Kindle Select est "toxique pour l'avenir de l'édition indépendante"

Clément Solym - 26.08.2015

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Quand un distributeur de livres traite avec un revendeur web, les difficultés peuvent se multiplier. Et aboutir à une rupture des relations. Smashwords et l’Indien Flipkart ont passé le point de non-retour, et les titres de l’un disparaîtront de la plateforme de l’autre. Un problème de métadonnées, qui étaient mal prises en compte par le vendeur. Mais surtout un reflet d’une situation plus complexe.

 

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Tonko43 CC BY 2.0

 

Mark Coker, fondateur de Smashwords, s’est fendu d’un long billet pour expliquer ce qui ne tourne pas rond. Si l’on en retient l’essentiel, les données liées aux ouvrages, qui sont susceptibles d’évoluer, n’étaient pas correctement mises à jour par Flipkart. Et pour prendre plus de champ encore : c’était plus simple quand seuls les livres papier existaient, parce que leurs données étaient statiques. 

 

Manifestement, les problèmes sont survenus quand l’auteur ou l’éditeur indépendant, qui recourt aux services de Smashwords, a décidé de commercialiser ses livres via Kindle Direct Publishing Select. Et l’exclusivité qu’Amazon impose aux œuvres nécessite qu’elles soient retirées de tous les autres points de vente. S’ils ne s’exécutent pas, le ou les livres sont tout bonnement éradiqués de la plateforme Kindle – et en cas de récidive, c’est l’auteur/éditeur qui est banni.

 

Le KDP Select permet à l’auteur/éditeur de toucher plus de revenus, via le fonds mis en place par Amazon – qui rémunère sur les prêts d’ebooks et la plateforme Kindle Unlimited. Sauf que si l’ebook est supprimé de KDP Select, il n’en reste pas moins dans l’ebookstore d’Amazon. 

 

Et c’est là que les problèmes surgissent : Mark Coker n’a jamais dissimulé une certaine antipathie à l’encontre d’Amazon. En tant que concurrent, c’est compréhensible. « Beaucoup d’indépendants ne comprennent pas les implications à long terme de KDP Select », indique-t-il. Or, sur le million de titres proposés, la majeure partie provient des indépendants. Mais pour les auteurs/éditeurs, le constat est simple : les livres se vendent mieux avec cette exclusivité.

 

Alimenter le ressentiment des auteurs

 

« Je crois que KDP Select est toxique pour l’avenir de l’édition indépendante, car cela oblige les auteurs à abandonner les détaillants concurrents, et les fait devenir plus dépendants d’Amazon. Lorsque les revendeurs concurrents perdent l’accès à cet important catalogue d’indés, ils ne peuvent plus exercer de concurrence. » 

 

Mais revenons à Flipkart : Amazon n’est pas responsable du problème rencontré avec Smashwords, simplement le catalyseur. En réalité, la pression qu’exerce la firme sur les auteurs est, toute proportion gardée, identique à celles employées contre les grandes sociétés. Et le fait que les auteurs soient écartelés entre la multiplication des canaux de vente, et l’exclusivité, ne permet pas de développer des solutions d’intégrations efficaces, pour brancher un catalogue à une plateforme de vente. 

 

« Les tactiques d’Amazon ont un effet dissuasif sur la création de futures start-up de vente d’ebooks, puisqu’elles découragent les auteurs indépendants de travailler avec d’autres revendeurs », embraye Mark. « Amazon ne se contente pas de punir l’auteur dans ce marché local, il frappe l’auteur dans le monde entier. » Et ainsi, voilà que les 200.000 ebooks du catalogue de Smashwords ont disparu de l’Inde. Parce qu’Amazon est une machine de guerre implacable.

 

Et Mark Coker de s’adresser dans un courrier à Jeff Bezos : « Le message que vous envoyez aux auteurs est qu’ils risquent la colère et le châtiment d’Amazon, s’ils permettent à vos concurrents de mettre en vente leurs livres. Peut-être que c’est là votre plan. Dans ce cas, il est brillant. Mais il a un défaut, fondamental : il forge un fort ressentiment dans la communauté des auteurs. » (via Smashwords)

 

Les auteurs tourneront-ils réellement le dos à Amazon ? C’est ce qu’il conclut. Mais en attendant...