Apple et Amazon, de la guerre froide à l'accord tacite

Clément Solym - 25.08.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Kindle iPad - lecture numérique - modèle économique


Peut-on imaginer Apple et Amazon dîner ensemble ? Entre les procès pour entente et les accusations d’abus de position dominante, les deux opérateurs de la lecture numérique auraient beaucoup à se dire. Un chercheur de la Harvard Business School se penche sur le cas de ces deux élèves, que rien n’oppose.

 

Kindle & iPad

Priit Tammets, CC BY 2.0

 

 

Chez l’un ou l’autre, les conditions d’utilisation sont identiques : environnement propriétaire, monde hermétiquement clos, et pourtant, quelques fissures laissent apparaître la lumière du jour. Ainsi, la présence de l’application Kindle sur tous les appareils iOS : en toute logique, il s’agit d’une conquête du monde, par grignotage méticuleux. Amazon déborde sur les plates-bandes d’Apple. 

 

Et dans le même temps, la firme de Cupertino tolère : il est rare qu’Apple interdise l’accès à une application. Et puis, la présence d’iBooks installé nativement sur l’ensemble de ses nouveaux appareils montre que la concurrence est bien là. Feng Zhu, professeur de Technology and Operations Management à Harvard, tente de comprendre. 

 

Quelles sont donc les stratégies concurrentielles qui animent les deux géants du web ? « Même si ces opérateurs sont en concurrence agressive l’une avec l’autre, d’une certaine manière, ils collaborent. Nous les appelons Frenemies. » Frères ennemis...

 

Apple vs Amazon, ça vous a des airs de blockbuster hollywoodien. « Bien que ces sociétés fassent de l’argent à partir de la vente de contenu et de matériel, leurs sources de profits sont très différentes », note l’enseignant. Ainsi, Amazon ne capitalise pas sur les appareils, en vendant à prix quasi coûtant : cela devient une source d’attractivité pour les clients.

 

A contrario, l’iPad est une machine onéreuse, et la vente d’applications en deviendrait alors secondaire.

 

« En permettant que l’application Kindle soit disponible sur iPad, Apple est en mesure d’attirer plus d’acheteurs de sa tablette. Le bénéfice tiré se fait sur les ventes de matériel. » Et le résultat est supérieur aux ventes perdues depuis iBooks. Le schéma est alors inverse pour Amazon, qui profite des ventes de contenus, tout en n’ayant pas la palme des appareils : la coopération existe bel et bien, sous la forme d'une tolérance commerciale entre les deux acteurs.

 

La collaboration serait donc omniprésente, sans qu’aucun des deux n’ait prononcé le moindre mot. Simplement parce qu’il est préférable de ne pas aller à la confrontation directe. Microsoft et Sony s’opposent ainsi frontalement, d’un côté la Xbox, de l’autre, la PlayStation. Et chacun propose des jeux exclusifs, selon un modèle qui fait rivaliser d’ingéniosité – du moins pourrait-on l’espérer.

 

Pour Feng Zhu, les exemples Amazon et Apple sont significatifs de nouvelles synergies que génère l’économie numérique. Non seulement les sociétés diversifient leurs sources de revenus, mais, surtout, elles tolèrent des solutions collaboratives, par un accord tacite.  

 

Qui ne manque certainement pas d’occasionner des grincements de dents. Il y a toujours des tensions, dans une famille...

 

(via HBSWK)