Orange enterre Read & Go : du kiosque presse à la librairie

Nicolas Gary - 09.08.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Read and go - Orange ebooks - portrail vente


Le service qu’avait déployé Orange, voilà une dizaine d’années, Read & Go va fermer ses portes. Originellement présenté comme un kiosque pour journaux numériques – donc déjà condamné à l’échec, lisait-on à l’époque – l’outil s’était ouvert aux livres numériques. Et Orange a décidé de mettre un terme à son produit le 7 octobre prochain.

 

 

 

 

Les premiers pas du portail, sur l’iLiad, lecteur ebook développé par iRex, avaient été chaotiques. C’était en 2008, et les premières présentations laissaient dubitatifs. C’est que l’encre électronique, pour lire des livres, faisait déjà son petit trou, mais pour la presse, sans couleur, les contraintes étaient trop visibles. Et pourtant, Le Monde, L’équipe, Les Échos, Le Parisien ainsi que Télérama s’étaient lancés. 

 

Le kiosque devait avant tout profiter du développement du réseau 3G en France – milieu 2008, ne n’oublions pas ! – et l’accès aux journaux vendus sous la forme d’un abonnement/bouquet. À cette époque, la commercialisation de livres numériques n’était encore qu’une lointaine projection, et la loi encadrant le prix des ebooks était tout juste en cours d’élaboration. 

 

Kiosque à journaux, et bientôt, à livres numériques

 

Et puis, Read & Go avait été expérimenté : dans des universités de Catalogne, toujours avec l’iLiad, dont la taille de 8,1 pouces avec la présence d’un stylet devait apporter un confort... qui ne fut jamais au rendez-vous. Le kiosque dut, bon gré mal gré, oublier ce support, et travailler une version web qui serait plus en mesure de répondre aux attentes des internautes. Le problème est qu’entre temps, la presse a développé ses applications pour iOS ou Android. De même les consommateurs n’ont jamais vraiment été emballés par les principes de kiosques à journaux numériques. 

 

À partir de 2010, Read & Go prend l’orientation applicative, pour Android, alors qu’Orange a choisi la Galaxy Tab, première du nom, pour exposer bellement son outil de lecture. La bibliothèque est moribonde, tout juste 300 titres, et malgré tout la présence d’Actes Sud. Continuité du kiosque, mais déjà aveu d’échec sur les précédents développements, Read & Go s’était associé à miLibris, pour la partie technique liée aux fichiers. 

 

« Nous ne traitons qu’avec les éditeurs. Notre service sera bien sûr ouvert aux auteurs indépendants [NdR : autopubliés] pour leur proposer les services de notre plateforme, à l’avenir. En revanche, nous ne voulons absolument pas contourner ni nous substituer aux éditeurs : pas question de vendre les œuvres d’un auteur qui a déjà signé avec une maison d’édition », expliquait-on à l’époque

 

La reconversion vers le livre numérique devenait de toute manière inévitable, tant l’offre ne prenait pas. Pourtant les gros quotidiens français, en novembre 2010, se décidaient à travailler avec le kiosque d’Orange, pour la réalisation d’un portail destiné à lutter contre Apple et Google. 

 

Lecteurs.com, et Christine Albanel, fraîchement arrivés

 

Puis en 2011, c’est le grand moment de solitude : se profile un réseau social autour des livres, fabriqué par Orange, et baptisé Lecteurs.com. En mars, les prémisses de ce service font leur apparition, et il est alors enviségé que Read & Go, le kiosque, serve de bibliothèque numérique de Lecteurs.com. On réunit les services, sinon pour optimiser les investissements et limiter les postes de dépenses, du moins par souci de cohérence ?

 

Read & Go, le kiosque, n’est plus qu’un vague souvenir, et seul le site internet compte désormais, alors que la directrice exécutive d’Orange, et ancienne ministre de la Culture, Christine Albanel, rêve tout haut. Et propose de changer sa société en tiers de confiance, dans un processus de commercialisation de livres numériques, impliquant libraires et éditeurs – et Orange, en maître d’œuvre des fichiers verrouillés. Si, si, tout était dit ici. 

 

 

 

Et puis, Orange a vogué vers d’autres préoccupations, comme MO3T, dont seul le temps confirmera qu’il s’agissait d’une usine à gaz sans nom, qui devait réunir tout le monde – et dont les éditeurs ne veulent toujours pas, après trois années de discussions. Read & Go, en 2012, poursuivait son bide retentissant, la jonction avec le site communautaire Lecteurs.com ne s’est jamais totalement opérée.

 

Le kiosque n’est plus qu’un sous-domaine d’Orange, dont le trafic semble presque inexistant, et entre 2013 et aujourd’hui, aucune nouvelle. Tout juste la librairie et le réseau se sont-ils associés en 2012, dans le cadre de découvertes et de mises en avant de livres, via Facebook et durant 4 semaines. 

 

Plusieurs éditeurs ont ainsi reçu la semaine passée un courrier recommandé émanant des services d’Orange. « La fermeture du service de lecture numérique [sic !] Read and Go est programmée ôpur le 7 octobre prochain. » Et sans autre forme de procès, Orange met donc fin aux contrats de commercialisation de livres numériques jusqu’à lors signés. 

 

La mise à mort était actée depuis un mois déjà : le kiosque destiné à la presse allait être remplacé par ePresse.fr, l’offre du GIE réunissant ces grands noms de la presse – L’Express, Les Échos, Libération, le Parisien, Le Figaro, L’Équipe. L’outil a définitivement enterré le kiosque Read & Go, même si le nouveau portail est développé par Orange.