Entre les dealers et les dissidents politiques, un magazine littéraire sur le darknet

Antoine Oury - 29.01.2016

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Bien des magazines littéraires sont nés sur internet, et des millions de chroniques de livres et autres textes voyagent sur le réseau, avec comme objectif final, généralement, de sortir de l'anonymat. C'est tout le contraire pour The Torist, un magazine littéraire créé et diffusé sur le réseau anonymisant Tor, alternative au web traditionnel utilisée à la fois par les dissidents politiques et les cybercriminels.

 

 

 

Les créateurs de la revue valorisent évidemment l'aspect anonyme qu'offre le réseau Tor : utilisable avec un navigateur spécifique, Tor utilise son propre protocole et permet d'héberger des sites dits « cachés », car non référencés par les moteurs de recherche. Il assure également à l'utilisateur une confidentialité maximale. En choisissant cette diffusion, The Torist restreint son lectorat, mais assure une liberté complète dans les débats.

 

La revue littéraire est codirigée par Robert W. Gehl, professeur au sein du département communication de l'université d'État de l'Utah, et GMH, un créateur et auteur, après plusieurs mois de discussions sur Galaxy, le réseau social du darknet. « À ce moment-là, j'étais très enthousiaste sur l'atmosphère de Galaxy, et combien ce réseau était différent des autres », explique GMH à Motherboard, sous couvert d'anonymat, évidemment.

 

L'idée d'un magazine, reflétant l'ambiance et les échanges (portant notamment sur le féminisme et la littérature) qu'il avait eus avec le professeur, a alors germé dans l'esprit de GMH : pouvoir comparer les contenus d'une publication darknet à ceux d'une publication web l'intéressait fortement — sans parler du fait de pouvoir profiter d'un réseau dénué de contenus publicitaires et de logiques commerciales.

 

Si GMH a conservé son pseudonyme, Gehl a choisi d'abandonner le sien, pour associer sa réputation de professeur au projet et devenir son lien avec « l'autre côté », en quelque sorte. Par ailleurs, le journal vise à améliorer l'image publique du darknet, régulièrement présenté comme une zone de non-droit inondée d'offres pour acheter des armes et de la drogue. Au contraire, de tels réseaux se révèlent extrêmement utiles pour les dissidents politiques et autres militants, dans les pays où la liberté d'expression n'a pas droit de cité.

 

 


 

 

« Je me suis lancé dans ce projet en espérant montrer comment Tor peut être utilisé : comme internet, sauf que celui-ci protège votre dignité et votre vie privée », souligne GMH. Sans surprise, ce premier numéro reflète surtout la peur liée à l'idée de vivre dans une société surveillée en permanence.

 

La revue pourra être découverte à cette adresse, mais sa lecture nécessite l'installation d'un navigateur Tor. The Torist et son équipe de rédaction recherchent des textes en permanence, et il est probablement possible de leur faire parvenir des écrits... anonymement, bien sûr.