Ebook en bibliothèque : unifier l'offre pour séduire le grand public

Antoine Oury - 23.03.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - prêt en bibliothèque - livre numérique - CAREL


Nota bene : la confrontation animée par Alain Patez n'aura rien d'un pugilat. Face à Pascal Leray, bibliothécaire et directeur du réseau de collectivités territoriales CAREL, l'éditeur Patrick Gambache (La Martinière-Points), qui vient de la commission Numérique et Nouvelles Technos du SNE, n'a rien contre le prêt des livres numériques en bibliothèque. 

 

 

Patrick Gambache (SNE, La Martinière-Points), Pascal Leray (Réseau CAREL), Alain Patez 

 

 

Bien au contraire : la discussion s'articule autour d'une offre concrète, qui permettra bientôt l'acheminement des titres numériques vers les établissements de prêt, le hub PNB (pour Prêt Numérique en Bibliothèque) mis en place par Dilicom. Ce hub, sorte de plateforme unique, neutre, qui vise à unifier l'offre des multiples plateformes, « y compris étrangère » souligne Patrick Gambache pour montrer qu'aucun acteur n'est exclu de la compétition.

 

Mais bien plus : « Pour les libraires, ce hub permettra l'interopérabilité, avec une seule entrée pour éviter un compartimentage de l'offre. » Ensuite, ces mêmes libraires pourront proposer une offre aux bibliothèques, dans une configuration similaire à celle éprouvée depuis un moment pour les livres papier. 

 

Pour éviter « le phénomène du silo », l'opérateur de ce hub ne sera « ni éditeur, ni libraire, ni diffuseur », explique Patrick Gambache. Histoire d'éviter la situation de 2008, lorsqu'Hachette avait racheté Numilog, et avait ainsi poussé, sans le vouloir, plusieurs autres éditeurs à quitter la plateforme, dont Gallimard, Editis ou Media Participations. « On veut bien monter une plateforme ensemble, mais en mode "tout le monde voit, tout le monde ne voit rien". »

 

Le colporteur, certes, mais pour quelle offre ?

 

Comme le souligne Alain Patez, les bibliothèques n'ont jamais autant oeuvré en faveur de la littérature du XIXe siècle : l'offre numérique dans les établissements se résume encore aux seules oeuvres libres de droit. Et l'offre commerciale, elle, reste au stade de la définition : l'achat du livre numérique reste élevé, les limitations de prêt toujours d'actualité (avec un forfait ajustable, à 50, 60 prêts), et différents tarifs possibles sont évoqués, entre les nouveautés et le fonds.

 

Reste également l'épineuse question des DRM : si l'abandon de l'ex-standard Adobe est désormais acté par tous (et pour cause, puisque l'éditeur stoppe la mise à jour de cette solution), la création d'un standard, version light et en creative commons, fait son chemin. « De plus, le DRM d'Adobe, qui coûte 10 centimes € par prêt, posait la question du payeur : le hub, les établissements publics ou les éditeurs ? » s'interroge Gambache.

 

Pour le moment, comme l'assure Pascal Leray, ce sont les nouveautés qui intéressent le grand public, et plus particulièrement les best-sellers. Malheureusement, ce sont également ces derniers que les éditeurs sont les moins enclins à prêter, de peur d'une baisse de chiffre d'affaires... Tout le monde s'accorde pourtant : « Les bibliothèques fabriquent des lecteurs, et donc des acheteurs. » 

 

Ce qu'il reste à faire

 

Et pour pouvoir amener ces nouveautés jusqu'aux lecteurs, la seule question du catalogage se pose : « Si l'offre numérique équivaut pour l'instant à une carcasse, l'uniformisation des métadonnées est un enjeu tout aussi important », explique Pascal Leray. En effet, payantes et inadaptées aux interfaces des bibliothèques, elles plombent le recensement des titres disponibles.

 

Outre l'élaboration des offres techniques (avec, vraisemblablement, une lecture en streaming in situ et un téléchargement ex situ dès septembre), PNB planche sur une mise en lumière de ces catalogues, pour que les usagers repèrent plus facilement l'offre numérique de leur établissement de prêt. La pérennité des collections acquises par les bibliothèques (« Les seules à garantir la conservation du fonds des éditeurs sont les bibliothèques et la BnF », rappelle Gambache), y compris en cas de changement de plateforme, devient également un enjeu incontournable pour les partisans - militants - du prêt numérique.

 

Le 5 juin, ils pourront se retrouver à l'Assemblée Générale du réseau CAREL, à Lyon, à condition d'être membres de l'association.