Fleuve Noir Anticipation : retour de la collection Science-Fiction

Clément Solym - 24.05.2016

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L’éditeur numérique 12/21 annonce la renaissance d’une collection, Anticipation, dédiée à la science-fiction, et lancée en septembre 1951. Ces livres de poche, assez peu chers, furent notamment illustrés par René Brantonne – près de 500 livres – et Sainte-Croix. Le retour s’opère avec neuf titres, signés par Gabriel Jan et Hugues Douriaux. Neuf autres titres, de Daniel Walther et Jacques Hoven sont prévus. 

 

 

 

Avec plus de 2000 titres publiés, la collection s’était ouverte avec la saga de F. Richard-Bessière, Les Conquérants de l’Univers. L’avant-dernier ne manque pas de saveur : ce fut L’Odyssée de l’espèce, titre de Roland C. Wagner, une allusion directe au livre d’Arthur C. Clarke, 2001 Odyssée de l’espace. Le titre était en effet le numéro 2001. 

 

« Les amateurs de science-fiction pourront (re) découvrir pour la première fois en numérique, un choix de titres emblématiques parus initialement dans la collection “Anticipation” au Fleuve Noir et indisponibles aujourd’hui », précise l’éditeur dans un communiqué. 

 

Bon nombre d’auteurs français se retrouvaient dans le catalogue, lequel faisait ses premiers pas à l’époque. Des univers post-apocalyptiques et space opera, réunis dans « une collection mythique et représentative d’une époque », indique l’éditeur.

 

Les ouvrages sont proposés pour 4,99 € l’unité, avec, pour l’heure, six titres de Hugues Douriaux — la saga Un homme est venu, en six volumes publiés entre 1986 et 1988. 

 

Le grand feu avait ravagé le monde et les humains étaient devenus fous. Ils s’étaient déchirés et l’espoir avait quitté leur cœur. Ethel et Alice ne se souvenaient plus, n’espéraient plus. Perdues dans leur solitude, elles se contentaient de survivre. Et pourtant un homme venait. Un homme qui saurait leur faire croire en le monde d’après...

 

Les trois autres titres sont de Gabriel Jan : La planète aux deux soleils, Les Zwüls de Réhan et Pandémiopolis. Ces trois titres ont tous fait l’objet d’une demande spécifique de l’éditeur : ils relèvent des livres intégrés au registre ReLIRE. Ce programme de numérisation patrimoniale vise la numérisation des œuvres indisponibles – ouvrages sous droit, mais qui ne sont plus commercialisés. 

 

Rappelons que la Cour de Justice de l’Union européenne a été saisie par le Conseil d’État sur cette législation française. Durant l’audience du 11 mai, les juges ont beaucoup questionné la question du droit moral et l’article 5.2 de la Convention de Berne. En effet, ReLIRE repose sur un principe qui interroge : les œuvres sont sélectionnées et ajoutées à une liste en vue de leur numérisation.

 

L’éditeur original ou l’auteur peuvent s’opposer, sur le modèle d’un opt-out que l’on retrouve chez Google Books par exemple. Or, les juges au cours de l’audience étaient intrigués par cette disposition : pourquoi ne demande-t-on pas aux auteurs leur avis avant d’intégrer leurs titres au catalogue ?

 

Les conclusions de la CJUE seront rendues le 7 juillet prochain, avec un risque réel pour la France. Est mis en question le décret d’application de la loi, et la Cour européenne devra dont apporter des clés d’interprétation au Conseil d’État. Il y a loin de la coupe aux lèvres, et le Conseil d’État prendra les mesures qui s’imposent. En cas d’annulation du décret, l’une des questions posées sera celle de la rétroactivité : les titres achetés par les lecteurs devront-ils être rendus ? 

 

En règle générale, le Conseil d’État organise un temps permettant de s’adapter à l’annulation, si cela devait être le cas. Le législateur français aura à agir rapidement pour se mettre en conformité. À suivre.