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Piratage ou partage : du livre papier et numérique chez les Français

Nicolas Gary - 23.10.2014

Lecture numérique - Usages - étude usages numériques - Hadopi livre lecture - ebooks illégal offre


Si dans l'esprit de certains, le livre numérique se borne encore aux 3 % de chiffres d'affaires avancés par le Syndicat national de l'édition, la Hadopi et le Groupement pour la Lecture numérique entendent démontrer que les usages sont un brin plus avancés. Une étude réalisée par l'institut IFOP. Les résultats viennent conforter l'idée que les habitudes évoluent, certes, mais surtout que le livre numérique n'est définitivement plus à la marge.

 

 

E-Readers

Parc de lecteurs ebooks divers et variés

Cloned Milkmen, CC BY 2.0

 

 

Avec 11 % des lecteurs d'ebooks sur l'ensemble de la population française de plus de 15 ans, il faut entendre que l'on entre dans le monde numérique par l'intermédiaire d'un terminal avant toute chose – 46 % des répondants l'affirment. Ainsi, deux tendances se dégagent : la lecture plaisir, opérée par un lecteur ebook, et celle, professionnelle, qui se déroule sur ordinateurs. 

 

Hadopi oblige, on note la part faite à l'offre légale dans l'étude, qui souligne des niveaux de satisfaction distincts. Si deux tiers des lecteurs ont acheté un ebook au cours des douze derniers mois, ils privilégient encore beaucoup la gratuité. « L'offre numérique payante s'avère adaptée à un lectorat équipé et/ou aux goûts “grand public” (littérature générale notamment), mais moins en phase avec la recherche d'ouvrages plus confidentiels (livres scientifiques, sciences humaines...) jugés plus difficiles à trouver et plus chers », note la Hadopi. Et surtout, 10 € semble définitivement le prix psychologique difficile à franchir pour une offre traditionnelle.

 

Or, qui dit gratuité, dit également piratage : 34 % des lecteurs recourent à des solutions illicites pour s'alimenter en livre, et 43 % fournissent des livres numériques à d'autres personnes. Fait qui saura rassurer : 64 % des lecteurs ont moins de plaisir à partager un livre numérique qu'un livre papier. Ces comportements de partage sont justifiés par le prix, la perception d'une offre parfois limitée et le poids des habitudes. Cependant, l'approche numérique ne rebute aujourd'hui plus les lecteurs : 

 

Séduisante par son aspect pratique et l'accès gratuit à certaines œuvres, l'offre numérique a su convaincre la grande majorité de ses lecteurs de continuer à lire dans ce format à l'avenir, avec néanmoins des différences selon les profils, les plus équipés en terminaux dédiés et à l'aise avec l'environnement numérique étant les plus susceptibles d'adopter sur le long terme ce mode de lecture. 

 

 

Ce qu'il faudra également retenir, c'est que 26 % des lecteurs font attention à la présence de DRM dans leurs achats, et que 34 % ont déjà eu recours à des solutions de contournement. Or, 74 % des lecteurs n'ont qu'un seul appareil de lecture, contre 26 % qui en possèdent plusieurs. Enfin, chose pas si évidente, 34 % des lecteurs recourent à l'ebookstore associé à leur appareil de lecture pour leurs achats – iBook Store pour iPad, Kindle Store pour Kindle, etc. Or, 71 % s'en disent satisfaits, quand 29 % trouvent que s'exerce une certaine contrainte dont ils aimeraient sortir.  

 

En mars dernier, on apprenait que 69 % des Français de 15 ans et plus ont lu un livre au cours des 12 derniers mois, 22 % ont lu de 1 à 4 livres, 28 % ont lu de 5 à 19 et 18 % ont lu 20 livres et plus. Concernant le livre numérique, en 2014, 15 % en ont déjà lu un et 7 % envisagent de le faire, selon le Baromètre des usages du livre numérique Sofia/SNE/SGDL.

 

 

 

 

La dématérisalition et le coût de la valeur

 

Autant d'observations sur le monde du livre à proprement parler, mais qui se prolongent avec plusieurs réflexions liées à des tendances globales, dépassant les cadres de l'industrie de l'édition. Ainsi, la dématérialisation des biens culturels, note Hadopi, « semble être liée à un phénomène de dévalorisation qui se traduit par la recherche d'un accès avant tout gratuit aux biens dématérialisés, quitte à s'orienter vers une offre illicite ». 

 

Or, qui parle de dématérialisation implique qu'il y ait une disparition du support, du médium. Et cette suppression semble tout à fait logiquement avoir pour conséquence dans l'esprit du consommateur qu'il profite d'une remise. La dévalorisation est alors moins un constat objectif qu'une angoisse propre aux éditeurs, majors, studios, etc. En effet, pour l'heure, personne ne nie la valeur d'un livre, mais le fichier numérique, trop longtemps protégé par une tarification excessive, paye les conséquences d'un retour de flamme. Il aurait été particulièrement intéressant de passer en revue cette tendance réelle. 

 

D'ailleurs, il faudra s'interroger, un jour ou l'autre, sur les comportements mêmes de l'édition, qui a dénigré l'ebook dans ses premières manifestations. Si cela ne valait rien, voilà quelques années, comment vouloir imposer l'idée que cela puisse aujourd'hui avoir de la valeur ?

 

Hadopi poursuit en considérant que « le numérique semble constituer un ensemble en soi où ce n'est plus seulement la catégorie de bien qui fait référence (par ex. le livre), mais également l'ensemble des pratiques tarifaires en ligne pour les biens culturels ». Ce qui expliquerait alors l'apparition de sites, démultipliés aujourd'hui, où les offres illicites contiennent l'intégralité des produits culturels contemporains. Et parce que l'on retrouve musique, films, séries, livres, etc., l'offre du site devient plus encourageante encore à découvrir, et télécharger d'autres produits culturels. 

 

La prescription existe donc bien, y compris chez les pirates. Une piste à suivre ? La synthèse de l'étude est à retrouver en intégralité ci-dessous.