Entre écrans et Internet, les enfants dans un virtuel si réel

Clément Solym - 18.12.2012

Lecture numérique - Usages - enfants et écrans - utilisation - protection des droits


Claude Bartolone s'est vu remettre un rapport consacré aux droits de l'enfant, Enfants et écrans : grandir dans le monde numérique. Un rapport annuel présenté par Dominique Baudis et Marie Derain, le 26 novembre dernier, et réalisé par Défenseur des droits. L'attractivité des tablettes, la présence des smartphones, la multiplication permanente des écrans, depuis celui de la télévision, montrent combien ces appareils importent dans la vie de l'enfance. 

 

 

 

 

Pour Dominique Baudis, on constate surtout que la maîtrise des écrans « échappe souvent aux adultes, qui peuvent apparaître porteurs du meilleur comme du pire. Il était nécessaire de cerner les problématiques nouvelles posées par l'entrée de ces technologies nouvelles dans nos vies, dans leurs vies ». Et au terme de l'étude, ce sont 10 propositions qui visent à rendre l'utilisation des différents appareils plus sûre pour les enfants. 

 

C'est que le monde que les adultes qualifient de virtuel « est pourtant bel et bien réel pour les enfants », assure Marie Derain. Et le nomadisme qui nous permet d'emporter en permanence ces machines met en exergue les besoins impératifs de protéger, dans la défense la plus stricte des droits. 

 

droit d'être protégé contre les violences (pornographie, pédophilie, harcèlement, exposition à des images violentes), droit à la protection de la vie privée, droit à l'égalité de traitement (garçons/filles, origine ethnique, handicap), droit de ne pas être exploité, droit de s'exprimer, de faire entendre son point de vue, droit d'exercer sa citoyenneté, droit de s'informer, droit à l'éducation, aux loisirs, aux activités culturelles, droit à la liberté de pensée.

 

L'étude considère que les usages de loisirs sont les plus plébiscités parmi les jeunes, avec un constat simple : plus l'enfant est issu d'un milieu défavorisé, moins ses utilisations sont variées. En outre, les compétences de lecture électronique des enfants de 15 ans, montrent que les élèves français affichent des résultats « légèrement inférieurs à ceux de la moyenne des pays de l'OCDE (494 points contre 499) ». 

 

Outils pédagogiques d'apprentissages

 

En matière d'objectifs pédagogiques, le rapport note que les expérimentations se multiplient et à ce titre, le ministre de l'Education nationale a récemment présenté son projet numérique. « Les tablettes suscitent en effet à la fois l'enthousiasme par leur facilité apparente d'utilisation et des interrogations. Leur ergonomie, leur autonomie, leur simplicité et leur rapidité sont autant de qualités qui séduisent les utilisateurs et dans certains cas permettent de dépasser des blocages : difficultés motrices, handicaps psychiques, démotivation ; elles permettent alors d'obtenir des résultats immédiats, ce qui satisfait et encourage l'élève. »

 

Cependant, on constate que tous les livres scolaires sont encore loin d'être numérisés et accessibles, alors que depuis 2008, l'Educnat encourage l'expérimentation du numérique pour de nouveaux formats de supports des manuels scolaires, ce qui aurait aussi pour effet de réduire de moitié le poids des cartables. En outre, l'article 17 de la Convention internationale des droits de l'enfant souligne que les États signataires doivent encourager « la production et la diffusion de livres pour enfants ». 

 

Les écoliers se retrouvent néanmoins protégés, du moment qu'ils évoluent dans un univers internet conscrit, mais les listes blanches, qui fixent les sites autorisés selon le contrôle parental, ne servent plus à rien une fois l'enfant avec avec mobile connecté dans les mains. La navigation sécurisée échappe à tout contrôle, et « une demande très banale à partir d'un moteur de recherche peut déboucher sur des contenus choquants ou dangereux ». 

 

Recherches et informations

 

L'accès à internet devient cependant un moyen d'effectuer des recherches, et un véritable outil pour découvrir le monde, écouter de la musique, « me renseigner plus vite que dans les livres », explique un garçon de 11 ans. Mais l'utilisation implique aussi de parvenir à distinguer le légal de l'illégal : 

 

La multiplication des écrans dans notre société est un constat objectif. Les ordinateurs, tablettes, smartphones, liseuses, télévisions sont omniprésents et beaucoup de ces supports sont mobiles. Les enfants sont donc confrontés quotidiennement à des écrans, et peuvent d'autant plus facilement tomber sur des contenus inadaptés. Or, certains de ces vecteurs de diffusion sont régulés, d'autres peu ou pas. Les enfants peuvent avoir accès à différents contenus à partir d'un même support, ou bien ils peuvent voir un même contenu sur différents supports de diffusion.

Or, le dispositif actuel étant morcelé, fragmenté, l'enfant peut être protégé de manière différente pour un même contenu, en fonction du support qu'il aura utilisé pour le visionner. Plus regrettable encore, s'il regarde ce contenu sur Internet à partir d'un site qui ne peut être régulé par les instances que nous venons d'évoquer (site Internet privé de partage de vidéo, téléchargement peer to peer) il ne sera pas du tout protégé. La protection doit suivre l'évolution technique et sans cesse s'adapter.

 

Les évolutions sont intéressantes à suivre, dans le domaine de l'apprentissage, tant pour l'écriture que la lecture : le pédopsychiatre Serge Tisseron explique : « Le modèle que nous devons apprendre à développer vis-à- vis des écrans est celui d'un livre d'images... Le tout-petit attend du parent qu'il mette sur les images des mots qui lui sont directement destinés, qui sont des mots qu'il est capable de comprendre et qui l'introduisent à une relation médiatisée par les écrans. »

 

En tant qu'outil de relais, le rapport note que s'« il existe d'autres acteurs éducatifs fortement impliqués dans la réussite de tous les enfants : les éducateurs/ les animateurs qui travaillent complémentairement à l'école, les parents et les élèves eux-mêmes. Il est donc nécessaire de réfléchir à la question de la pro- duction et de l'édition de ressources numériques à destina- tion de tous ces acteurs ».

 

Plus généralement, le rapport souligne l'importance de distinguer vie privé et vie numérique, tout en assurant une certaine sécurité :  

Aux confins du réel et du virtuel, du présent et du possible, c'est l'aventure sans risque, la prise de risque sans conséquence, l'expérimentation sans trace ni témoin, du moins l'adolescent veut-il le croire. L'exposition de la vie privée prend alors un autre sens. De sorte qu'Internet, et notamment les réseaux sociaux, constituent aujourd'hui non seulement un outil de communication, mais aussi un élément indissociable du développement et de l'équilibre de l'adolescent. Dans le prolongement de sa quête d'identité, ce dernier va en effet rechercher une validation sociale auprès de ses pairs, en soumettant à leur approbation des éléments intimes de sa personnalité, aussi bien physique que psychique. C'est ce qu'il est désormais commun d'appeler le « désir d'extimité » (ou l'intimité extériorisée).

 

Rapport à consulter, dans son intégralité, à cette adresse.

  

 

Rapport Droit Enfants Bd 2012

 




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