Embargo sur le prêt d'ebooks : la riposte des bibliothécaires

Nicolas Gary - 12.09.2019

Lecture numérique - Usages - prêt numérique - embargo Macmillan - bibliothèques prêt ebooks


Très remontée contre la décision du groupe Macmillan d’imposer un embargo sur les ventes de livres numériques aux bibliothèques, l’American Library Association riposte. Les bibliothécaires ont décidé de monter une campagne ce 11 septembre, depuis la bibliothèque publique de Nashville. Et John Sargent, le PDG de Macmillan, n’a qu’à bien se tenir.


(Pixabay)
 

« L’objectif de l’ALA est d’envoyer un message clair au directeur général de Macmillan, John Sargent », indique Mary Ghikas, directrice de l’organisation. Depuis la fin juillet, les nouvelles conditions d’achat d’ebooks pour les établissements de prêt sont devenues dures à avaler : elles ne seront mises en place qu’au 1er novembre, ce qui laisse un créneau aux bibliothécaires pour réagir.
 

Mordre à la gorge, et ne rien lâcher


Dans son projet, Macmillan vend ses nouveautés pour 30 $ l’exemplaire – avec un accès perpétuel, mais impose 8 semaines avant d’autres achats. Une fois ce délai passé, les exemplaires numériques supplémentaires seront facturés 60 $, avec deux années de mise à disposition ou 52 prêts. Ensuite, c’est une révolution : il faut tout racheter.

« L’accès aux ebooks ne doit ni être refusé ni retardé. Nos membres nous disent que leurs usagers souhaitent un moyen facile de rejoindre ce mouvement, et exigent un accès aux ebooks pour tous », poursuit la directrice. De là la campagne de sensibilisation et de lobbying contre Macmillan qui se profile. 

Elle rejoint également une pétition qui a tout juste été mise en ligne, sous le joli nom de eBooksForAll.org. Plus de 2800 personnes ont déjà signé. Une autre initiative accompagne la campagne, réalisée en partenariat avec OverDrive : Libraries Transform Book Pick. L’idée est de proposer un accès illimité à un ebook au choix, durant 2 semaines, sans réservation ni attente. 

Et le premier titre n’est évidemment pas un ouvrage publié chez Macmillan. 
 

Un partenariat affaibli


Depuis longtemps, les bibliothécaires se battent contre les conditions commerciales drastiques que leur imposent les groupes éditoriaux. Des ebooks vendus pour quatre fois le prix demandé dans la vente au détail, voilà qui est inacceptable. 

« Le moment n’est pas bien choisi pour creuser un fossé dans le partenariat réussi et avéré dont ont bénéficié les auteurs, les éditeurs et les bibliothèques publiques », indique Patrick Losinski, directeur général de la Columbus Metropolitan Library. 

Le directeur de la Nashville Public Library, Kent Oliver, en rajoute une couche : « Le plus troublant de tout reste le message indirect que cet embargo véhicule. Seuls ceux qui ont les moyens et sont disposés à payer pour de la littérature et de l’information méritent d’en bénéficier quand elles seront disponibles. Cela va à l’encontre de tout ce que nous défendons. »
 

Bibliothèques = vaches à lait ou dindon de la farce ?


Faire changer Macmillan d’avis, et le voir revenir sur ses projets nécessitera un investissement de longue haleine, et pour aboutir, devra passer par un rapport de force évident. La campagne débute, et les actions ne manqueront certainement pas : il faudra se montrer vigilant aux réactions de l’éditeur.  

D’autant plus que pour certains, dans l’ombre, se retrouverait encore Amazon, en éminence grise. La firme de Seattle fournirait, selon certains, des données alarmantes aux éditeurs, pour les inciter à refuser le prêt numérique — sapant donc le travail des bibliothèques en ce sens. 
 
Certes, les bibliothèques n’apprécient pas les augmentations de prix dont elles sont victimes, mais conçoivent bien qu’il faille des concessions, de chaque côté. L’accessibilité aux œuvres ne devrait, en aucun cas, être un levier d’action pour les éditeurs. 

Et Losinski de conclure : « Nous sommes convaincus que nous investissons bien, en achetant des livres numériques pour nos collections, même à des prix bien plus élevés. Cela profite à chacun. Les bibliothèques ne sont pas des concurrents, ce sont des collaborateurs. »


via Publishers Weekly


Commentaires
Est-ce que 60 $ est cher pour un ebook à prêter? Ou, pour poser exactement la même question, avec les mêmes chiffres, mais selon une autre perspective : est-ce que 1 euro par prêt est trop demander?



La base de la discussion devrait être que les droits appartiennent à l'auteur (ou, par contrat, sont délégués à son éditeur), et que pour les abonnés d'une bibliothèque, le livre qu'on leur remet gratuitement n'est pas un droit, mais un privilège (que je soutiens) : quel est le prix de ce privilège?



En espérant que l'industrie sache éviter une guerre intestine où toute victoire en serait une à la Pyrrhus.
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