L'homo numericus, serveur de partage d'ebooks en puissance

Nicolas Gary - 25.07.2015

Lecture numérique - Usages - smartwatch partage - contenus culturels - torrent P2P


Quid d’un modèle de diffusion numérique reposant sur le principe que chaque appareil de lecture dispose aujourd’hui d’une connectique WiFi, voire Bluethooth. Oublions la seconde, lourde et malaisée à manipuler, pour envisager ce que la première peut apporter. Le principe remonte au libraire Barnes & Noble, qui fut le premier à adopter, pour son appareil Nook, une fonctionnalité de partage, à direction d’autres Nook.

 

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Charlotte Henard, CC BY SA 2.0

 

 

En 2009, B & N prenait un net avantage sur Amazon, en introduisant une fonctionnalité inédite : le prêt d’ebooks d’un Nook vers un autre, pour une durée de 14 jours. Il aura fallu près d’une année pour que le Kindle fasse apparaître la même option. La riposte allait dans le sens de la domination que l’on connaît aujourd’hui : non seulement B & N n’a jamais réussi à accrocher le marché de l’ebook, mais désormais, sa division numérique s’apprête à devenir un cimetière des éléphants...

 

Depuis, les solutions se sont améliorées et d’autres acteurs sont arrivés, notamment Apple, avec son iPad, et la véritable révolution du côté des tablettes. Le modèle de partage s’est ainsi développé avec une dimension familiale – notion aux contours juridiques plutôt flous, et technologiquement réduits à un système d’exploitation. Que ce soit Family Sharing chez Apple ou Library Family chez Amazon, le principe est simple : donner accès à des contenus. Et ce, avec un modèle de partage non marchand.

 

Cinq utilisateurs sont autorisés à faire partie de la famille – dommage pour les foyers nombreux –, mais dans les faits, Apple et Amazon introduisaient alors une solution de partage, proche de ce que l’on peut retrouver avec le Peer-to-Peer. Et que les ayants droit connaissent comme la plus grande source de leurs maux : la contrefaçon d’œuvres sur internet. Mais on le sait, du piratage au partage, il n’y a souvent qu’un problème de prononciation de voyelle...

 

Joe Wikert, directeur stratégie et business chez Olive Software, société de traitement de contenus numériques, amorce une intéressante réflexion à ce sujet. S’inspirant de ce que les smartwatch prolongent l’aventure des objets connectés, il relève que le modèle de synchronisation de ces appareils « se prête à la distribution de contenus ». Attention, risque de tornade...

 

Partager ses lectures dans le bus avec n'importe qui 

 

L’idée des smartwatch est de se relier aux appareils via le Bluetooth, sur le modèle d’un casque sans fil par exemple. Autrement dit, les deux objets échangent des bits entre eux, sans poser de questions à l’utilisateur. Ce qui ne va évidemment pas sans poser de légers problèmes, mais pour l’instant, ce n’est pas le sujet.

 

Depuis longtemps déjà, les ordinateurs, les téléphones ou les tablettes pourraient facilement être changés en serveurs WiFi, permettant de connecter plusieurs machines en réseau. Une capacité que les appareils connectés, smartwatch en tête de file, continueront d’étendre à l’avenir. En somme, chaque possesseur d’appareil deviendrait un serveur à lui tout seul, avec dans l’idée d’afficher les éléments qu’il aurait choisis de sa médiathèque personnelle, contenue dans sa machine. Wikert poursuit : 

 

Le Kindle a introduit un tout nouveau modèle de lecture privée. Auparavant, dans un autobus bondé, vous pouviez voir la couverture du livre que la personne face à vous était en train de lire. Désormais, nous masquons nos lectures derrière des tablettes et des téléphones. Je ne suggère pas que nous embrassions un modèle trop intrusif qui fait hurler les défenseurs de la vie privée partout dans les rues. Je crois plutôt à une solution peer-to-peer, utilisable pour améliorer la découverte et la consommation au niveau hyperlocal.

 

Waiting

Morten Mitchell Larød, CC BY ND 2.0

 

 

Rêvons un peu plus fort : dans cette approche, je peux parcourir les listes d’œuvres qu’un tiers accepte de montrer – cette couverture de livre papier que l’on pouvait auparavant voir dans le métro, et qui tendrait à disparaître. Et pourquoi pas : voici que les deux appareils communiquent et qu’il m’est permis de télécharger un extrait de l’œuvre qui m’intrigue. Il ne serait pas même besoin d’assurer une compatibilité des formats : un ISBN suffit pour identifier le livre en question, et mon propre appareil par sa connectique 3G me permet d’aller chercher dans une librairie intégrée, et d’acheter directement.

 

Et si, dans tout cela, le prescripteur, celui qui a originellement accepté de dévoiler une partie, ou la totalité, l'option est essentielle, de ses lectures, musiques, films, etc., était alors rémunéré sur un modèle d’affiliation ? Puisqu’il a généré une vente, le libraire aurait la solution pour le créditer de quelques dizaines de centimes. Ce dernier point est probablement le plus audacieux de l’ensemble. 

 

Partage, piratage, une médaille, deux facettes

 

Que personne ne s’y trompe : si cette solution n’a pas déjà vu le jour, elle est déjà en cours de développement – voire, l’application n’attend plus que la validation d’iTunes ou de Google Play store pour envahir les appareils. 

 

Dans cet ensemble, les éditeurs ont de quoi paniquer : non seulement ils ne maîtriseraient pas la distribution, les données de ventes de vente ne remonteraient plus, mais surtout, ce sont là des idées à même de favoriser le partage, ou le piratage, c’est toujours selon. Comment fera-t-on pour surveiller des réseaux personnels Bluetooth, par lesquels transiteraient des livres numériques, particulièrement légers, entre deux lecteurs ? Hmm ? Comment ? 

 

Wikert a raison : il est certain que dans les conditions contractuelles, ce type d’approche est d’ores et déjà verrouillé. Sauf que l’idée existe, que les appareils connectés se multiplient, et qu’un frigo à même de servir de stockage pour ses livres numériques ne relève certainement pas du rêve. 

 

Bien. Maintenant, retour dans le monde réel, Neo. Pourquoi imaginer ce type de partage ? D’abord, parce qu’imaginer ne coûte pas cher. Ensuite, pour entrer en adéquation avec une société qui se surconnecte, tout en cherchant à renouer avec le commerce de proximité. Une solution de prescription locale, reposant sur la portée d’un WiFi ou de la 3G, touchant donc uniquement les usagers des transports en commun a de quoi faire rêver. 

 

Plus encore : pourquoi pas une opération de communication, où un éditeur met en avant dans une station à forte affluence, une option de téléchargement d’extraits ? Cela se développe, avec des QR Codes sur des affiches en 4 par 3 dans le métro parisien, dans des aéroports russes et ailleurs. La connectivité préexiste : ne suffit-il pas d’envisager des moyens de s’en servir au mieux ?


Pour approfondir

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Partage de midi

de Paul Claudel

Cette édition constitue une événement. La pièce, qui date de 1906, est le chef-d'œuvre de Claudel. Il y a enclos, dans un style brûlant et poétique, mariage de Shakespeare et de Rimbaud, le bonheur et le drame de sa vie. Ysé a abandonné son mari pour vivre avec Mesa ; elle quitte ce dernier pour un troisième homme qui ne la comble pas. Les deux protagonistes sont liés l'un à l'autre. L'homme, épris d'absolu et de Dieu, ne peut ni être satisfait par la femme ni s'en arracher. La femme aime cet homme qui la dépasse et la mène à son malheur, jusqu'à ce que triomphe «l'Esprit vainqueur dans la transfiguration de Midi». Au texte original s'ajoutent des éléments nouveaux : deux versions inédites, antérieures au texte de 1906, écrites par Claudel au milieu du drame de la rupture et de l'abandon, et des lettres également inconnues, écrites par le poète au modèle réel d'Ysé (et de la Prouhèze du Soulier de satin).

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