L’une des plus importantes résistances était de prendre en compte que les abonnés grands lecteurs finiraient par acheter moins de livres, du fait de la formule illimitée. Étant donné qu’ils étaient déjà peu nombreux à faire tourner l’industrie, leur disparition redoutée serait plus néfaste encore. Et provoquerait une chute des revenus pour les éditeurs.

 

Pour les observateurs, payer pour l’accès et non pour la possession devenait une nouvelle approche, un changement total de paradigme. Sauf que la donne avait déjà changé avec le livre numérique, tout simplement : on ne possède du livre numérique qu’une licence d’utilisation, contrainte par la présence de verrous numériques. Et ce, que l’on se trouve en Italie, en Chine ou au Danemark.

 

Le responsable des contenus Kindle au niveau mondial, Russ Grandinetti, faisait un point en mai dernier sur les premiers retours d’utilisation. Selon Amazon, on assistait à une hausse du temps de lecture de 40 % chez les utilisateurs de Kindle. Et un quart de ceux qui avaient souscrit à un abonnement achetaient alors plus de livres.

 

Lecture sociale, des David et un Goliath

 

Bien entendu, le marché italien est encore en cours de structuration, assurait ce petit-fils d’immigré italien, un point fort dans ses échanges avec les éditeurs. « Dans tous les pays où nous avons lancé de service, lorsque les gens qui achètent un abonnement lisent plus, que ce soient les livres inclus ou ceux qu’ils achètent séparément », assurait le vice-président d’Amazon. 

 

Et de rappeler que le plus complexe est d’amener les gens vers la première page du livre, qu’il soit numérique ou papier. « Les livres sont importants dans un monde où tous les médias sont en concurrence pour attirer l’attention. Le plus grand concurrent du Kindle, ce ne sont pas les livres papier, mais les réseaux sociaux, et les autres applications », garantissait Grandinetti. (via La Stampa)

 

De son côté, Laterza n’a pas jeté l’éponge et la plateforme continue de se battre contre le géant américain. Aujourd’hui, son catalogue contient plus de 500 titres, et une sélection d’œuvres que Laterza Publishing commercialise. Avec 1750 abonnés au service, la société a développé différentes applications et surtout, faire croître sa vision sociale de la lecture.

 

 

 

Une communauté de lecteurs, réunie autour de l’application LEA est développée, avec pour objectif de rendre plus vivante la lecture, que ce soit sur smartphone ou tablette. Et la startup Bookliners, originaire de Turin, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Interactivité et partage sont les fers de lance de l’évolution de ses services, avec une liberté dans les échanges qui la distingue de ses concurrents américains, souvent plus prudes. 

 

Selon Giuseppe Laterza, qui préside la maison d’édition impliquée dans la création de la communauté, estime que « cette plateforme permettra de repenser complètement le métier d’éditeur ». Les Éditions Laterza avaient de toute façon amorcé un virage depuis plusieurs années, en proposant des contenus liés aux nouveaux médias, mais également avec la diffusion de podcast, Lezioni di Storia, conférences à leur initiative. (via Corriere)

 

Une autre entreprise, toujours issue du monde des start-ups, avait lancé son service en novembre 2014, quelques jours avant l’arrivée officielle d’Amazon et de Kindle Unlimited. Son modèle reposait sur un partenariat avec les éditeurs et la commercialisation de livres en streaming. Les maisons sont rémunérées sur le modèle du nombre de pages affichées. Bookolico revendiquait d’ailleurs un système plus vertueux qu’ailleurs, considérant que l’éditeur gagnait plus, à mesure que le nombre de souscriptions se développait. 

 

 

 

Depuis octobre 2014, la société a également grandi. Elle aussi est originaire de Turin, et a décidé que son offre démarrerait à 99 centimes par mois, avec une quarantaine d’éditeurs intégrés dans son catalogue. Elle repose sur une application iPad uniquement, et Android devrait suivre avant la fin de l’année. (via Stella nova)


Pour approfondir

Editeur : Dargaud
Genre : bandes dessinees...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782505007975

En Italie il n'y a que des vrais hommes

de Colaone, Sara;Santis, Luca De

"Un roman graphique sur le confinement des homosexuels à l'époque du fascisme" Une phrase de Mussolini donne le titre - et le ton - à ce très bel album : " En Italie il n'y a que des vrais hommes ". Ainsi, en 1938, aucune loi nationale ne fut promulguée à l'encontre des homosexuels, puisqu'ils étaient censés ne pas exister. Une solution : les déporter sur de petites îles du sud de l'Italie... Dans cet album, deux journalistes rencontrent Ninella, l'un des seuls survivants de cette époque. La relation qui se noue entre ces trois personnages et le témoignage de Ninella, en flash-back, forment un album dur, émouvant, et étonnamment non dénué d'humour.

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