Ebooks : L'offre légale chavire, piratée de l'intérieur

Nicolas Gary - 15.05.2015

Lecture numérique - Usages - piratage livres - offre légale - Hadopi CNL ebooks


Google Play peut souffler : manifestement, l'Union européenne n'est pas particulièrement favorable à ce que l'on coupe son site de vente, bien que s'y trouvent de flagrantes traces de contrefaçons. Le rapport évoqué ce matin indique en effet que la fermeture d'un site dédié au streaming avec une offre illégale n'a rien changé à la situation. Pourtant, les ayants droit et créateurs apprécieraient des solutions probantes. 

 

The revenge of the sucker

clement127, CC BY NC ND 2.0

 

 

La Commission européenne est formelle dans ses observations – et c'est d'aileurs sans grand étonnement que l'étude portant sur le site Kino.tu pointe ce que tout usager du web sait déjà. Le législateur devrait donc se tourner vers des solutions plus pertinentes que la tentative de suppression des sites. « Si les utilisateurs de Kino.to ont réduit leur consommation illégale de 30 % dans les 4 semaines qui ont suivi l'intervention, leur consommation à travers des plateformes légales a augmenté de 2,5 % seulement », écrivent les chercheurs. T411, que les autorités françaises cherchent à bloquer, devrait également apprécier l'ironie du sort. 

 

"Tu me fais trop pitié tu m'soules vas-y parle à ma main"

 

Depuis deux semaines, le site Digital Reader a mis à jour une véritable mine de contrefaçons sur Google Play, avec pour seule réponse, un message d'excuse, semblable à une lettre de refus type. La réalité est que l'on retrouve des ebooks non seulement contrefaits, mais surtout commercialisés comme s'il s'agissait d'authentiques versions. On dépasse là le piratage traditionnel, pour entrer dans une pratique plus malsaine encore. 

 

Et surtout, que l'on n'aille pas croire que les auteurs français soient épargnés par ce problème. C'est simplement que les proportions sont moindres, en regard de l'importance de la plateforme en France.

 

En guise de réponse, Google Play Books a expliqué au Digital Reader prendre très au sérieux la question du copyright. « Nous prenons des mesures rapides lorsque nous recevons une plainte DMCA [...]. En outre, nous sommes constamment en train d'améliorer nos outils pour prodiguer une meilleure expérience. » De la langue de bois comme toutes ces sociétés américaines savent si bien en servir. (via Digital Reader)

 

Mais la réalité de cette prise au sérieux fait sourire. Et Nate Hoffelder, éditeur du Digital Reader en vient à cette conclusion : « À moins que les éditeurs du Big Five ne décident de poursuivre par un moyen ou un autre, et tant qu'ils ne le feront pas, Google n'en aura rien à foutre. » On se coupera le cheveu en quatre : tout indique qu'il a raison. 

 

Complicité, vol, recel ? Et si la liste était longue ?

 

Qu'un blog spécialisé se prenne au jeu du combat David contre Goliath pourrait cependant prêter à rire. Mais d'autres sites, bien plus en vue, et puissant, ont également constaté cette épidémie de piratage. Le International Business Times pointe une liste significative de livres numériques, Harry Potter, Game of Thrones ou encore 50 Shades of Grey et bien d'autres, qui sont commercialisés, en toute impunité. 

 

Le tout avec une commission prise de 30 % par Google, comme il se doit, pour toutes les ventes qui sont effectuées à travers l'interface du Google Store. Autrement dit, une vilaine complicité qui se dessine de fait – et surtout, une complicité en dépit des différents avertissements que la firme a pu recevoir, y compris de l'IBT. 

 

Le sordide de l'affaire provient de ce que le moteur de recherche scanne, pour trouver les mots clefs les plus efficients, le moindre mot de chaque livre numérique proposé. Et chaque internaute devient alors plus proche d'acheter un ebook via Google, qui profite amplement de cette manne en matière de référencement. 

 

Et pourtant, son service semble suffisamment aveugle pour ne pas retrouver les traces patentes de violation du copyright ou du droit d'auteur. En dépit du travail de référencement et tout en s'assurant de prendre une commission au passage pour les ventes opérées. 

 

Selon des statistiques présentées par l'Ofcom, 71 millions d'ebooks furent achetés sur le territoire britannique en 2013, et 10 % d'entre eux ont été obtenus illégalement. L'information reste imprécise, mais donne une idée de ce que représenterait le marché du piratage. Sauf que le service Google Play Books fonctionne désormais dans 50 pays, à travers le monde. (via IBTimes)

 

Personne n'ira croire que les ventes numériques servent à faire vivre la machine de guerre Google, mais là n'est pas la question.

 

Jack Sparrow s'installe, bien à l'abri, dans l'offre légale

 

Pendant ce temps, en France, le Syndicat national de l'édition poursuit son combat. Signataire de la Charte initiée par le ministère de la Culture, il comptera dans le comité de suivi des engagements pris par les publicitaires de ne plus sponsoriser les sites contrefacteurs. 

 

Dans un message adressé aux membres, la semaine passée, le SNE vantait également l'engagement de plusieurs éditeurs dans le programme qu'opére Hologram Industries. Ce dernier recherche sur la Toile les ebooks présents illégament sur des sites – mais manifestement, en téléchargement libre. Cofinancés par la Sofia, à la hauteur de 50 % des investissements, les premiers souscripteurs semblent, selon nos informations, plutôt satisfaits. 

 

Maintenant, il faudra également prendre en compte que des sites officialisés et autres plateformes légales. Pas certain que cela soit au programme : rappelons que depuis maintenant deux ans, Hadopi a mis en place un label et un site, référençant les plateformes légales. 

 

offre_legale_Hadopi_ebooks_CNL

 

 

Pour le monde du livre, on compte 188 vendeurs, parmi lesquels on retrouve bien Google Play Livres. Demi-tour, donc, pour Hologram Industries, et rendez-vous sur les sites qui ont reçu l'agrément de deux entités liées au ministère de la Culture : l'Hadopi d'un côté, et le Centre National du Livre de l'autre.  

 

En effet, le travail autour du livre numérique avait été réalisé par l'Hadopi, en partenariat avec le CNL. « Nous voulions voir figurer des acteurs que l'Hadopi risquait de ne pas référencer. Il fallait impérativement éviter de se retrouver avec une offre de librairies en ligne qui serait limitée aux acteurs les plus puissants sur internet », précisait Vincent Monadé, président du Centre à ActuaLitté, en décembre 2013.

 

Comble d'ironie : Marie-François Marais, présidente de l'Hadopi, affirmait en octobre 2014 que les consommateurs avaient désormais bien identifié l'offre légale. En effet, 70 % des clients numériques pour le livre connaissent l'offre légale mise à disposition, avec 28 % qui estiment la maîtriser très bien, et 42 %, plutôt bien. Mais si le Label abrite également des tricheurs, tout sera à repenser...