Fin de l'abonnement illimité chez Scribd, on passe aux crédits de lecture

Clément Solym - 17.02.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - lecture illimité - ebooks Scribd - abonnement modification


Le service d’abonnement réputé illimité, Scribd, s'apprête à présenter une nouvelle offre à ses clients. Pour les ebooks, les comics, les partitions musicales ainsi que les audiobooks, le tarif mensuel reste de 8,99 $. Mais à compter de la mi-mars, certaines conditions seront modifiées, démontrant que l’opérateur tente de concilier sa position, ses clients et les relations avec les éditeurs. Et surtout, de préserver sa trésorerie...

 

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antifluor, CC BY 2.0

 

 

On passerait donc d’une solution illimitée, à une offre en réalité limitée : les utilisateurs auront toujours accès à l'ensemble du catalogue d’ebooks et d’audiobooks, mais des titres sélectionnés par les équipes de Scribd seront mis en avant. Mais dans les faits, les clients disposeront de trois ebooks et un audiobooks pour l’offre de 8,99 $. Les documents et partitions resteront en accès illimité. 

 

Selon l’opérateur, ces changements n’affecteront que 3 % des abonnés. Autrement dit, il faut comprendre que 97 % des utilisateurs consultent moins de 3 livres et 1 audiolivre mensuellement. 

 

Au cours de l’année 2015, Scribd avait opéré des modifications substantielles, à commencer par son offre de romance. En juillet, Trip Adler annonçait en effet que le catalogue était passé à 1 million de titres, contre 100.000 deux ans plus tôt. Or, cette offre prolifique posait un léger problème commercial. 

 

Les crédits de lecture, une porte de sortie

 

Étant donné que la rémunération reposait sur l’équivalent d’une vente au détail, avec un reversement proportionnel pour l’éditeur, Scribd décidait d’ajustements impératifs. Dans la romance, cela impliquait la disparition de certains titres, pour ne pas plomber les finances de la société. 

 

Peu après la romance, c’était le monde des livres audio qui était frappé, avec de sévères limitations imposées : un audiobook maximum par mois pour les abonnés. Il fallait ensuite s'acquitter de 8,99 $ supplémentaire pour disposer d’un livre à écouter en plus. 

 

L’équilibre nécessaire entre rémunération des ayants droit et tarif de l’abonnement serait encore plus délicat à trouver dans le cadre d’une offre illimitée hybride, estiment les observateurs, et le volume ne ferait pas forcément la loi, depuis cette perspective.

 

La nouvelle modification se conformerait alors mieux aux habitudes de lecture, mais elle rappelle également que l’année dernière, le concurrent Oyster, porteur d'une offre illimitée similaire, avait mis la clef sous la porte. La voracité des lecteurs en matière de romance était une chose à régler : désormais, c’est la qualité du service et l’optimisation des dépenses qu’il fallait défendre. 

 

Concrètement, les titres seront sélectionnés en fonction d’accords passés avec les partenaires éditeurs, ainsi que des échos à l’actualité ou encore à l’époque de l’année. L’idée est bien de faire tourner, chaque mois, de nouvelles mises en avant, tout en arrivant à coller à des nécessités marketing. 

 

Bien entendu, la décision ne laisse pas présager la fin de la lecture en streaming, pas plus que l’abonnement aux livres numériques. Cependant, le modèle a pris du plomb dans l’aile – d’autant plus qu’un acteur comme Amazon a décidé de se lancer, même à perte, dans le modèle. 

 

Trip Adler souligne toutefois : « Nous continuons d’explorer les options d’adhésion nouvelles pour tous les types de lecteurs. » (via Scribd)

 

La solution française, prophétique ?

 

Voici de quoi mettre en perspective les évolutions du marché de l’abonnement illimité, telles qu’on les a observées en France. Alors que plusieurs opérateurs s’étaient engagés sur le même principe que les acteurs américains, il a fallu l’intervention de la Médiatrice du livre, Laurence Engel. Considérée comme illégale, l’offre d’abonnement illimitée avait alors dû quitter l’illimité et conserver l’abonnement uniquement.

 

Or, c’est sur la même base de crédits que la France a fini par trouver un consensus. Rappel important : les revendeurs étaient tenus de respecter trois points spécifiques, à savoir

  • La fixation du prix par l’éditeur
  • L’affichage du prix du livre
  • Le principe de mutualisation des crédits entre abonnés

 

Maintenant que ces principes sont respectés, et que Scribd décide de passer à un modèle de crédits, on se rend compte de toute la fragilité du modèle économique de l’abonnement. L’Autorité de la Médiation nous soulignait par ailleurs que l’Autorité de la concurrence pourrait être amenée à se saisir du fonctionnement des nouvelles contractualisations.

 

Il est en effet possible que ces modalités soient en mesure de favoriser les acteurs les plus puissants, au détriment de société n’appartenant pas aux géants du net...