En numérique, les textes s'offrent au remix littéraire

Antoine Oury - 02.08.2013

Lecture numérique - Usages - Slicebooks - remix - édition


La startup Slicebooks propose un service plutôt étrange, et dont la finalité pourra échapper au premier abord : les éditeurs auront la possibilité, grâce à cet outil, de « découper » leurs ouvrages, pour qu'il soit possible d'en acheter les chapitres à l'unité. Une fonctionnalité utile en premier lieu pour les chercheurs et lecteurs d'ouvrages scientifiques, pédagogiques et autres, mais qui pourrait également révéler des possibilités créatives.

 


Mix Console

Jaime Olmo, CC BY 2.0

 

 

Grâce à un concept dévoilé il y a quelque temps déjà, Slicebooks a réussi à convaincre le groupe Ingram de les soutenir financièrement, portant son offre un peu plus près des éditeurs. Couplé à CoreSource, la plateforme de distribution d'Ingram, Slicebooks offrira la possibilité aux éditeurs de vendre leurs livres aux chapitres, ou selon un découpage effectué par leur soin.

 

Outre-Atlantique, près d'une centaine d'éditeurs auraient déjà signé pour ce service : on imagine les possibilités commerciales derrière l'outil, la création de feuilletons en premier lieu. Et les développeurs de l'outil ont ajouté une nouvelle fonction à Slicebooks, plus orientée pour le lecteur : un « Remix Widget » qui permettra aux possesseurs d'ebooks de les découper, de les réorganiser et ainsi de créer une toute nouvelle histoire, révèle Publisher's Weekly.

 

Des remix littéraires qui pourraient surprendre, voire gêner, en raison de la remise en cause de l'intégrité d'une oeuvre qu'ils impliquent : le code de la propriété intellectuelle prévient toute modification, déformation, mutilation... Pourtant, la pratique est fréquente dans le milieu musical : outre le mix, qui pioche des samples (courts extraits musicaux) dans plusieurs morceaux, le remix, qui s'empare des éléments d'une musique pour les réorganiser et les malmener, il y a le mash-up.

 

Celui-ci consiste en un « mélange » de deux chansons ou plus, généralement éloignées en termes de genre musical ou de rythme : en 2004, le musicien Danger Mouse e fit remarquer avec le Grey Album, mix du Black Album de Jay Z et du White Album des Beatles. En parallèle, un musicien de Pittsburgh, Girl Talk, développe sa musique en collant et mixant des dizaines de samples par chanson. Sur son album Night Ripper, en 2006, il accumule jusqu'à 21 samples en 3 minutes.

 

La pratique est aussi connue dans le cinéma, pour réaliser des bandes-annonces, des courts-métrages ou des projets plus audacieux en terme de longueur. Chaque année, le Forum des Images de Paris propose un festival autour de ce nouveau mode de création, né avec le numérique.