Étude : Le prochain qui dit que l'ebook est une menace prend une baffe

Clément Solym - 15.12.2015

Lecture numérique - Usages - édition livre numérique - France chiffre affaires - filière livre


Dans le cadre de l’étude présentée par la Direction générale des entreprises, Imprimer en France : l'avenir de la filière livre, de nombreux éléments portant sur l’évolution du livre numérique en France sont évoqués. Si les données analysées sont celles de l’année 2013, les conclusions tirées restent intéressantes. Et la conclusion majeure fait enfin plaisir à entendre.

 

Readers Kobo à la Fnac

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Cinquième marché mondial, la France comptait 356 millions de titres vendus, pour 4 milliards € de chiffre d’affaires. Comme l’indiquait la BnF, le dépôt légal est en croissance : 74 800 déposants et 7660 titres déposés, soit +16 % et + 12 %. Dans le même temps, si les réseaux de distribution et les relais d’opinion accusent le coup, on a cessé de brandir le livre numérique comme une menace. Mieux : « Les parts de marché paraissent limitées, même si elles progresseront encore en France dans la décennie à venir. »

 

Il est appréciable que les conclusions issues des auditions tordent enfin le cou à l’idée trop largement véhiculée que l’ebook constitue un danger. Dans la lettre de mission, on pouvait en effet lire : 

 

Les mutations des modes de consommation des produits culturels, liées à la dématérialisation des contenus et à la diffusion des liseuses, smartphones et tablettes, les nouvelles façons de consommer le livre contribuent également à la baisse des tonnages imprimés. Si le phénomène reste encore marginal en France, il n’en reste pas moins une menace pour le livre papier, comme en témoigne son développement dans les pays anglo-saxons. 

 

Ce qui posait surtout problème, c’est le partage de livres numérisés ouvrages introuvables ou piratés notamment dans le domaine de la bande dessinée qui « conduit à sortir des circuits traditionnels de production et de commercialisation une partie non négligeable du fond éditorial ».

 

Et de rappeler l’étude présentée en mars 2014, à l’initiative du CNL, où « 69 % des personnes déclarent avoir lu au moins un livre au cours des 12 derniers mois. Le taux de lecture sur papier est en légère baisse, au profit de la lecture de livres numériques ». 

 

On rappelle également que l’impact des ebooks chez les 18-34 ans, selon une enquête de Publishing Technology, indiquait : 79 % ont déclaré avoir lu un livre imprimé et 46 % un ebook. 

 

En regard des auditions effectuées pour l’étude que présente la DGE, l’ebook n’est donc plus perçu « comme une menace », mais reste un enjeu. On souligne que le volume a fortement augmenté – 45 % en 2014, tout en demeurant marginal. Il représente « moins de 5 % du CA net des éditeurs et où l’on enregistre même une baisse de près de 3 % en volume et en valeur entre 2013 et 2014 ».

 

Avec un taux de pénétration de 27 % aux États-Unis et de 15 % en Angleterre, les experts envisagent que l’ebook pèserait 10 % du CA en 2017. L’enquête estime par ailleurs que les interventions des pouvoirs publics « favorisent l’émergence équilibrée d’une offre diversifiée ». De leur côté, les éditeurs se préparent « en observant les comportements et les pratiques outre-Atlantique et outre-Manche. Toutes les nouveautés paraissent en format digital », indique-t-on. 

 

Pour autant, les difficultés dans le développement de l’ebook n’en restent pas moins évidentes : 

 

[L]es éditeurs clients ont tendance à la fois à intégrer des compétences techniques et à industrialiser ce qui jusqu’à présent était réalisé artisanalement, tout en souhaitant « faire du numérique à bas coût ». Les opérateurs constatent des attentes et exigences croissantes de la part des éditeurs en termes de qualité dans le numérique. Le modèle économique des livres enrichis, et a fortiori des applications interactives, reste encore toutefois à trouver, d’où une (très) faible demande en la matière. 

 

Les restrictions budgétaires constatées chez l’ensemble des acteurs procèdent alors d’une « dégradation globale du marché ». Pour les beaux livres, la photogravure se réduit significativement, par exemple. Et la concurrence intervient au niveau européen. Ainsi, « dans le numérique, les opérateurs du secteur graphique peuvent se retrouver en concurrence avec des entreprises du monde du digital, non nécessairement spécialistes de l’édition : start-ups, agences... »