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Ethiopie : des tablettes pour apprendre à lire "seul"

Clément Solym - 06.11.2012

Lecture numérique - Usages - éthiopie - OLPC - apprentissage


Environ 100 millions d'enfants à travers le monde n'ont pas accès à l'école. L'association One Laptop Per Child essaie aujourd'hui un nouveau programme d'aide, en déposant des tablettes dans des villages éthiopiens. Ces tablettes possèdent des applications pré-téléchargées, et l'organisation, une fois les appareils laissés sur place aux enfants, observe la façon dont ils sont utilisés.

 

Ethiopië

Martha de Jong-Lantink CC BY-NC-ND 2.0

 

Le but est assez simple et ne se veut pas uniquement « voyeur » d'un comportement encore non connu. L'expérience est là afin de déterminer si des enfants analphabètes, sans exposition antérieure à des mots écrits, peuvent apprendre à lire par eux-mêmes. Une aide serait néanmoins apportée aux enfants qui arriveraient à expérimenter les tablettes et ses formations ludiques pré-téléchargées. Des ebooks, des films, des dessins animés et des peintures sont également intégrées. C'est un peu la loi du plus fort et du plus malin, mais dans un cadre culturel. Il ne reste plus qu'à espérer que les plus débrouillards veuillent bien « enseigner » l'astuce à leurs compères de jeu et de travail.

 

Pour le moment, « les premières observations sont encourageantes », a déclaré Nicholas Negroponte, fondateur de l'OLPC, lors de l'EmTech conférence, la semaine dernière. Les appareils utilisés pour l'expérience sont des Motorola Xoom, qui comprennent un système de recharge solaire, dont les membres de l'OLPC ont enseigné l'usage aux adultes du village. Une fois par semaine, un membre de l'OLPC rend visite aux villages et échange les cartes mémoires, afin que les chercheurs puissent étudier la façon dont les machines ont été utilisées.

 

Parmi les résultats qui ont pu être observés après plusieurs mois, les enfants des deux villages choisis savaient se servir des tablettes et récitaient régulièrement la « chanson de l'alphabet ». Un garçon a même réussi à ouvrir un programme de peinture et à écrire le mot « lion ». D'ailleurs, déjà, lors des premiers cartons déposés, la surprise avait été grande : « Je pensais que les enfants voudraient jouer avec les boîtes. Dans les quatre minutes, un enfant a non seulement ouvert la boîte, mais il a trouvé l'interrupteur marche-arrêt ... et il a mis l'appareil sous tension », explique l'un des membres de l'organisation. « Dans les cinq jours, ils ont utilisé une moyenne de 47 applications par enfant et par jour. Dans les deux semaines, ils chantaient des chansons d'alphabet dans le village, et dans les cinq mois, ils ont piraté Android »,  a déclaré M. Negroponte.

 

Pour en revenir au but principal de la manœuvre qui était l'apprentissage de la lecture par soi-même, M. Negroponte a affirmé que « s'ils peuvent apprendre à lire, ils peuvent lire pour apprendre ». Néanmoins, il a ajouté que même si les premiers résultats sont prometteurs, l'équipe ne puvait tirer des conclusions hâtives quant à savoir si les enfants pouvaient apprendre à lire de cette façon.  Il faut encore davantage de temps. « Si le projet est financé, il serait nécessaire de le poursuivre d'un an et demi à deux ans pour arriver à une conclusion que la communauté scientifique pourrait accepter ».

 

Voici donc un service, louable ou non, qui permettrait à des enfants sans ressources scolaires de pouvoir apprendre à lire « seul », sans que personne n'ait à fournir des écoles, des enseignants et des manuels. Ou du moins, en attendant que l'école arrive sur ces terres.