Ebook : La Justice américaine veut asseoir 'une situation de monpole'

Clément Solym - 05.06.2012

Lecture numérique - Législation - Entente - livres numériques - ministère de la Justice


Toujours obsédé par la Justice américaine et sa décision de poursuivre Apple et les cinq éditeurs, soupçonnés de s'être entendus pour augmenter le prix de vente des livres numériques, le syndicat des auteurs tire de nouveau la sonnette d'alarme. Cette fois, c'est la class action qui est au centre de leurs préoccupations.

 

Il faut en effet distinguer deux choses : d'un côté, l'action du DoJ, sur les problèmes de concurrence, de l'autre, la class action réunissant les usagers américains, convaincus d'avoir été lésés. Sur ce second point, la juge de district, Denise Cote, examinera cet été le règlement proposé par le DoJ, et que les éditeurs sont en train de négocier avec les États. 

 

Mais l'Authors Guild soutient que « le règlement proposé n'est pas dans l'intérêt du public, car il met inutilement en péril les librairies de brique et de mortier, tout en soutenant un monopole en ligne et décourageant la concurrence entre les fournisseurs d'ebooks et les fabricants d'appareils ». En ce sens, le règlement doit être repensé et sensiblement modifié, estime l'AG.

 

 

don't mess with us

 

 

Dans un très long billet, l'association professionnelle souligne une fois de plus la position dominante d'Amazon, qui avait lutté contre le contrat d'agence. Ce système, permettant aux éditeurs de fixer un prix de vente pour tous les revendeurs, favorisait bien la concurrence, mais selon Amazon, empêchait d'être concurrentiel — comprendre : pratiquer des tarifs particulièrement bas pour tuer le marché. 

 

Le DoJ entend donc revenir en arrière sur ce point, et réinstaurer des achats de livres en gros, revendus au prix que souhaite le détaillant. Alors que la vente en ligne est à l'origine d'un véritable bouleversement dans l'industrie du livre outre-Atlantique, puis dans le reste du monde, l'AG soutient que les libraires ont été les premières victimes. Mais les consommateurs, subrepticement, sont alors devenus les dindons de cette farce.

 

La librairie en ligne est en effet accusée de ne mettre en avant que des best-sellers, et donc d'appauvrir l'offre. Dans un secteur où Amazon possédait 90 % du marché, difficile de croire à une bibliodiversité possible. Si les oeuvres un peu plus confidentielles sont bien présentes dans les étals numériques, leur existence, par le biais de la prescription de libraires professionnels, disparaît de fait dans la masse.

 

En acceptant alors de jouer avec Amazon, et de faire des ventes en gros, permettant ainsi au revendeur de vendre à perte, les éditeurs « ont fait une énorme erreur ». 

 

Et l'AG de défendre donc un maintien du contrat d'agence, qui seul aura permis de renverser l'état de fait et le monopole d'Amazon dans cette situation. « Le ministre de la Justice sanctionne la campagne anticoncurrentielle destructrice d'un géant, possédant des milliards et armé d'ambitions illimitées. La situation est sordide, et sans précédent à notre connaissance : le ministère de la Justice est intervenu pour aider à asseoir une situation de monopole », conclut l'AG. 

 

Une conclusion qui rejoint bien entendu celle d'Apple, qui accusait même le DoJ d'encourager et de favoriser le monopole d'Amazon. Ce dernier se rangerait « du côté du monopole, plutôt que de celui de la compétition », estime la firme de Cupertino. Le gouvernement américain considérerait que l'arrivée d'Apple en 2010 a provoqué une rupture de concurrence... « Idée qui ne tient pas compte d'un fait simple et incontournable : avant 2010, il n'y avait pas de concurrence réelle. Il n'y avait qu'Amazon. Au moment où Apple est entré sur le marché, Amazon vendait environ neuf livres sur dix, et son pouvoir sur les prix et la sélection des produits étaient presque absolus. »  (voir notre actualitté)