Face à l'inefficacité du DRM, Anobii préfèrerait Hadopi (sic !)

Clément Solym - 01.02.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - DRM - Anobii - Berlucchi


Comment lutter contre le piratage ? Le mot est dans toutes les bouches. Que ce soit en France au cours des débats entourant la loi Hadopi, au Congrès américain pour la SOPA ou lors de la Digital Book World Conference la semaine dernière. Alors oui, comment combattre un ennemi sans visage et ô combien présent ? Pour le PDG d'Anobii, un réseau social utilisé entre autres comme plateforme de commercialisation par les éditeurs britanniques, la solution n'est pas le DRM. En aucun cas.

 

Matteo Berlucchi n'est pas un fervent défenseur de la technologie Digital Rights Management, celle-là même qui bloque les possibilités de transfert d'un fichier. Hormis les considérations légales qui allouent théoriquement au propriétaire d'un objet le droit d'en faire ce qu'il désire, le DRM pose d'autres problèmes plus graves. Car selon Berlucchi, il n'est pas une réponse face au piratage, au contraire il le provoque. Explication.

 

Le DRM est trop restrictif, expliquait-il déjà. Il est l'outil apposé d'une marque sur un fichier qui limite son utilisation par son auteur à des lecteurs dédiés. Matteo Berlucchi fait un parallèle avec la musique pour argumenter son propos. Dès le lancement de l'iPod en 2001, les fichiers musicaux qui est étaient déposés obligeaient le consommateur à fonctionner en circuit fermé. Il achetait ses morceaux chez Apple via iTunes et les transférait sur le support Apple, l'iPod.

 

Caramba encore raté !

 

Le même système régit aujourd'hui l'industrie du livre. Amazon et son Kindle ne sont qu'une copie de ce que faisait Apple il y a une décennie. De plus, ces cercles de consommations endogames provoquent un problème plus global, ils pénalisent les petits revendeurs qui n'ont pas les moyens de mettre en place un tel système.

 

D'ailleurs, les commerçants et éditeurs sont pénalisés par le DRM dans bien d'autres domaines. Il réduit l'innovation, en limitant son utilisation, et anéantit toute forme de concurrence. Mais ils ne sont pas les seuls, le client subit le contrecoup de la mise en place de cette technologie, au niveau de ses droits, on en a déjà parlé, mais aussi à propos des coûts. Le prix de vente d'un produit sous DRM est d'autant plus élevé que la technologie coûte cher.


 

Le DRM met seulement le livre derrière les barreaux.

Et pas les pirates ? Ah ah.

 

 

Outre ces considérations restrictives de l'usage d'un produit sous DRM, il s'avère même inefficient. Son but premier est de combattre le piratage, or une étude récente de l'université de Duke démontre que ce sont les « good guys » (ceux qui achètent légalement et ne copient pas les œuvres) qui sont les plus touchés par le système, parce que la hausse des prix est répercutée directement sur leurs achats.

 

À l'opposé, l'étude affirme que les « bad guys » (ceux qui téléchargent sauvagement des fichiers, vous l'aurez compris) peuvent toujours autant s'échanger, copier, télécharger des fichiers libres de tout acteur limitant. Si l'on extrapole un peu, nous nous rendons compte que la situation d'un bad guy est bien plus enviable, et donc que même les plus intègres des good guys peuvent être tentés de passer du mauvais côté de la force.

 

Livre = Musique ?

 

Toujours en prenant l'industrie de la musique en exemple, Matteo Berlucchi  rappelle que jusqu'à l'année 2007, le DRM était la mode également en ce qui concerne les fichiers musicaux. À cette occasion, il note que c'est Apple qui a lancé cette tendance, mais l'a, en même temps que toutes les autres majors, abandonné en 2007. Le résultat a été immédiat, et surtout positif. La suppression du DRM a rendu le marché plus concurrentiel, et relancé les ventes. Depuis l'abandon de cette technologie, la société de recherche en média Enders indique que les revenus des éditeurs de musique n'ont fait qu'augmenter (sauf période de crise en 2009).

 

Le tableau, très noir, dépeint pas Matteo Berlucchi ne signifie pas pour autant la fin de la lutte contre le piratage, qu'il considère comme « mal » et nécessitant une lutte « aussi dure que possible ».

 

Pour cela il nous livre d'autres solutions. Au premier rang desquelles… roulement de tambours… Hadopi. Non, ce n'est pas une blague. Citation : « Hadopi, une initiative française pour combattre le piratage, semble produire des bons résultats sans pour autant recourir à l'approche draconienne apportée par des lois comme la SOPA aux États-Unis ».

 

Reprenons notre souffle, il considère le watermaking comme la solution la plus efficace du moment. Cette technologie consiste à marquer d'une empreinte un fichier pour qu'on puisse toujours connaître son propriétaire original. Les avantages sont multiples, le fichier dispose d'une protection identitaire mais est facilement partageable et échangeable.

 

En plus, ces fichiers semblent résister au piratage. L'entreprise allemande Libreka utilise le watermaking pour protéger ses ebooks et assure n'en avoir jamais retrouvé trace sur des sites de piratage.

 

L'industrie de la musique avait mis 6 ans pour abandonner le DRM. Amazon l'utilise depuis 2007, ce qui voudrait dire que si le parallèle se poursuit jusqu'au bout, nous n'avons plus qu'à attendre … quelque mois !




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