medias

Écologie : l'impact du livre, ou mon iPad est-il écolo ?

Clément Solym - 20.03.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - papier - imprimé - numérique


Quel est l’impact environnemental du livre ? Que ce soit le livre imprimé ou le livre numérique, les éditeurs tentent de limiter son empreinte écologique.

Ainsi, se sont réunis au Salon du livre Pascal Lenoir (directeur de production de Maynard Vuibert (Albin Michel) et président de la commission environnement du SNE.), Jean-Luc Ferrante (fondateur et directeur des éditions La Plage et membre du collectif des éditeurs écolo-compatibles), Ronald Blunden (Directeur de communication et du comité de développement durable d’Hachette) et Benoît Moreau (responsable environnement Union National de l’Imprimerie et de la Communication)

Etat des lieux :

Pascal Lenoir a d’abord pris la parole, expliquant que le SNE souhaitait mettre en place un étiquetage environnemental qui permettra d’indiquer sur chaque produit (qu’il s’agisse de livres ou de presse magazine) l’impact environnemental. Une expérimentation devrait commencer fin juillet, sur les livres papier, mais aussi sur les livres numériques. Il juge nécessaire de connaître l’impact environnemental d’un ouvrage lu sur iPad ou sur tablette. « il faut pouvoir comparer » dit-il.


De son côté, Jean Luc Ferrante a fondé il y a un an le collectif des éditeurs écolo-compatibles : « Il s’agit d’un regroupement d’entreprises où les questions écologiques sont en permanence à l’esprit, de la conception à la fabrication. » Il regroupe sept maisons : De Terran, Yves Michel, Pour penser à l’endroit, Plume de carotte, Rue de l’échiquier, Salamandre et La Plage. Il s’agit d’ « échanger sur nos pratiques, de discuter. » Au départ, le collectif avaient des pratiques empiriques, il fonctionnait à l’intuition sans se baser sur des études. Mais récemment il a fait appel au SNE pour engager des études rigoureuses afin d’aller plus loin et surtout, de faire passer le message à un grand nombre d’éditeurs.

Engagez-vous !

Ferrante a donc proposé une commission environnementale au SNE, qui a été enthousiaste au point de la mettre très rapidement. Nous parlant de ce succès, il en profite pour faire un appel aux éditeurs du Salon : « Venez nous rejoindre, impliquez-vous sur les questions environnementales, elles sont très importantes aujourd’hui !»

Ronald Blunden explique qu’Hachette a pris le problème d’une façon plus industrielle en lançant des études sur le carbone. Ainsi, en France, l’étude a apporté la conclusion suivante : l’édition (chez les groupes Hachette) engendre 250 mille tonne d’émission de CO² par an. Suite à quoi, Hachette a décidé d’un plan d’action pour faire baisser ce taux à 9%, d’ici à 2012. Il précise que « 71% de nos émissions de CO² sont dues à la fabrication : papier, impression, fret (transport)… »

« C’est différent pour les imprimeurs »

Benoît Moreau raconte que les imprimeurs sont entrés dans le vif du sujet bien avant les éditeurs. Car ils sont un des maillons de la chaîne de la communication. D’un côté, la prise de conscience du problème environnemental s’est aussi faite à travers eux. Depuis le début des années 2000, les entreprises d’impression se sont mobilisées dans la gestion des déchets, des solvants, etc.

« Il a fallut réaménager les ateliers, changer de produits… » Mais toutes les entreprises qui faisaient ces efforts se sont vues donner le statut « d’imprim'vert », en manière d’encouragement. Il ajoute « Les discours moralisateurs ne font pas avancer les choses : la réflexion doit réunir l’ensemble de la chaine éditoriale. »

Et le numérique dans tout ça ?

En interrogeant sur la question, c'est Ronald Blunden, visiblement le plus calé sur le sujet, tente de nous répondre : « On a tout de suite dit que le livre numérique allait régler le problème de la déforestation, que ce serait la solution idéale pour réduire l’empreinte carbone mais il n’en est rien. Pour la bonne et simple raison que le numérique coûte très cher en carbone. »

Pour appuyer ses propos, Blunden nous parle d’une étude qui avait été faite voilà trois ans sur le lecteur Sony de l’époque : « À la fabrication uniquement, il pesait 235kg d’équivalent carbone, tandis que le livre moyen pèse 1, 3 kg. Suite à cela, Apple a fait sa propre estimation de l’iPad à 168kg et selon Amazon, le kindle pèserait 133 kg. » Il ajoute que ces résultats ne concernent que la fabrication et que dans l’objet en lui-même on trouve du plastique, du verre, des métaux rares et des acides. Sans oublier que les serveurs consomment énormément pour stocker les livres et les données. « Il est difficile d’évaluer ces données, mais elles alourdissent considérablement l’impact. »


Se pose aussi le problème de la durée de vie de ces appareils de lecture : à peine un an et demi, selon Blunden, tandis que la durée de vie moyenne d’un livre papier serait de dix ans. Partant de là, l’étude faite sur les lecteurs Sony (il y a trois ans, rappelons le) avait montré qu’il fallait consommer environ 80 livres numériques en 18 mois afin que l’impact écologique égale celui du livre papier.

Globalement, la comparaison n’est pas possible entre papier et numérique car il y a trop de paramètres : l’impact des serveurs, la variété des supports numériques, la durée de vie plus ou moins longue des appareils, l’utilité différente de chacun (ainsi, on peut lire sur un Smartphone ou un ordinateur que l’on aurait acheté de toute manière).

Et, qu’il soit inférieur ou supérieur à celui du papier, que peut-on faire pour limiter l’impact des livres numériques ? La question demeure.