Europe : proposer un terrain favorable aux libraires pour l'innovation

Antoine Oury - 17.05.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - EIBF - interopérabilité - DRM


(Reportage de notre envoyé à Bruxelles) 

Même si chaque organisation des libraires organise à son propre niveau national des rendez-vous réguliers, celui de Bruxelles a un goût d'exceptionnel, étant donnée la présence de quatre membres de la Commission européenne. Un bon moyen, si ce n'est le meilleur, de porter ses intérêts auprès des autorités bruxelloises. Enfin, pour peu que les intéressés disposent une marge de manoeuvre... 

 

 

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Lorena Boix-Alonso, chef du département Média et Contenu de la Commission européenne, a la parole : histoire de commencer l'après-midi rythmée par les conférences et autres tables rondes en douceur, elle débute par quelques remarques purement personnelles. « Un livre est un livre, quel que soit son format » lance-t-elle, s'attirant les faveurs de toute l'assemblée. Lecture en plusieurs langues facilitée, variété des contenus, mobilité, autant d'arguments qui font d'elle une convaincue de l'ebook.

 

« Promouvoir la culture ET développer l'économie » : voilà qui semble attrayant pour la responsable européenne, alors qu'elle invite, dans le même temps, les libraires à être créatifs pour faire face à leurs concurrents parfois redoutables. Elle les assure en tout cas de sa bonne volonté : « Si vous voulez innover, l'Europe doit vous proposer un terrain pour le faire. » Une suppression des limitations territoriales, pour qu'un magasin puisse vendre dans toute l'Europe, serait ainsi à l'étude. Puisqu'Amazon le fait déjà à travers ses différentes plateformes...

 

Une limitation des remises abusives serait également à l'étude, mais la Commission européenne refroidit assez vite les ardeurs des libraires : l'unanimité des membres européens est requise pour l'adoption des mesures, et leur mise en place est tout aussi chaotique. Aux questions sur la capacité de l'UE à « contraindre » certains acteurs, Thibaut Kleiner, du cabinet de Neelie Kroes répond par un pragmatisme technocrate à toute épreuve : « Une loi de l'UE prend au minimum 2 ans à être mise en place, ce seront donc vraisemblablement des recommandations. » 

 

Un délai renforcé par la rotation des instances européennes : avec un mandat qui expire à la fin de l'année, la marge de manoeuvre est faible pour les membres de la Commission européenne présents. Toutefois, des obligations d'information sur l'interopérabilité et la présence de DRM pour les vendeurs d'ebooks devraient entrer en vigueur sous peu.

 
L'interopérabilité pour la viabilité du livre
 

Le grand moment de l'après-midi fut la présentation de l'étude sur l'interopérabilité. Nous reviendrons plus longuement sur ce texte d'une cinquantaine de pages, mais ses conclusions ne surprendront personne. « La non-interopérabilité impacte sur la diversité culturelle, le libre choix du consommateur et le brick and mortar » commence Christoph Bläsi, un des auteurs de l'étude.

 

D'après les observations techniques des deux professeurs de l'université Johannes Gutenberg, l'interopérabilité est tout à fait possible d'un point de vue technique : « Les formats utilisés par Apple et Amazon présentent les mêmes caractéristiques que l'EPUB3, et leur transformation n'engendre aucune perte de données. » Les habitués de Calibre le confirmeront... Mais resteront cachés, car la pratique est bien illégale.

 

Autant de restrictions d'utilisation qui impactent le livre, et même dès la création de ce dernier : « Quand un auteur créé son livre via iBooks Author, il se retrouve avec un fichier .ibooks lisible uniquement par une machine Apple. Et il en va de même pour Kindle Direct Publishing », déplore son collègue Franz Rothlauf.

 
Alors, que faire ?
 

De la bouche de Thibaut Kleiner, c'est vers les lecteurs qu'il faut désormais se tourner : « Des associations de consommateurs se sont manifestées pour protester contre la non-interopérabilité », explique-t-il, convaincu que les clients peuvent peser en réclamant une ouverture des formats propriétaires ou bien en allant voir ailleurs. Mais « beaucoup de consommateurs pensent qu'un ebook est un Kindle » souligne non sans-à propos Julie Howkins, responsable du e-commerce chez Gardners et Hive UK.

 

Christoph Bläsi intervient en remettant sur la table (ronde) la question des DRM : les supprimer pourrait inciter les vendeurs à ouvrir les canaux, et aider à l'interopérabilité (comme pour la musique au format numérique). Mais voilà : « Les ayants droit sont rassurés par les DRM, et 94 % du catalogue de Numilog en comporte encore parce que cela nous a été demandé » explique Denis Zwirn, dirigeant de la plateforme de diffusion et de distribution.

 

Or, 80 % des plaintes adressées à la librairie allemande Libreka portent sur ces mêmes DRM... À mettre en relation avec les chiffres avancés par le distributeur Immatériel, absent lors de ces échanges : « 100 % des clients remboursés sur la librairie Immateriel.fr avaient acheté un livre avec DRM. »

 

La solution résiderait alors, sur ce point, dans un DRM interopérable, du genre de celui que l'IDPF a tenté de mettre en place via une mission confiée à Bill Rosenblatt. Si des recommandations ont bien été transmises, la tâche s'est reportée sur Readium, moteur de rendu EPUB3 open source créé afin de promouvoir le format.

 

Seule certitude : pour que l'ebook profite à tous, il est nécessaire que les librairies de taille moyenne ou réduite s'y mettent, en se fédérant pour faire face à l'ensemble des casse-têtes législatifs et techniques qui les attendent. Christoph Bläsi recommande une union « au sein d'une librairie numérique interopérable nationale ou européenne ».

 

Mais... avec ou sans commission ?

 



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