Fake news : excès de zèle chez Android, qui supprime une app de lecture

Nicolas Gary - 30.07.2020

Lecture numérique - Applications - censure coronavirus Android - Google Android Covid - censure fiction coronavirus


On déplore une nouvelle victime de la Covid-19 : l’application de lecture Rocambole vient d’être évacuée sans autre forme de procès de tous les stores Android. En cause, une série de fiction — si, si — baptisée Coronavirus. Un texte d’anticipation, publié quelques jours avant le confinement en France. 


 

« Il aura suffi d’un mot pour endommager durablement des mois de travail. Car désormais, aux États-Unis, vous devez être agréé par l’État pour utiliser ce mot », s’agace Julien Simon, responsable éditorial de Rocambole. 

Signée Neil Jomunsi, cette série fonctionne comme un thriller — dans la perspective de faire résonner des textes de fiction avec des sujets d’actualité. « Face à la menace d’un virus meurtrier, Paris est placée sous quarantaine. Trois enfants, Lia, Samuel et Anton, se retrouvent brutalement séparés de leurs parents. » Voici ce que raconte Coronavirus.

En somme, mettre des mots sur des émotions difficiles, raconter l’histoire d’une famille — le tout alors que le confinement n’était pas encore envisagé. Du moins, pas officiellement annoncé. Sauf qu’entre la publication des textes et cette fin de mois de juillet, les règles du Google Play ont changé, amplement durcies.

« Sous couvert de lutter contre les fake news, Google refuse d’assumer son travail d’éditorialisation et choisit la pire solution : la destruction nucléaire par algorithme, soit une vraie censure automatisée », reprend-il.
 

Banni soit qui Covid mal y pense


Boris Duda, cofondateur de Rocambole, ne sait quoi en penser. « Nous avons découvert que l’application n’était plus disponible, ce 29 juillet, suite aux signalements de lecteurs. Par la suite, notre développeur a reçu un message de Google signifiant que l’app était supprimée parce qu’elle proposait un contenu dont le titre était Coronavirus. » Le mot honni...

Cette chasse aux sorcières, bien connue, avait débuté en mai dernier. Parmi les premières victimes, plusieurs applications proposées sur Android — dont l’une, PodcastAddict, qui dans ses programmes parlait de la pandémie. 
 

Hiroshi Lockheimer, responsable d’Android, l’expliquait dans un message d’excuses – Podcast Addict avait fini par retrouver sa place dans le Google Play, ce qui laisse un bon espoir pour Rocambole. « Nous en sommes encore en train de faire quelques réglages dans nos procédures de lutte contre la désinformation, mais cette application n’aurait pas dû être retirée. » 

De fait, pointait France Culture, les applications faisant référence à la Covid-19, ou à toute recherche associée, sous quelque forme que ce soit « ne seront approuvées pour une distribution par Google Play qu’à condition d’avoir été été publiées, commandées ou autorisées par les autorités officielles du gouvernement ou des organismes de santé publique ».

Quand on songe qu’il aura fallu attendre le 22 juillet 2020 pour que Donald Trump reconnaisse enfin la gravité de la pandémie — depuis plusieurs jours, les États-Unis enregistrent quelque 60.000 cas quotidiennement — cela laisse songeur. Surtout que même Twitter a censuré le président des USA pour la diffusion d’infox — on y voyait dans une vidéo des médecins assurer que le masque n’était pas nécessaire pour stopper la maladie…
 

Google, l'anti-fake news


En somme, dans sa lutte motivée contre les fake news, Google sanctionne une application qui propose de lire des histoires, en la rendant inaccessible. Mais pire encore : « Android représente la moitié de notre audience », reprend Boris Duda. « Et tous les abonnés ont été supprimés : c’est rageant pour nous, évidemment, mais pour eux tout autant. » 

Avec cet élément à prendre en compte : « Google Android, c’est devenu un énorme vecteur de téléchargements de l’app. En comparaison, iOS fait beaucoup moins. » Et par conséquent, des centaines de lecteurs se retrouvent privés de leur abonnement. 

Pour Rocambole, les solutions se comptent sur le bout d'un doigt : faire appel, en remplissant un formulaire en anglais, « qu’une équipe américaine dédiée chez Android prendra le temps, ou non, de consulter et éventuellement de valider pour que nous puissions de nouveau être en téléchargement ». 

Et de conclure : « Le plus effarant dans cette manière de faire, c’est que nous n’avons pas même été prévenus, ou alertés d’un contenu qui pourrait ne pas répondre à leurs critères. Nous aurions pu faire les ajustements nécessaires, étudier comment modifier le titre ou le texte… »
 
Julien Simon insiste : « En attendant, Google a purement et simplement censuré une œuvre de fiction et porté préjudice à une entreprise culturelle française. »
 

La littérature et les tuyaux 


Voilà quelques années, les éditions des Équateurs avaient vécu une censure chez Apple : le livre de Bénédicte Martin, La femme, avait été blacklisté parce que sa couverture présentait une femme aux seins nus

« Ce sont des algorithmes qui choisissent les livres en fonction de leur titre et de leur couverture. Apple ne regarde même pas le contenu des livres. Il y a une grande déshumanisation de la politique éditoriale d’Apple », résumait Olivier Frebourg, l’éditeur, auprès de ActuaLitté. 

Autre époque, autres mœurs, autre pandémie : voilà une dizaine de jours, Google assurait que « depuis le début de l’épidémie de coronavirus, nous nous efforçons de protéger les utilisateurs contre les publicités et publications frauduleuses, dangereuses et nuisibles ». Quitte à, désormais, s’en prendre à des textes de fiction…

Mise à jour 31/07 :

D'après un message de l'application, tout serait rentré dans l'ordre du côté d'Android.
 


 

mise à jour 1er août - 10h : 


Il n'aura manifestement fallu longtemps à Google Play Store pour se rendre compte de sa bourde : en l'espace de 24 heures – quelques 35.000 lectures de cet article également – la mobilisation a fait revenir l'application dans le store. Pour célébrer cela, un mois premium est offert avec le code FREEROCAMBOLE. Enjoy ! 

illustration : OpenClipart-Vectors CC 0


Commentaires
On peut comprendre que le responsable éditorial, Julien Simon, s'agace d'un événement qui frappe une série signée par lui-même sous son pseudonyme Neil Jomunsi. On peut supposer (et se réjouir) que Neil Jomunsi fasse partie des auteurs bien traités par leur éditeur...

... On peut aussi s'étonner qu'AL vole ainsi au secours des éditions Rocambole, dont le site web est d'un manque de sérieux et de professionalisme assez consternant à mon goût (je n'ai pu y trouver aucune des mentions légales obligatoires, aucun catalogue d'œuvres - "un catalogue de +50 séries originales", lit-on, au-dessus de quatre couvertures ne portant aucun nom d'auteur – ou d'auteurs, ni rien sur l'équipe dirigeante...)

35 000 lectures de l'article (c'est peu ? beaucoup par rapport à la moyenne ?), ils ont dû faire péter une bouteille de rosé, en tout cas, chez Rocambole. Peut-être même en envoyer une caisse à la rédaction d'AL, à déguster bien frais.
Bonjour Gur ou Transhuma, j'avoue que ces prénoms exotiques me font toujours douter.

Pour avoir le courage de ses opinions, votre anonymat est de bon aloi : j'ignore ce que Rocambole vous répondra sur les récriminations que vous avancez, ou encore ce que l'auteur et le directeur éditorial auront envie d'ajouter.



Pour ActuaLitté, 35.000 lectures représente un chiffre important – lecture moyenne à 2000 pour un papier classique. Je n'ai pas le sentiment d'avoir volé au secours de Rocambole, juste d'avoir fait le boulot d'information. Vous déplorerez alors, et à juste titre, que Google n'ait pas pu être sollicité pour cette histoire : moi de même.



Quant aux insinuations crasses, votre méconnaissance des goûts de la rédaction en matière d'alcool et l'acrimonie de l'ensemble de ce commentaire, ils auraient peut-être gagné en pertinence, intérêt et légitimité, s'ils n'étaient pas oeuvre anonyme.

En l'état, c'est simplement bas et mesquin.

Mais, bonne journée tout de même
Quand on se remet entre les mains des GAFA, il ne faut pas s'étonner que ce soit les règles des GAFA qui prévalent...

Maintenant, en France, comme il n'y a rien de numérique pour s'aligner avec les GAFA, il reste les médias français... qui sont aussi une grosse farce et publient ce qu'ils veulent en « démontant » qui ils veulent...

Le long roman anti-Raoult du confinement devrait faire relativiser la raideur des GAFA...

On vit quand même une drôle d'époque !
Et pourtant, il existe bien d’autres alternatives reprenant ce principe de magasin d’applications, qui permettent aussi de télécharger des applications Android gratuitement. Il devrait essayer Aptoide, F-Droid ou Huawei AppGallery.
Ce sont les lecteurs qui ont dû signaler aux fondateurs que leur app avait disparu ??

C'est quoi cette équipe de branquignoles ? gulp
Pour approfondir sur les "fausses nouvelles", lire "Fake news, une fausse épidémie ?" dans le dernier "Manière de voir".
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