Elsevier veut fouiller les poubelles de Cloudflare contre les pirates d'articles

Clément Solym - 20.09.2016

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Le groupe éditorial universitaire Elsevier poursuit sa chasse constante aux pirates. Comme le procès contre Sci-Hub, Libgen et Bookfi se poursuit, l’éditeur souhaite de l’aide du service Cloudflare. En l’occurrence, les données personnelles des propriétaires des sites...

 

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Martin Lux, Domaine public

 

 

ScienceDirect, le grand portail de Reed Elsevier, contrôle l’accès à des millions d’articles scientifiques, issus de milliers de revues. Or, la plupart de ces documents ne sont accessibles qu’à condition de s’acquitter de la gabelle obligatoire. Pour contourner ce péage, les universitaires ont recours à des sites dits pirates, qui diffusent gratuitement les documents.

 

Sci-Hub, Libgen et Bookfi sont les deux cibles privilégiées de Reed, actuellement, parce qu'elles menacent un modèle économique pourtant dénoncé pour son déséquilibre notoire. Elsevier a déposé une plainte au tribunal de district de New York. Selon les termes, les sites sont coupables de violation de copyright systématisée. 

 

Déséquilibre, puisque l’éditeur publie des textes de scientifiques, dont les travaux sont financés par des deniers publics, la plupart du temps. Et que ce sont ces mêmes deniers publics, d’universités ou de bibliothèques, qui financent les accès aux publications d’Elsevier. Le serpent s’en mord la queue avec un air goguenard, soulignent les détracteurs, tandis que l'éditeur met en avant, de son côté, les enrichissements que ses services peuvent apporter aux articles scientifiques.

 

Une injonction préliminaire avait été obtenue pour que les noms de domaine soient mis à mal. Sauf que les sites continuent d’opérer en toute quiétude, au grand dam de l’éditeur. La couverture médiatique dont a profité la fondatrice de Sci-Hub, Alexandra Elbakyan, a contraint Elsevier à la jouer plus soft. Dans le même temps, cela a dévoilé au grand jour l’identité de la propriétaire. 

 

Et pour les deux autres garnements, l’entreprise compte bien attraper par l’oreille les fondateurs. Avec l’aide de Cloudflare. 

 

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Une requête déposée la semaine passée demande en effet au juge que les créateurs des sites Libgen et Bookfi soient rendus publics. Malins, les fondateurs ont eu recours aux services des serveurs CDN de Cloudflare, et l’éditeur universitaire espère bien pouvoir gratter les informations personnelles liées aux comptes.

 

Elsevier avait déjà cherché ces données en passant par Whois Privacy Corp., qui garantit l’anonymat lié à l’achat de noms de domaines. Sauf que, pour les sites Libgen et Bookfi, l’éditeur n’a reçu aucune réponse à ses différentes demandes. Diable. 

 

Et de pointer devant la cour que, toutes ces démarches ayant été infructueuses, il convient qu'elle lui octroie de nouvelles solutions pour démasquer les pirates. Pour ce faire, le service d’hébergement Cloudflare devient le complice idéal, attendu qu’il a eu des relations directes avec Libgen.org et Bookfi.org.

 

Et c’est bien là que toute la détresse, immense, infinie même, d’Elsevier apparaît. Aucun des deux domaines n’est encore hébergé chez Cloudflare, aussi la demande formulée consiste à croiser les doigts pour que, en cas de validation juridique, l’hébergeur ait conservé les coordonnées. Pas certain que ces éléments soient encore en possession de Cloudflare, mais pour Elsevier, c’est l’ultime porte de sortie.

 

La course-poursuite n’en finira pas tout de suite : les trois sites ont décidé, après que leurs noms de domaines ont été saisis, de basculer vers de nouvelles extensions. Ainsi, on accède aux portails depuis golibgen.io, bookfi.net et sci-hub.cc. Et ce, sans qu’Elsevier ne puisse faire autre chose que trépigner de rage.

 

NB: selon nos informations, Libgen n'aurait jamais eu recours aux services de Cloudflare... ce qui devrait poser quelques problèmes supplémentaires à Elsevier. Et ce, contrairement à Schi-Hub et Bookfi, qui eux ont eu recours aux services d'hébergement.

 

via Torrentfreak