Edgar Allan Poe : ce « cinglé » qui pollue l'histoire littéraire

Xavier S. Thomann - 05.06.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Goodreads - Edgar Allan Poe - Camus


Personne n'est obligé de tomber en pâmoison devant le premier classique venu. De là à considérer que Joyce est un « cinglé prétentieux », il y a quand même de la marge. Le site Love Reading, Hate Books compile les critiques assassines publiées sur Goodreads et concernant les grands classiques de la littérature mondiale. 

 

 

Edgar Allen Poe

 Statue de Poe, se désolant des mauvaises critiques sur Goodreads

Jeff Kubina, CC BY-SA 2.0

 

 

Cette compilation de critiques virulentes de personnes qui n'ont tout simplement pas aimé l'Étranger de Camus ou la Cloche de détresse de Sylvia Plath vaut le détour. Contrairement aux critiques littéraires « officiels », les internautes ne sont pas confinés à la même retenue. Cela donne souvent des lectures rafraîchissantes de livres que tout le monde s'accorde à placer au rang des chefs-d'oeuvre indiscutables. 

 

Cela va de la phrase lapidaire qui condamne toute l'oeuvre de Joyce aux paragraphes un peu plus construits. Mais à chaque fois, c'est visiblement le coeur des lecteurs qui parle, ce qui change un peu des critiques parfois abstraites qu'on nous assène à propos de ces livres. Florilège.

 

Parmi ceux qui s'en prennent plein la figure, on remarquera Edgar Allan Poe, pourtant considéré comme l'un des grands poètes américains. Un certain Daniel Jr. sur Goodreads a l'opinion suivante sur l'ensemble de son oeuvre poétique : « A mon avis, Poe était un cinglé. “Le Corbeau” l'illustre le mieux ». Pas très constructif, mais au moins c'est honnête.

 

Michael, toujours sur Goodreads, propose quant à lui une comparaison avec Hemingway. « Edgar Allan Poe me fait penser à Hemingway ; les deux m'intriguent en tant que personnes, et ont mené des vies intéressantes, pourtant leur écriture est chiante et ennuyeuse. » Ça, c'est fait. 

 

On aime bien aussi la contribution de Mriga Kulmar aux études sur Autant en emporte le vent. Cette personne débute ainsi son argumentation : « 1037 pages. Dois-je vous en dire plus ? Bon OK, que pensez-vous de 1037 pages avec comme protagoniste une méchante salope enragée et pitoyable ? ». Ce qui conduit Kulma à se demander comment « cette merde parfaite est devenue un classique. » Oui, les voies de l'histoire littéraire sont impénétrables. 

 

Enfin, terminons par la descente en flammes de notre compatriote Albert Camus. Toshi sur Goodreads n'aime pas l'Etranger. Ce qui est son droit le plus strict. Selon lui « l'histoire n'est pas très bonne », et en plus « le personnage principal est toujours en train de se plaindre à propos de tout et n'importe quoi, alors que sa vie n'est pas si mal que ça. » Il conclut ainsi : « Camus a dit un jour que “la seule vraie question philosophique est le suicide”. Si seulement il s'était suicidé, il aurait alors sauvé le monde de ce gâchis inutile de papier ».

 

Au moins, vous voilà avertis. Si jamais vous publiez un livre, il ne faudra pas vous étonner si on vous souhaite votre mort sur Goodreads.  

 

(via Galleycat)