Ebooks ou MP3 : des cadeaux qui manquent de consistance

Clément Solym - 02.01.2009

Lecture numérique - Acteurs numériques - ebooks - MP3 - cadeaux


L'industrie culturelle a-t-elle un physique ingrat ? Aujourd'hui que la consommation se dématérialise, Justin Wolfers, qui prend en charge les pages du blog Freakonomics du NY Times pose cette singulière réflexion. Pour Noël, il a offert un CD. Irréel, n'est-ce pas, dans un contexte où tout le monde emporte sa musique sur baladeur MP3 ou téléphone assimilé. Et d'ailleurs, la personne qui l'a reçu, notre ami Justin n'est pas certain qu'elle ait une chaîne pour le lire : l'encodage en MP3 semble inévitable pour en profiter. Mais alors pourquoi ce cadeau ?

Même interrogation concernant son Kindle : il lit essentiellement sur sa liseuse, et l'on pourrait s'attendre à ce que ses proches lui offrent des livres en format électronique, plus simple de transport et de consommation. Oui, mais non. « Au lieu de cela, ma famille a pratiquement cessé de m'offrir des livres. » Et de fait, il n'a reçu qu'un seul livre, qui n'est pas disponible en version ebook.

Alors quoi ? Un CD est-il plus réel qu'un fichier MP3 ? Et Justin de se torturer les méninges : « Qu'est-ce qui explique notre attitude schizophrénique vis-à-vis de l'économie invisible ? Nous apprécions au quotidien le flot de bits et d'octets dans notre vie, mais nous serions réfractaires à les offrir en cadeaux ? »

Nous ne résisterions pas au plaisir ici de citer La Fontaine :

« [...] Que t'en semble, lecteur?
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur
[...] »
 
Pourtant, notre économiste ne met-il pas le doigt sur un comportement réellement erratique ? Combien de possesseurs de lecteurs d 'ebooks se sont vu offrir un livre électronique ? Mais leur a-t-on simplement offert un livre en échange ? Comment le numérique peut-il s'avérer si conforme à notre mode personnel de consommation, et pourtant si invraisemblable à proposer en cadeau ?

Le présent doit-il être palpable ? N'existe-t-il que des intentions consistantes ?