Editeurs et Amazon : théorie du complot, conspiration et quelques doutes

Clément Solym - 29.04.2013

Lecture numérique - Législation - Amazon - théorie du complot - librairies


La plainte que des libraires indépendants ont déposée contre Amazon et les grands éditeurs américains, comment à tourner au vinaigre. Les six grandes maisons sont accusées d'entente avec Amazon, et de concurrence déloyale. Tout bonnement parce que les éditeurs auraient accepté de mettre des DRM dans leurs ebooks, qui ne sont lisibles que par l'environnement Kindle. Tout cela reste bien obscur...

 

 

A fun (solo) time

Tilemahos Efthimiadis, (CC BY-SA 2.0)

 

 

Dans un compte-rendu de la séance devant le tribunal, Publishers Weekly fait valoir que la situation est pour le moins emberlificotée : le juge Jed Rakoff semblait prêt à rejeter la plainte, dans les preuves manquent portant sur une éventuelle conspiration mettant en cause les acteurs pointés. Selon les libraires, un accord secret permettrait à Amazon de vendre en exclusivité sur sa plateforme les livres des éditeurs... mais le juge Red Jakoff est particulièrement sceptique.

 

Pour les avocats des six éditeurs et d'Amazon, durant la plaidoirie, la conclusion a été simple : la plainte n'est pas recevable. Chez Amazon, on parle d'une « allégation sans fondement », et surtout, les plaignants ne sont pas parvenus à prouver que l'environnement Kindle ait pu causer le moindre dommage sur le marché du livre numérique, pour les libraires.

 

De fait, le monopole que l'on accorde à Amazon sur les appareils de lecture numérique n'est en rien démontré par les plaignants. Et l'avocate Kathryn Kirmayer ajoute qu'il serait difficile de croire que des éditeurs signent des contrats d'exclusivité, faisant en sorte que leurs titres ne soient commercialisés que sur une seule plateforme. 

 

L'avocat de Random House lui a évidemment emboîté le pas sur cette question : les éditeurs ne pourraient pas organiser un complot déstabilisant les ventes de livres numériques, ou mettant à mal la librairie. Si la présence de DRM sur les ebooks est une réalité contractuelle, ils sont avant tout là pour protéger contre le piratage. Limiter le marché avec des DRM spécifiques à un type d'appareil ne ferait aucun sens, souligne-t-il, en précisant qu'il ne revient pas aux éditeurs de dire à Amazon quel type de DRM ou de plateforme doit être utilisé. 

 

Les éditeurs acceptent en fait que la plateforme d'Amazon se serve d'un format propre, et façonne un écosystème fermé. Mais cette acceptation de la part des éditeurs, depuis quand « constitue-t-elle une conspiration », s'interroge le juge Rakoff. Amazon, et son intervention dans le développement du marché de l'ebook, sont des atouts pour les éditeurs, mais pas une solution unique. Et comme les plaignants n'ont apporté aucune preuve supplémentaire autre que la question des DRM, le juge reste réellement circonspect sur l'état de la plainte. 

 

Ce lundi doit être fournie une nouvelle version de la plainte, ainsi que des versions non expurgées des contrats qui associent Amazon aux différents éditeurs. La théorie du complot, soutenue par les libraires plaignants pourrait s'étouffer de son propre manque de souffle - et probablement aussi du manque de réelles connaissances de l'environnement Amazon. Les requêtes pour irrecevabilité de la plainte ne sont pas exclues...