Entre application et EPUB, le coeur des éditeurs balance encore

Antoine Oury - 09.01.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - application ou EPUB - Benjamin Lacombe - Florent Souillot


La table ronde de l'association des anciens élèves du master édition de Paris XIII, Sup'Edit, a ouvert l'année au Labo de l'édition avec la question : « La création numérique, un nouveau genre ? » Sous des allures de problématique universitaire, l'interrogation a toutefois permis de distinguer 2 « genres » bien spécifiques, l'application et l'EPUB.

 

 

Autour de la table : Christophe Payet (modérateur), Florent Souillot, Nolwenn Tréhondart, Benjamin Lacombe
 
 

L'association étudiante a réussi sa rentrée : le Labo de l'édition accueille plus d'une centaine de participants, pour la plupart tous convaincus par les possibilités du livre numérique. Pas de murmure d'approbation lorsque Benjamin Lacombe, auteur de L'Herbier des fées, explique que l'expérience numérique lui a révélé « ce qu'était un livre, au-delà de son aspect matériel », mais c'est tout comme.

 

Composer un EPUB l'a aussi confronté à des contraintes insoupçonnées, plus encore que pour la conception du livre papier L'Herbier des fées, qui utilise déjà des techniques complexes - mais pour le papier : découpes laser, calques... Et une nécessité de toujours revoir son projet artistique à la mesure des possibilités offertes, ou plutôt laissées, par les différentes configurations techniques : « Sur iPad, par exemple, une pression au centre fait normalement apparaître un chemin de fer au bas de l'écran, ce qui gênait considérablement l'interaction », explique-t-il démo à l'appui. D'où une adaptation complète au moteur de lecture de l'EPUB.

 

Ces mêmes limitations ont poussé Florent Souillot et le département numérique de Flammarion vers l'application pour L'homme-volcan, qui n'est donc disponible que sur les appareils iOS. La seule façon, d'après l'éditeur, de « maîtriser le rendu final. L'EPUB est un standard industriel récent, que nous ne contrôlons pas. Et il y a actuellement en France plus de 20 rendus différents pour le livre numérique. » Si l'application a l'avantage de la stabilité, il ne sera possible de prêter son livre que 5 fois (avec une synchronisation via iTunes), et uniquement aux possesseurs d'appareils à la pomme.

 
Du mouvement... Mais trop ou pas assez ?
 

Si la gratuité de l'application L'homme-volcan a permis à Flammarion d'atteindre les 75.000 téléchargements, seuls 9.000 ont été payants (une moitié à 4 €, l'autre à 1 €), ce qui est loin de suffire pour boucler le budget de 60.000 € investis, avec l'aide du CNL. L'Herbier des fées, lui, plafonne à 3000 téléchargements à 15 € (le livre papier vaut le double), tandis qu'une baisse récente à 6,99 € a permis de doubler les chiffres de vente, ce qui n'est pas rien quand l'aide du CNL, cette fois, n'a pas été au rendez-vous.

 

Les exigences d'Apple s'ajoutèrent au parcours du combattant Lacombe : « Intéressés par le projet plutôt innovant à l'époque, ils voulaient donner des cartes, avec des codes pour obtenir du contenu... Puis carrément la gratuité. Pour eux, nous ne sommes que des produits d'appel pour vendre des iPads » souligne l'auteur en attirant l'attention sur la préservation du chaînon, libraire.

 

Quant à Nolwenn Tréhondart, doctorante au sein du laboratoire Paragraphe de Paris VIII, qui se penche sur le livre numérique multimédia, elle situe le prochain défi des auteurs et éditeurs dans la configuration d'une interface adaptée aux différentes « grammaires gestuelles » de lecture : pincer, glisser, effleurer, toucher... Autant de mouvements qu'il va falloir maîtriser, au-delà de la simple page tournée.

 

Comme si une grammaire ne nous suffisait pas...