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Écouter des bandes dessinées : Audio Picture décline des BD audio

Nicolas Gary - 10.08.2017

Lecture numérique - Acteurs numériques - bande dessinée audio - adaptation BD sonore - Audiopicture sons réalisation


Fondée en mars 2016, la société Audiopicture s’est mise en tête de « faire écouter des images ». Son fondateur, Thomas Pineau, a publié en partenariat avec les Éditions du Long Bec deux premiers ouvrages, inspiré de la bande dessinée Trou de mémoire de Seiter et Regnauld. Écoutez des BD, mais comment ?

 


 

 

Au commencement, était le podcast, et pour Thomas Pineau, ingénieur son de formation, le plaisir des fictions radiophoniques que diffuse France Culture. « J’étais aux États-Unis, où je travaillais sur un film de James Franco comme monteur son. À cette époque, je consommais beaucoup de podcasts audio. L’idée d’adapter des bandes dessinées est venue rapidement ; cela représentait un projet très stimulant. »

 

Adapter de la BD, médium qui passe nécessairement par l’image, comment faire ? Il fallait d’abord convaincre un éditeur : « J’avais choisi cinq titres sur lesquels je voulais tenter l’expérience, et j’ai contacté les Éditions du Long Bec. Elles ont été rapidement convaincues. » Restait alors à tout mettre en son. 

 

Des dialogues et des sons... et tout roule

 

La BD avait convaincu la rédaction : son univers sombre de polar, cette amnésie qui frappe le personnage, dès les premières cases... Mais pour rendre cet univers graphique, comment faire ? « Tout commence par le scénario que vont jouer les comédiens prêtant leur voix – comme pour du cinéma. De ce point de vue, la narration elle-même est assez simple. »

 


 

La suite, c’est avec le dessinateur qu’elle se produit : « Pour recréer une ambiance, il faut jouer avec les détails qui ressortent. Ce sont des bruitages, de la musique s’il faut créer une tension, et des sons pour ajouter aux mouvements. Tout cela n’existe pas dans les cases, mais devient essentiel pour l’adaptation sonore : avec ces éléments on visualise les déplacements, l’arrivée d’une voiture, un pistolet armé, etc. »

 

Pour toute la dimension dialoguée, c’est en s’inspirant des techniques cinématographiques que l’œuvre audio se réalise. Et malgré le champ possible, les contraintes existent : des scènes trop entrecoupées deviennent complexes à mettre en son. « Le visuel, dans une BD, permet de suivre ces enchaînements, mais en audio, elle brouille le lecteur. » De même, la trame narrative est indispensable : « Certaines choses doivent exister par la parole. » 

 

Et bien entendu, les limites du récit s’imposent parfois : rendre le film Inception serait un calvaire, avec ses allers-retours constants entre réalité et onirisme. « C’est pareil pour les super héros : autant il est possible de les identifier par la voix, autant visuellement, les faire vivre est complexe. En tout cas, j’y planche encore », plaisante-t-il.

 

Eh oui : comment décrire un slip rouge par-dessus des collants moulants bleus, en permanence ?

 

De la radio au grand public
 

Pour les deux volumes de Trou de mémoire, il aura fallu deux mois de travail, afin de mettre en place les 40 minutes de récit. Lecture, scénarisation, découpage et distribution, auxquels s’ajoutent l’enregistrement des voix et la création de l’ambiance sonore, à partir d’éléments originaux. 
 

 

Une fois les œuvres achevées s’est posée la question de la diffusion. Ayant signé un contrat de cession de droits audiovisuels – les plus proches dans ce que peuvent être les BD sonores –, il fallait trouver une solution. La première idée fut la diffusion radiophonique, à travers des antennes locales. Mais les contraintes imposées par le CSA ont obligé à revoir cette copie : il ne restait aucun créneau horaire entre les programmes liés au territoire, les infos et la musique...

 

La distribution vers le grand public, dématérialisée, s’est imposée : pour des raisons de coûts d’abord, et d’époque, par la suite. « J’ai pu signer un accord de commercialisation avec Audible, la filiale d’Amazon, qui m’a conforté dans l’idée que le dématérialisé avait de l’avenir. » Chaque tome est alors vendu pour 4,95 €, et disponible également sur iTunes.
 

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Bien entendu, de nouvelles expérimentations sont prévues : aucun nom ne sera donné, les discussions sont en cours. Cependant, une première belle reconnaissance a été accordée, lorsque Trou de mémoire s’est retrouvé nominé au Prix du Grand Livre Audio, organisé par La plume de paon. « Je discute avec des maisons, pour produire de nouvelles œuvres, et, en septembre, je prépare un crowdfunding pour lancer la prochaine adaptation. » 

 

D’ici là, de nouvelles aventures audio seront expérimentées : « J’aimerais proposer, sur le modèle des book-trailer, des bandes-annonces audio pour les BD. Ou plus largement pour des œuvres littéraires. » Affaire à suivre.