François Fillon : dans le numérique, la culture n'existe pas

Clément Solym - 15.04.2015

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L'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon, à la tête du Groupe Gaulliste Sceaux, a présenté ce 15 avril un plan de redressement pour la France. Son projet : que le pays devienne, dans les 10 prochaines années, « la première puissance européenne ». Et au cours d'un discours prononcé à l'école Telecom Paris, il a fort logiquement parlé de numérique...

 

 

Commémoration du 70è anniversaire de l'appel du 18 juin - Paris, 18 juin 2010

Et la voiture numérique, bientôt ?

UK in France, CC BY ND 2.0 

 

 

Éducation, culture, santé, sont des perspectives du déploiement numérique : « Encourager le numérique n'est donc pas seulement encourager un secteur ou même des entreprises : c'est favoriser une société plus dynamique, plus collaborative et plus diverse », souligne-t-il

 

Soucieux que les têtes blondes soient bien remplies, François Fillon encourage donc à « la généralisation de l'enseignement du numérique, pour tous et à tous niveaux ». Louable ô combien, cette démarche s'inscrit notamment dans la constitution d'un ensemble qui s'orientera vers « des métiers d'avenir », comme celui de... codeur.

 

80 % de la dépense en numérique éducatif serait alors décidée et constituée par le chef d'établissement, pour parvenir à « un meilleur équilibre entre manuels scolaires et contenus pédagogiques numériques, qui donnent accès à un autre mode d'apprentissage ». Une idée joyeuse, alors que les nouveaux programmes scolaires ne sont toujours pas sortis, et que les jeunes générations ne sont pas particulièrement plus réceptives au changement de support d'apprentissage. Mais au diable : 

Au cours des 5 prochaines années, au moins 25 % des manuels scolaires devront passer au format digital. La réallocation d'une partie du budget des manuels scolaires papier (350 M€ annuels) permettra de lancer un programme d'achat de contenus pédagogiques numériques. Un marché sera ainsi créé pour les start-ups françaises du secteur en développant des plateformes combinant ressources gratuites et services payants. Il s'agit d'une priorité économique pour contrer l'offensive des entreprises anglo-saxonnes qui ont une longueur d'avance dans ce domaine et d'une priorité culturelle pour rester maître de contenus stratégiques pour la formation des jeunes Français.

Dans la même veine, l'ex-Premier ministre voudrait du e-learning et de MOOC partout, pour la formation professionnelle. De quoi « permettre aux PME de s'établir sur Internet, mais aussi pour diffuser les compétences et la culture numérique. Le recours à ces outils représente un gain de temps et d'argent considérable ». 

 

Ce qui est fameux, c'est que dans cette perspective de culture, le domaine culturel est pour sa part... totalement absent de la dimension numérique. La fameuse et tant vantée, ou décriée, révolution numérique « peut favoriser la liberté de l'individu ou la restreindre. Elle peut encourager la diversité culturelle ou la détruire. Elle peut réduire les inégalités ou les accroître. » Mais en attendant, de culture, point. 

 

Et si l'on cherche dans la section Culture du site en question, on ne trouvera pas plus de traces d'un programme quelconque. Probablement parce que le projet n'a pas encore été établi. Rappelons, tout de même, et à toutes fins utiles, qu'en matière de culture et de numérique, les gouvernements Fillon ont accouché de la loi HADOPI.

 

Qui n'a rien d'une initiative réduisant les inégalités, favorisant la liberté, ni même favorisant une société plus dynamique...