'Éditeurs et fabricants de tablettes sont en train d'écrire l'histoire'

Clément Solym - 01.10.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - offre - legale - piratage


Suite au lancement de l'offre mise en place par les éditions Fleurus, permettant l'achat du titre numérique pour 1 €, à toute personne qui achèterait la version papier, nous avons contacté M. Claude de Saint Vincent, directeur général du groupe Media Participations. Ce dernier revient avec nous sur les tenants et aboutissants de ce projet complètement inédit.

« Tout le monde expérimente, les éditeurs, les auteurs, actuellement, y compris les législateurs. Mais ce lancement d'un projet commercial est significatif des tendances que nous constatons. Avec Iznéo, nous voyons que les lecteurs découvrent une oeuvre numérique, et souhaiteraient évidemment se procurer la version papier, mais à un tarif plus avantageux.

Finalement, on en apprend que les lecteurs souhaitent avoir le choix de la forme pour lire. Et il nous faut répondre aux attentes d'un marché embryonnaire, par exemple avec ce que propose Fleurus. D'autre part, il faut considérer qu'une telle offre est précieuse, en ce qu'elle permet la promotion de l'oeuvre physique, et lui assure une bonne chance de continuer à exister. »

Charge à l'éditeur désormais de trouver les conditions techniques, aussi bien que commerciales qui seront les plus adaptées, pour son bon déroulement.

L'histoire s'écrit

Sur le volet légal, justement, M. de Saint Vincent est précis : « Les éditeurs sont obligés de s'adapter à la loi. Les décrets d'application n'ayant pas encore été dévoilés, nous aviserons sur les modalités de l'offre en temps utiles. » Une allusion directe à la loi sur le prix unique du livre numérique, dont le SNE nous a expliqué ce matin qu'elle pourrait ne pas s'appliquer dans le cadre de la formule de Fleurus. (voir notre actualitté)

« Mais, il faut comprendre qu'autant les éditeurs que les fabricants de tablettes écrivent actuellement l'histoire. L'exemple du Kindle Fire est frappant : c'est un nouveau pan de cette aventure numérique qui s'écrit. »

Bien sûr, cette situation bouleverse l'édition traditionnelle, et la réaction dépend du tempérament. L'anxiété est évidente, puisque l'expérience de la musique est toujours présente à l'esprit. « L'inventivité est une réponse à apporter. On le voit dans les secteurs juridiques, techniques et scientifiques : le livre numérique permet une nouvelle approche des oeuvres. Et de même : sans l'iPad, le livre jeunesse illustré n'avait pas beaucoup de sens sur un lecteur ebook en noir et blanc. »

L'aventure MMCBD, ou le crowfunding

L'autre grande actualité de Media Participations, c'est l'accord des éditeurs Dargaud, Lombard, Dupuis, avec My Major Company BD. Dans cette entreprise, les internautes vont voter pour un titre et participer à son financement. (voir notre actualitté)

« C'est une utilisation du net pratique pour faire connaître une oeuvre. En 1995, 500 BD ont été publiées. En 2010, elles sont 5000. S'il n'a jamais été aussi facile pour un jeune auteur de trouver un éditeur, il n'a jamais non plus été aussi compliqué d'avoir des lecteurs. Le projet MMCBD offre à ce titre une opportunité pour les jeunes créateurs de se faire voir, connaître, tout en permettant d'assurer un suivi pour les internautes qui financeront l'oeuvre, de suivre son élaboration, avant son édition. »

Hadopi et offre légale attractive

Et quitte à rester dans l'univers d'internet, et qu'hier le rapport d'activité de l'Hadopi était présenté à la presse, que pense le groupe comme Media Participation de cette législation ? « Vous savez, aujourd'hui 100 % de la BD est piratée. Et je ne parle pas de nouveautés uniquement ou des premiers tomes de Boule et Bill. Non, toute la BD. Il n'y a donc pas d'autre réponse à mon sens qu'une offre, évidemment légale, mais surtout simple et attractive. Il faut qu'il soit plus compliqué de pirater, et de télécharger, que d'acheter un titre pour combattre le piratage. »

Certes, un voeu pieux, pourrait-on dire. Et de fait, les offres légales, pour la BD ou les illustrés jeunesse, passeront par des appareils en mesure d'offrir une meilleure expérience de lecture.

« Nous sommes très contents de l'arrivée du Kindle Fire. C'est avant tout un nouvel acteur dans un marché qui est dominé par un seul. Iznéo a signé pour être présent sur Amazon.fr, dans la vente de BD numériques. Mais il y a un élément important, c'est qu'Amazon, contrairement à Apple, à une logique et une culture de vendeur de livres. D'autant plus que les ebooks ne sont pas les produits qui se vendent le mieux sur iTunes. Alors oui, l'arrivée du Kindle Fire est une bonne chose, même si son écran de 7 pouces ne sera pas idéal peut-être pour la lecture de BD... »