Éducation sentimentale aux livres par le Big Data : Tekstum

Nicolas Gary - 23.10.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - analyse données - lecteurs sentiments - langage naturel


Dans l’air du temps, l’analyse des données de lecture fait des émules. Pour preuve, cette société espagnole, Tekstum, basée à Barcelone et lancée en avril dernier. Elle propose d’analyser les critiques de livres fournies sur différents types de plateformes, ainsi que les commentaires issus des réseaux sociaux. Mais elle entend aussi mesurer la réputation d’un auteur, et l’engagement social qu’entraîne un livre. 

 

 

 

Toujours en version bêta, Tekstum ne repose pas sur des données chiffrées, mais sur les ressentis et émotions que les lecteurs dévoilent sur la Toile. En décortiquant des milliers d’opinions et des chroniques publiées sur les blogs, réseaux sociaux et plateformes de vente, Tekstum dégage des tendances. 

 

Marc Santandreu, cofondateur, estime que les ressources humaines et l’appréciation des ouvrages restent le meilleur indicateur pour les éditeurs. La société a donc développé un algorithme de traitement de données, incluant un traitement du langage. 

 

Analyser les mots, champs lexicaux et les passer au crible d’une intelligence artificielle n’est pas une nouveauté : Tekstum va simplement automatiser l’ensemble des éléments, pour créer une base de données « sentimentale ». Depuis Amazon en passant par Goodreads, Twitter, Facebook ou les blogs de lecteurs, l’algorithme serait en mesure de traiter le langage pour en synthétiser les sentiments dévoilés par les lecteurs. 

 

Mais on ne s’arrête pas en si bon chemin : Tekstum va aller consulter le nombre de visionnages d’une bande-annonce, la confronter à la consultation de la page Wikipedia de l’auteur et mettre en parallèle la réputation sociale de l’écrivain.

 

 

 

Sortis de l’incubateur Big Data Incubio voilà un an et demi, les membres de l’équipe assurent qu’ils se retrouvent au croisement de trois éléments : les Big Data, l’intelligence artificielle et la culture. Tekstum se positionne au centre. Et le frisson que provoque une lecture devient alors quelque chose de tangible.

 

À partir de cette base constituée, que faire ? Recommander des livres, évidemment : les informations structurées servent alors de guide pour de nouvelles lectures. Tekstum serait donc une nouvelle solution susceptible de répondre à des attentes de lecteurs : le choix d’un livre qui fait rire, mais avec une tension dramatique forte, ou, tout au contraire, une œuvre cérébrale et dense, etc. 

 

 

 

Pour les cofondateurs, l’édition ne peut pas s’exclure de l’ère de la donnée, où nous vivons. De la sorte, leur solution faciliterait l’offre en utilisant des données sensibles. « Qu’est-ce que la littérature ? De la subjectivité, des émotions, des sentiments et les ventes ne peuvent pas le dire. Voilà pourquoi nous cherchons cette donnée subjective et les informations deviennent des objectifs pour que les éditeurs prennent des décisions, comme une réédition, ou la manière d’aborder une campagne marketing. »

 

Attendu que l’intuition joue un grand rôle dans le choix des publications, et que le modèle économique repose sur l’offre et non la demande, contrairement à nombre de sociétés, l’industrie du livre a besoin de nouvelles sources d’informations. Le Big Data apporterait la réponse à ces questions, dans l’analyse du langage et des réactions de lecteurs. 

 

« Notre outil permet aux éditeurs de savoir pourquoi un livre est apprécié ou détesté. Mais également de connaître l’expérience du lecteur, ce qui permet de se concentrer sur la production répondant à une demande. Et ensuite, la qualité de l’information définit les préférences du lecteur, qui offre aux éditeurs d’anticiper les tendances futures et de s’adapter à la demande. » 

 

Les auteurs ne sont pas exclus de cette base, puisqu’elle leur permet de disposer d’informations sur leur écriture, et les retours des lecteurs, de manière plus globale.  

 

(via El Mundo, Publishing Perspectives)