Ebook : le marché britannique diminue pour les Grands éditeurs

Clément Solym - 03.02.2016

Lecture numérique - Usages - ebook marché - Royaume Uni ebooks - ventes éditeurs


La mort du livre physique deviendra un non-sujet – s’il était besoin de le confirmer – de même que la domination du livre numérique. Le Bookseller vient de publier des informations montrant une chute des ventes d’ebooks sur le territoire britannique. « Sans l’ombre d’un doute », écrivent nos confrères. Mais avec quelques réserves cependant.

 

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La première chose à noter, c’est que les résultats présentés concernent les grandes maisons d’édition. La deuxième, c’est que, pour l’année 2015, le recul est de 2,4 %, soit 47,9 millions d’exemplaires vendus sur les 12 mois. Le troisième point est que cette baisse « est probablement moins importante que beaucoup d’observateurs ne l’auraient prédit ».

 

C’est la première fois que nos voisins d’outre-Manche observent ce phénomène, touchant les Big Five : Penguin Random House, Hachette, HarperCollins, Pan Macmillan et Simon & Schuster. Le chiffre d’affaires de chacun a diminué pour le secteur numérique, avec 0,4 % de baisse chez Penguin Random House, le plus important groupe éditorial de Grande-Bretagne. Soit 16,1 millions contre 16,17 millions de titres en 2014.

 

Chez HarperCollins, on perd 1,1 %, quand Pan Macmillan accuse 7,7 % et Simon & Schuster enregistre 0,3 %. 

 

La problématique britannique est identique à celle rencontrée aux États-Unis : le prix des ebooks a augmenté chez tous les éditeurs. Si cette approche visait à empêcher Amazon de pratiquer la vente à 9,99 $ pour les USA, ou l’équivalent britannique, cela a eu pour conséquence directe d’impacter les ventes. Les lecteurs ont délaissé l'ebook pour le livre de poche.

 

Alors, une fois encore, les livres numériques autopubliés ne sont pas comptabilisés, et, clairement, ce segment récupère une grande partie du lectorat qui ne souhaite pas revenir à des ebooks trop chers. Selon les experts consultés par le Bookseller, le marché pourrait représenter, en numéraire, entre 58 et 175 millions £. 

 

 

 

Pour James Daunt, directeur de la chaîne de librairies Waterstones, l’autoédition « prend clairement des ventes sur ce segment, avec des niveaux de prix très bas, face aux éditeurs d’ebooks traditionnels ». Toute la problématique reste de savoir et de définir la part de marché récupérée – et pour des libraires, de savoir comment il serait possible de commercialiser l’ensemble du catalogue. « Ce n’est pas une mauvaise chose que le marché se développe : beaucoup de livres autoédités sont parmi les plus innovants », poursuit-il.

 

Les données du marché numérique de l'autopublication manquent, évidemment, pour avoir un regard global. Mais dans le même temps, Philip Jones, rédacteur en chef du Bookseller, considère que, dans son ensemble, le marché numérique a en réalité augmenté. « Si l’on inclut les petits éditeurs, et les livres autoédités et les éditeurs exclusivement numériques », la donne est effectivement modifiée. 

 

Cependant, cela ne changerait pas la tendance globale : de 2012 à 2014, le marché a ralenti sa croissance, et continuerait de décélérer « jusqu’à  ce que les lecteurs migrent des dispositifs à base d’encre électronique vers les tablettes et les smartphones ». (via Guardian)

 

 

Mise à jour - 21h10 :

Faisons également remonter le commentaire avisé d’un lecteur : il souligne avec justesse que le prix de vente augmenté – pour répondre aux impératifs que les maisons souhaitaient mettre en place – a tout à fait pu conduire, outre à se tourner vers le livre de poche, au piratage. La contrefaçon de livres numériques a-t-elle augmenté au cours de l’année 2015 ? La donnée serait particulièrement intéressante. 

 

Selon toute probabilité, elle devrait avoir connu une croissance régulière entre octobre et décembre 2014, pour augmenter à partir du mois de janvier. C’est à cette date que le prix des ebooks a été revu et corrigé : le temps que les lecteurs intègrent tous l’information, les premiers mouvements de contrefaçon significatifs ont vraisemblablement surgi entre fin janvier et début mars. Et si les ventes ont globalement diminué en 2015, alors le mouvement de contrefaçon a pu se prolonger toute l’année...