Ebooks libres et gratuits : francs-scanneurs de la littérature

Antoine Oury - 25.01.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Ebooks libres et gratuits - scan ocr - artisanat


Tandis que les exemplaires papier des classiques de la littérature, entrés dans le domaine public, sont toujours distribués en librairie, il existe une offre alternative gratuite, dès lors que l'on accepte de passer par un fichier numérique. Et notamment grâce à des sites comme Ebooks libres et gratuits, refaire sa culture littéraire ne rime plus avec fins de mois difficiles.

 

 

Typewriter typo

quinn.anya, CC BY-SA 2.0

 

 

Que le site ebooksgratuits.com accueille de nombreux visiteurs, cela ne fait aucun doute : en première place dans les résultats Google pour une requête « ebooks gratuits », cela aide. À la première consultation du groupe de discussion Yahoo, un chiffre saute aux yeux : 36.000 membres, soit autant de paires de petites mains occupées à retranscrire des livres en fichiers numériques ?

 

Pas vraiment, nous explique Coolmicro, « Il y a en fait deux groupes : le premier, un groupe de discussion quasi indépendant avec 25.000 membres, point de regroupement de ceux qui veulent parler des ebooks, et le second, un groupe de travail. » Ce dernier, constitué par une « colonne vertébrale » de 3 membres, d'un informaticien, CrazyCat, et une équipe de bénévoles correcteurs dont le nombre varie de 30 à 60. Certains relecteurs alignent presque une centaine de textes par an au compteur, d'autres quelques-uns.

 

L'équipe n'est pas trop large pour le travail qui l'attend : « Le plus important pour obtenir un bon ebook, est que la première phase de correction, en sortie d'OCR, soit réussie; pour cette phase de correction, il faut comparer phrase à phrase, mot à mot, le doc obtenu en sortie d'OCR et le PDF image », détaille Coolmicro, en rendant hommage, au passage, à Yvette, superwoman en la matière.

 

Ensuite, la suite s'effectue sous... Word (avec OpenOffice, l'un des terrains de jeu préférés de Coolmicro), à l'aide d'une « macro de mise en forme » qui permet d'appliquer au document le style des ebooks de ebooksgratuits.com. Les logiciels utilisés sont volontairement des outils bureautiques standards, afin « de rendre accessible à un plus grand nombre la possibilité d'élaborer un ebook de qualité ».

 

Il ne s'agit que du début, puisque cette conception « brute » de l'ebook est suivie par pas moins de 5 étapes de correction, à des stades différents. Entre les erreurs de saisie de la reconnaissance OCR, les coquilles de l'édition papier et les corrections signalées par des tiers a posteriori, le travail n'est jamais vraiment terminé. La raison pour laquelle l'équipe a parfois dû revoir ses ambitions à la baisse : « À un moment, nous avons publié quelques auteurs contemporains,, mais je faisais alors un job bénévole et supplémentaire d'éditeur bénévole, c'est-à-dire mise en forme, relecture complète de l'œuvre, proposition de corrections, etc. » Impossible de tenir la cadence, bénévolement : les auteurs en mal de visibilité sont désormais redirigés vers Feedbooks.

 

La culture que l'on se constitue, une pédagogie

 

Une tonalité pédagogique, Do It Yourself, couplée à un petit goût de clandestinité quand même : « Contacté, menacé, et j'en passe, la majorité des grands éditeurs français ne sont pas spécialement doux ni aimables » explique Coolmicro. Ce qui surprend d'autant plus, c'est que le site est équipé d'un filtre qui empêche le téléchargement depuis certaines zones géographiques, en raison des différences de droit entre les zones géographiques. Cependant, il y a des failles, « et certains éditeurs ont préféré nous mettre en demeure plutôt que de discuter avec nous ».

 

 

Reading the rules

pwilson, CC BY-NC-ND 2.0

 

 

La question appelait évidemment une certaine réponse, vu l'interlocuteur : « Nous sommes résolument 

La question appelait évidemment une certaine réponse, vu l'interlocuteur : « Nous sommes résolument contre tous les DRM » explique Coolmicro au nom de l'équipe, mais moins hostile aux marquages ou tatouages numériques. Et, dans le cas du prêt en bibliothèque, l'avis est plus nuancé : « Puisque l'utilisation d'un livre papier pris en bibliothèque est limitée, il doit en être de même pour un ebook », soutient-il tout en regrettant les efforts insuffisants du côté des éditeurs.

 

Quand il s'agit de défendre l'usage des formats ouverts, la tâche s'avère tout aussi délicate que pour les concevoir : « À force de côtoyer ou discuter avec des fans d'Apple ou d'Amazon, je m'aperçois que nombre de gens aiment les marchés captifs, ne sont pas gênés par leurs chaînes, soi-disant librement consenties... »

 

L'équipe d'Ebooksgratuits.com s'inquiète, peut-être même plus que d'autres étant donné leur position en première ligne du domaine public, de sa commercialisation par certains acteurs peu regardants. « Je n'ai jamais accepté les conditions d'utilisation du site Gallica pour leurs documents PDF, avec ces citations suspectes de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques » explique Coolmicro. 

 

« Il est évident qu'il y a toujours eu, pour le moins, une évidente collusion entre le ministère de la Culture, la BNF, et les grandes entreprises du secteur de l'édition et du livre » ajoute le chef d'orchestre d'ELG, qui n'hésite pas à se déclarer « blasé » par la collusion forcée de la culture et des logiques commerciales.