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Electronic Beowulf Project : le poème narratif numérisé version 3.0

Marie Lebert - 13.11.2013

Lecture numérique - Usages - Beowulf - poème épique - numérisation


Beowulf, premier poème narratif en langue anglaise, est numérisé dès 1997 par la British Library avec une version gratuite sur son site web. Quinze ans plus tard, la version 3.0 est disponible sur le site de l'Université du Kentucky. On s'est d'ailleurs penché sur ce manuscrit ces derniers jours, signalant une erreur d'interprétation sur le premier mot de Beowulf (voir notre actualitté).

 

 

 

 

Brian Lang, directeur de la British Library en 1997, expliquait à l'époque sur le site de l'institution, pionnière en matière de numérisation de documents anciens : « Le manuscrit de Beowulf est un trésor unique et il engage la responsabilité de la bibliothèque vis-à-vis des chercheurs à travers le monde. La photographie numérique offre pour la première fois la possibilité d'archiver le texte dissimulé par les réparations anciennes, et ceci de manière moins coûteuse et plus sûre avec les précautions nécessaires pour l'utilisation de la lumière. (...) Ce travail est non seulement bénéfique aux chercheurs mais il capture aussi l'imagination d'un public plus large, par le biais d'articles de presse et d'une sélection d'images et de textes sur les réseaux informatiques, permettant aux gens d'apprécier l'un des plus beaux éléments de notre patrimoine culturel commun. »

 

Une histoire mouvementée

 

Si le manuscrit le plus ancien de Beowulf date de l'an 1000, avec un unique exemplaire conservé par la British Library, le poème lui-même est très antérieur puisqu'il daterait des années 750 et qu'il serait l'une des premières œuvres de la littérature anglo-saxonne. Ce poème épique retrace les hauts faits de Beowulf, guerrier scandinave, avec le récit de ses trois principaux combats, l'histoire débutant au Danemark et se terminant en Suède.

 

Le manuscrit survit heureusement à un incendie en 1731, mais avec quelques dommages. Des transcriptions du XVIIIe siècle mentionnent des centaines de mots et caractères encore visibles sur les bords carbonisés, mais qui ont disparu aujourd'hui avec l'effritement de ces bords.

 

En 1845, afin de freiner cette lente dégradation, chaque page est montée sur un cadre de papier, pour plusieurs raisons : une meilleure conservation, une meilleure exposition en vitrine et une consultation plus aisée par les chercheurs venant se pencher sur le manuscrit. Les discussions abondent sur la date exacte et la provenance exacte du poème, avec des thèses contradictoires, et ces chercheurs veulent absolument voir le manuscrit en personne pour conforter leur propre thèse vis-à-vis de leurs collègues, quitte à dépenser une fortune pour voyager jusqu'à Londres. 

 

De plus, Beowulf, généralement exposé dans une salle de la British Library, est retiré de sa vitrine lorsque d'éminents chercheurs veulent le consulter, chose irritante pour le public qui vient lui aussi exprès à Londres pour voir le manuscrit.

 

À la fin du XXe siècle, la numérisation de Beowulf permet de résoudre tous ces problèmes. Plus de voyage coûteux pour le grand public comme pour les chercheurs, sauf indispensable si on veut vraiment voir l'original, et possibilité de zoomer sur les pages pour lire tel ou tel mot à moitié effacé.

 

L'Electronic Beowulf Project

 

Lancé en 1997, l'Electronic Beowulf Project est d'abord une base de données des images numérisées du manuscrit, avec quelques manuscrits et textes imprimés connexes. En 1998 sont ajoutés les images en fibre optique des caractères cachés et les images en ultraviolet des caractères effacés. Les technologies numériques permettent enfin de résoudre quelques énigmes sur l'orthographe et la signification de tel ou tel terme.

 

Sont ajoutés ensuite les fac-similés électroniques des transcriptions du XVIIIe siècle et une sélection des collations, éditions et traductions du XIXe siècle, y compris des liens vers d'autres sources numérisées permettant de mieux appréhender le manuscrit original, par exemple le Toronto Dictionary of Old English Project ou les bibliographies exhaustives de la Old English Newsletter.

 

 

 

 

Ce vaste projet est développé en partenariat avec deux experts américains renommés, Kevin Kiernan, de l'Université du Kentucky, et Paul Szarmach, de l'Institut médiéval de la Western Michigan University. Kevin Kiernan supervise notamment la réalisation d'un CD-Rom contenant les principales images électroniques.

 

Désormais situé sur le site de l'Université du Kentucky, Electronic Beowulf en est maintenant à sa troisième édition, avec les 70 folios originaux numérisés en bien meilleure résolution suite à l'amélioration des technologies numériques, une transcription complètement révisée suivant à la lettre les 3.182 lignes et 17.327 mots du manuscrit et enfin un glossaire extensif avec définition et grammaire de tous les termes importants.  

 

D'autres trésors

 

Quant aux autres trésors de la British Library, leur numérisation se poursuit dès la fin des années 1990, avec version gratuite sur le web. Après Beowulf, la bibliothèque numérise Magna Carta, qui est le premier texte constitutionnel anglais, signé en 1215, avec le sceau du roi Jean d'Angleterre.

 

Suivent les Lindisfarne Gospels, qui datent de 698. Puis le Diamond Sutra, daté de 868, parfois considéré comme le premier livre imprimé, bien avant la Bible de Gutenberg donc. Puis les Sforza Hours, un trésor de la Renaissance daté des années 1490-1520. Puis le Codex Arundel, avec les notes de Léonard de Vinci de 1478 à 1518. Et enfin le Tyndale New Testament, qui est la première traduction anglaise du Nouveau Testament, imprimée en 1526 par Peter Schoeffer à Worms.

 

En novembre 2000, la British Library numérise la Bible de Gutenberg originale pour la mettre à la disposition de tous (voir notre actualitté).

 

Une date importante dans les relations du numérique avec l'imprimé. Comme diraient certains, la boucle est bouclée, avec le premier livre jamais imprimé numérisé au tournant du siècle dans une belle version gratuite sur le web.