#AuteursEnDanger : foin du débat, il faut du buzz

Nicolas Gary - 12.09.2015

Lecture numérique - Législation - auteurs danger - campagne Europe - réforme droit auteur


Hier a été lancée en trombe la campagne du Syndicat national de l’édition, qui a fait de l’avocat Richard Malka son héraut. Fort heureusement, les vilaines manies du genre décapiter le messager porteur d’un mauvais message ne sont plus en vigueur. Pour que le message soit mieux porté sur les réseaux sociaux, voici une liste de recommandations, découlant directement du SNE.

 

Danger: High Voltage

Rhys A., CC BY 2.0

 

 

Les retombées presse, quand on mène une campagne, sont essentielles pour découvrir comment le public reçoit, par la voix des médias, le message véhiculé. Dans l’analyse globale, il semble qu’au cours de « cette première journée de lancement » s'affiche « le signe d’un intérêt manifeste des médias pour la question du droit d’auteur ». Bien entendu, personne n’ira clamer qu’il faut priver les auteurs de leurs droits, pas plus qu’il ne faille les rémunérer. 

 

La « presse écrite » est ici « majoritairement positive », à quelques dissidents près, et d’autres interventions de Richard Malka sont à venir. Sur les réseaux sociaux – exclusivement Twitter – les retombées semblent appréciées : on notera qu’en 24 heures, le compte officiel a gazouillé 38 fois... Et alors que les organisateurs semblent désireux de lancer le débat, le compte n’a bien entendu rediffusé que les messages allant dans son sens. 

 

Reste alors : « Un besoin manifeste de soutien d’auteurs. Il est essentiel que d’autres voix s’ajoutent à celles des éditeurs et de Richard Malka. » Ce qui laisserait comprendre, à demi-mot, que la campagne est bien à l’initiative des éditeurs – d’ailleurs, pour l’heure le soutien des organisations d’auteurs est encore bien discret.

 

N’oublions pas, comme le souligne Slate, que le SNE s’est également fait troller en ligne, avec une communication glissante et un nom de domaine rapidement détourné, au profit d’un message bien différent. Un point que l’on ne retrouve pas dans ladite analyse des retombées – alors que l’information ne manque pas de piquant...

 


 

 

Or, si le débat est lancé, il demeure « pour le moment plutôt l’affaire de spécialistes et d’initiés. Quelques auteurs ont pris la parole pour nous soutenir, mais trop peu pour le moment ». Raison pour laquelle le SNE y va de son petit message, à destination de ses membres – du moins, de ceux qui adhèrent à la campagne. Des conseils de gazouillis à copier-coller sans modération, parce qu’il s’agit avant tout de faire le buzz.

 

Comment ? Eh oui : dans les recommandations de la société de communication engagée, Majorelle, on peut lire :

 

L’émergence du débat, qu’il se fasse dans les médias ou sur les réseaux sociaux, est le meilleur moyen de porter notre sujet sur la place publique et d’interpeller les décideurs politiques et institutionnels français et/ou européens. La question du droit d’auteur est un sujet complexe, les polémiques qui lui sont associées ne feront qu’apporter une résonnance plus grande à notre action.

Afin de parvenir à donner encore davantage de visibilité à notre combat et de porter le débat auprès des personnes influentes, la prochaine étape, impérative, est de mobiliser d’autres portes-parole, notamment des auteurs, à même de soutenir notre engagement et de prendre le relais de Richard Malka sur la scène médiatique. La prise de conscience de l’urgence d’une action commune face à l’imminence du projet de loi Lemaire doit être rendue visible dans les médias.

 

 

En somme, le SNE ne cherche pas l’information, mais le buzz, avec des recettes bien connues sur le net : provocation, messages truffés de semi-vérités, et tout ce qui peut amener les internautes à réagir – plus particulièrement ceux qui sont sensibilisés aux questions. Chose qui explique mieux des formules à l’emporte-pièce, comme de rapprocher l’eurodéputée qui fut en charge du dossier, Julia Reda, à Pablo Escobar, trafiquant de drogue colombien, qui doit avoir des milliers de morts, directes et indirectes, sur les mains.

 

Outre le miroir aux alouettes que représente cette campagne, on peut définitivement en conclure qu'elle ne s'appuie que sur de bonnes intentions. Celles dont on a pavé l'enfer. Quant aux messages préconisés, certes, la répétition est la base de la pédagogie, mais elle peut aussi lasser. À chacun de voir où il se retrouve, et comment il défend ses auteurs.

 

Et, juste à l’attention de la société de communication, on n’écrit pas Actualitté.com, mais simplement actualitte.com, ou ActuaLitté