Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Ebook : Contre l'Anastasie, un label Certifié censuré par Apple

La rédaction - 31.03.2014

Lecture numérique - Usages - Miss Ska - Anastasie - censure d'Apple


En juillet 2013, l'éditeur tout en ligne - oui, on ne dit plus pure player, aujourd'hui - Miss Ska déplorait la censure d'Apple, qui frappait, à sept reprises des couvertures de livres. L'Anastasie, terme utilisé pour désigner la censure, concernait encore une fois une paire de seins, dont on finit par se demander ce qu'Apple peut bien leur reprocher. A la lumière des dernières informations, l'éditeur nous fait parvenir une tribune. « La judiciarisation est telle aux States que l'entreprise craint des procès. Tel serait le motif plus que la pruderie foncière de cette entreprise. On veut bien le croire, mais cela ne change rien au caractère insupportable de cette censure. » Ou quand le diktat dApple sévit, la raison se perd.

 

 

QuébecAdabra! - Anastasie

Bruno_Remy, CC BY NC ND 2.0

 

 

L'ordre moral planétaire serait-il en marche ? Voici le message que le distributeur de SKA, en l'occurrence Immateriel.fr, nous a renvoyé.

Problème qualité Apple iBookstore. Contenu interdit ou choquant.
This book contains Prohibited Explicit and/or Objectionable Content that is not allowed.
Sœur Fouettard – Première partie – Loulou de Max Obione publié le 01/03/2014

SKA adresse à son distributeur numérique Immateriel.fr  les sorties du mois, ce dernier se charge de les expédier  à tous les revendeurs, soit plus de 60 plateformes de vente d'ebooks en ligne, dont Apple. La marque à la pomme propose notamment les ebooks SKA sur son Apple iBookstore. Chaque revendeur effectue un contrôle de qualité préalable sur la compatibilité technique du fichier. Ce qui est tout à fait naturel. Mais Apple raffine son intrusion par un contrôle de la « bienséance » de la couverture. Une dizaine de couvertures de SKA ont été retoquées du fait de leur indécence supposée. 

 

Voici deux exemples :

3 couvertures successives de Sainte-Lucie de José Noce ont été réalisées, la première a été censurée par Apple, la seconde aussi,  la dernière n'a pas soulevé d'objections (et pour cause !)

 

 

Les deux couvertures des 11 mille verges de Guillaume Apollinaire ont été censurées. SKA a décidé de ne pas refaire une troisième couverture.

 

 

SKA, après avoir renaudé à refaire des couvertures s'est plié à ces exigences et depuis lors, la graphiste se censure tentant de rentrer dans les clous de « leur » code moral. Cependant, il vient d'être décidé de ne plus se plier aux exigences d'Apple en la matière en cas de nouveau rejet.

 

Scandaleux

 

Mais escalade bien plus grave encore, Apple, si l'on en croit le message cité plus haut, jugerait également du contenu. La bêtise en cette occurrence est à son summum ! Car évidemment, personne n'a lu chez Apple la première partie de Sœur Fouettard de Max Obione. Un robot algorithmé, (eh oui !) analyserait à la hache les textes. C'est sans doute le mot « sœur », – la religieuse –, qui a allumé le clignotant rouge et donné l'alerte. En mars un brûlot bien plus iconoclaste est passé à travers les ciseaux de cette imbécile d'Anastasie américaine. On commence à dresser le catalogue des interdits de la marque à la Pomme : surtout pas de bouts de seins en couverture, pas de mot désignant un ordre religieux…Dans quelque temps, on pourra cerner ce qui pourrait s'apparenter au Code Hays qui sabrait les scènes « so shocking » du cinéma américain dans les années 1950. 

 

D'où ce sentiment d'une régression intolérable si l'on cède à cette soumission imposée par un marchand… et qui appelle à une réaction ferme des acteurs du livre, des lecteurs, et des autorités étatiques. Il faut taper au portefeuille, inviter les appeliens à télécharger en dehors de l'Apple iBookstore.

 

Loulou, la première partie de Sœur Fouettard  de Max Obione (et possiblement les 3 épisodes à suivre) ne sera donc pas vendue par Apple, heureusement toutes les autres plateformes revendeur la proposent. Morale de l'histoire : il faut scrupuleusement :

  • veiller à la diversité de l'offre culturelle, à l'interopérabilité, à la polyvalence des outils de lecture sur écran,
  • inciter à acheter en ligne sur les autres plateformes,
  • et en ce qui nous concerne et qui concerne tous les acteurs culturels : continuer à créer et éditer en toute liberté  y compris celle de blasphémer (ce qui n'est pas le cas dans Sœur Fouettard, au demeurant). 

Les marchands n'ont pas à dicter leur loi prudhommesque ridicule en usant de la censure économique.   Nous proposons la promotion d'un nouveau label.