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“Entre l’écrit et l’écran, le livre audio apporte un nouveau choix”

Nicolas Gary - 27.11.2018

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L’audiolivre, consacré comme tendance de l’année 2018, était au cœur d’une table ronde organisée par le salon Creativ’Book. Le catalogue français est pourtant encore loin d’avoir atteint une masse critique. Mais si l’offre est en cours de construction, l’auditorat semble pour sa part bien répondre à ce qu’on lui propose.


Audiobook
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Ce n’est plus un secret, la transition vers un format dématérialisé – le MP3, que chaque revendeur adapte à sa sauce plus ou moins propriétaire – permettant l’usage nomade a fait beaucoup. L’écoute sur smartphone constitue la deuxième partie de l’équation, découlant de la première. Enfin, la solution d’abonnement que proposent les revendeurs encouragerait les consommateurs à se lancer. « Le fait que l’on propose un mois d’essai gratuit est très incitatif, au moins à s’y frotter », indique Eric Marbeau, responsable de la diffusion numérique chez Madrigall.

Les estimations du marché, au niveau mondial, tournent autour de 3 milliards $ pour l’année 2017, avec des perspectives, pour 2020, de 4 milliards $. « En France, le format manquait de notoriété : on avait encore le sentiment, voilà quelques années, qu’il était réservé à un public souffrant de troubles de la lecture », poursuit-il.

Un a priori doublé du fait que ni les libraires ni les enseignes n’accordaient alors de place à l’audiolivre en format physique. « Un petit catalogue et une offre presque introuvable : les conditions du développement étaient complexes. » 
 
Un monde à entendre et écouter

Justine Souque, consultante en audiovisuel et édition, souligne qu’au cours de l’année passée, une très large place a été accordée à l’audio. Tant le festival du podcast à la Gaîté lyrique que les records cumulés de France Culture donnent des indications sur l’évolution des pratiques. « Le livre audio est dans cette tendance : nous ne sommes plus sur un produit isolé pour un public empêché. » 

Pourtant, la seule dématérialisation ne permet pas de comprendre cet essor : le livre numérique aurait sinon pris son envol depuis longtemps. Pour Kobo, explique Agnès Panquiault, qui se positionne comme libraire strictement numérique, « l’industrie avait misé sur une croissance exponentielle, qui a été fortement ralentie ». Ce qui n’empêche pas la marque d’afficher + 20 % de ventes sur 2018. 

Le déclencheur, ainsi que tout le monde s’accorde à le reconnaître, furent les investissements massifs que la société Audible (filiale d’Amazon) a pu réaliser – notamment en communication. L’apparition d’une solution d’abonnement a également participé à structurer l’offre, facile à lire pour les amateurs. Ne restait plus alors qu’aux éditeurs à enrichir leurs catalogues.
 
Du texte aux coûts du texte

« Nous avons doublé notre production sur une année », abonde Eric Marbeau. Avec un sourire : « Ce qui revient à dire que nous sommes passés de 50 titres à 100 titres produits. Et pourtant, nous comptons parmi les trois plus importants éditeurs en la matière. » C’est que la réalité économique du livre audio rattrape : entre 5000 et 20.000 € pour produire un audiolivre, voilà qui a de quoi freiner.

De là l’importance du casting et de la collaboration étroite entre l’éditeur et le producteur, relève Justine Souque. « C’est le texte qui décide : nous ne sommes pas dans une adaptation, mais dans une traduction de l’œuvre. L’enjeu est de parvenir à l’incarner intelligemment, et de parvenir, par la voix, à en dévoiler des aspects qui auraient échappé, lors de la lecture classique. »

La qualité, la qualité, la qualité, triple règle d’or, insistent les intervenants. L’interprétation rendra en effet le travail des médiateurs – et notamment des bibliothécaires en la matière, qui furent précurseurs, note Eric Marbeau – plus aisé. De même, Magridall collabore avec l’Institut français autour de la Culturethèque : cette bibliothèque numérique vise à proposer des livres audio, en prenant en compte les nouveaux apprenants de la langue française.

« Il nous a semblé important de pouvoir donner des indications allant dans ce sens, pour aider ceux qui ont besoin d’apprendre la langue à trouver des ouvrages qu’ils puissent comprendre au mieux », explique-t-il. Car la médiation qui conduira à l’adoption plus générale du format passe, évidemment, par tous les aspects pratiques de la vie.
 
Quand l'Intelligence artificielle tend l'oreille

De même, pour le libraire en ligne, la nécessité s’impose que de disposer de métadonnées permettant de proposer tous les formats d’un même ouvrage : papier (poche ou grand format), ebook et audiolivre. Uniformiser ces données, pour faciliter le travail de chacun.

D’autant que l’intérêt des GAFA pour l’audio implique de ne pas se laisser mener par des acteurs du numérique trop intrusifs. Avec le développement des enceintes connectées et des assistants vocaux, on voit combien l’Intelligence artificielle et l’audio sont liés. Or, de même que Google Books avait numérisé des livres par millions pour nourrir son moteur de recherche et ses IA, on sent poindre les mêmes enjeux avec l’audiolivre. 

« La recherche vocale en plein texte pourrait être une solution de prescription intéressante », suggère Agnès Panquiault, assurant dans le même temps que Kobo n’a pas dans ses cartons d’enceinte connectée prévue. « Les algorithmes ont besoin d’être stimulés par de nouvelles approches. Même si nous travaillons comme des libraires, nous passons par ces outils d’IA pour suggérer des ouvrages. »
 
Conquérir le public, en l'impliquant davantage

Avant que le livre audio n’occupe autant de place que les ouvrages papier, dans les stratégies des GAFA, il se passera quelque temps. « Un best-seller, en audiolivre, ce sont 10.000 exemplaires », relativise Eric Marbeau, quand un ouvrage papier peut dépasser les 600.000 exemplaires au plus fort. 

Reste alors à se tourner vers l’avenir ? Pour Justine Souque, la dimension transmédia de l’audiolivre est évidente : « Nous sommes dans une approche solitaire d’écoute au casque, évidemment, mais la possibilité d’impliquer d’autres auditeurs est là. Associé aux nouvelles technologies, le livre audio représente une médiation qui apporte une réelle convivialité. » 

Et de citer le programme Casting La Voix que l’association La plume de paon organise depuis plusieurs années. « Il s’agit de faire lire des gens, qui passent devant un jury pour lire un texte. Rien à voir avec des conditions d’enregistrement professionnelles ! » Pourtant, le public, autant que les participants, découvre et apprend, retrouvant le plaisir de l’oralité. 

« Entre l’écrit et l’écran, le livre audio apporte un nouveau choix », conclut Eric Marbeau.
 


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