La Fnac ne voit pas l'intérêt d'un abonnement illimité à 10 € par mois

Antoine Oury - 24.11.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - abonnement illimité - Fnac magasin - Coralie Piton


Jukebox, Fnac Play... Après des offres d'abonnement avec accès illimité pour la musique et la vidéo, il était plutôt logique de voir la Fnac s'attaquer aux abonnements avec accès dit illimité pour le livre numérique : il n'en sera rien, du moins pas dans un futur proche, d'après Coralie Piton, directrice de la stratégie et du livre, Fnac, qui intervenait lors d'une table ronde au Forum de Tokyo. 

 

Coralie Piton, directrice de la stratégie et du livre, Fnac

Coralie Piton (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Intervenant dans une table ronde consacrée aux modèles d'affaires de la culture et d'accès aux œuvres, la directrice de la stratégie et du livre a clairement indiqué qu'un abonnement illimité pour les livres n'était pas au programme du groupe. « Nous avons observé qu'un bon lecteur lit en moyenne un livre par mois, ce qui lui coûte en moyenne 10 € par mois : nous ne voyons pas trop l'intérêt de proposer un abonnement illimité alors que l'achat sur la plateforme créée avec Kobo en 2011 fonctionne très bien », a-t-elle expliqué. 

 

Monter une offre d'abonnement, convaincre les éditeurs et obtenir le laissez-passer de la médiatrice du livre serait un peu trop cher payé, d'autant plus si un abonnement illimité prive au final la Fnac de quelques achats supplémentaires.

 

D'autant plus que le modèle d'aujourd'hui n'est pas forcément celui de demain : « L’offre illimitée à 10 € par mois n’est pas la dernière proposition, et il y en aura d’autres qui viendront remplacer ou compléter les modèles », ajoute Coralie Piton.

 

Dans l'immédiat, la Fnac aurait donc dans l'esprit de travailler plus avant la prescription, celle de la force de travail de l'enseigne culturelle, ce qui est cohérent avec un rapprochement engagé avec l'enseigne Darty pour multiplier les points de vente. 

 

Mais l'enseigne culturelle souhaite aussi poursuivre un de ses combats : « Nous voulons que le livre numérique bénéficie d'un écart de prix plus important avec le livre papier. » Un argument qui, à lui seul, pourrait faire revenir les Français vers le livre, pour peu que la facilité d'utilisation aille de pair avec un tarif attractif, d'après Coralie Piton.

 

Les problématiques économiques, bien connues

 

La médiatrice du livre, Laurence Engel, avait en effet été saisie par Fleur Pellerin pour définir la limite légale des offres d’abonnements de livres, dites illimitées. Les opérateurs disposaient alors d’une période de six mois, après la remise des conclusions, mais il ressortait que le modèle de 10 € pour un accès sans limite à un catalogue sans restriction n’était pas conforme à la loi.

 

La position de Fnac semble en tout cas très proche de celle défendue par le PDG de Hachette Livre, Arnaud Nourry. « Si nous allions vers l’abonnement, nous irions, c’est sûr, vers la destruction du modèle économique que nous mettons en place », soutenait-il.

 

« Le livre est un marché d’offre, beaucoup plus que la musique. [...] S’il n’y avait pas tous ces libraires pour les proposer, les quatre cinquièmes ne verraient jamais le jour, traîneraient sur une table et disparaîtraient au bout d’une semaine. [...] Et cette formule d’abonnement, c’est la mort des libraires. Croyez-moi, je lutterai très fort, contre cette tendance-là. »

 

 

NB : La Fnac a souhaité apporter la précision suivante : l'enseigne n'est pas « opposée » à un service de streaming pour le livre, comme le titre de cet article l'indiquait précédemment. Elle émet seulement des doutes sur le modèle tarifaire d'un abonnement à 10 € par mois. « Le modèle du streaming est une offre à laquelle Coralie Piton croit beaucoup », nous assure l’enseigne. De là à conclure qu’une offre se profile chez Fnac, les hypothèses sont ouvertes. 

 

D’autant plus qu'en février dernier, le service Lab Client Fnac proposait aux abonnés de répondre à un petit sondage sur l'apparition d'une offre d'abonnement Fnac. Deux offres étaient proposées et reposaient sur un principe d’offre de téléphonie mobile : on remplaçait juste le forfait d’appel par des ebooks et le smartphone par un appareil de lecture Kobo.

 

L’ensemble devait servir à alimenter le parc de lecteurs ebook en France, puisqu’il envisageait aussi une solution de location-vente, au terme de laquelle le client posséderait son eReader. 

 

Pour les résumer : 

Une Kobo Aura pour 49,90 € et un abonnement mensuel de 12 € sur douze mois d’engagement.

Une Kobo Aura, payée sur 12 mois à 4,16 € et un abonnement mensuel de 12 € sur douze mois d’engagement.