Fronde contre Amazon : dénonciation des écrivains qui pactisent

- 25.06.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - optimisation fiscale - libraires indépendants - angleterre


En pleine fronde anti-Amazon, il ne fait pas bon pour les libraires d'afficher ses sympathies avec l'ogre, surtout quand l'on tient à une étiquette d'indépendant. Ce début de semaine, des éditeurs et leurs écrivains ont menacé, via un billet sur The Bookseller de faire migrer leurs sites internet vers de nouveaux fournisseurs d'accès à Internet. La raison de l'ire, des libraires réputés indépendants qui ont négligemment intégré des liens affiliés au leader de l'e-commerce ou sur leurs plateformes.

 

 

Amazon - official openingOuverture d'un entrepôt d'Amazon à Fife en Ecosse

Scottish Government, CC BY-ND 2.0

 

 

Contrairement à la vague de protectionnisme qui agite l'Australie, la colère ne se focalise pas sur la firme de Jeff Bezos, mais sur les grands distributeurs de biens culturels en ligne, y compris les acteurs nationaux. « En tant que personne qui détient deux librairies indépendantes cela me met en colère que des auteurs, sciemment ou par mégarde, ont choisi de soutenir Amazon, W H Smith, Waterstones, et se fiche des libraires indépendants », a expliqué le libraire Keith Smith.

 

Et poursuit sur l'écart entre parole et actes forts : beaucoup de ces auteurs lorsqu'ils sont questionnés vous diront qu'ils n'imaginent pas la vie sans leurs libraires de quartiers. Mais il faut mettre les mots en accord avec les actes s'ils veulent faire la différence ». Et pour être certain que la colère entendue sera suivie de décisions, l'homme liste quelques-uns des auteurs accusés de ne pas prendre parti. Ian Rankin, Tom Holland, pour les plus connus. Dans la suite de son billet, Smith se dit « viscéralement malade d'être incapable de riposter face à Amazon, du fait de payer des taxes quand il [Amazon] ne le fait pas ».

 

 

 

Mea Culpa

 

 

Pointée du doigt, l'auteure Alison Weir se défend : « Je ne suis sûre de la manière dont Keith Smoth envisage de lier tous les libraires indépendants d'une façon pratique, combien doit-il y en avoir ? Le fait est que personne, lui compris, ne m'a demandé de le faire ». Et de mentionner les redirections existantes de son site vers d'autres acteurs indépendants.

 

Plus diplomate, l'éditeur Transworld a indiqué concernant le site d'une romancière incriminée «y afficher les informations sur tous les revendeurs, libraires de proximités inclus ». Un cas loin d'être unique. Une autre auteure, Julia Donaldson a indiqué avoir pensé à ôter les liens « pendant un moment » et se sentir coupable. Chez MacMillan, son éditeur, l'heure est à la mesure « Nous étudions actuellement la présence de Julia en ligne et comment nous pouvons soutenir le mieux possible tous les libraires, par des moyens numériques et physiques pour l'avenir. »

 

Rien d'étonnant à ce que la sainte colère de Smith soit prise au sérieux. L'homme a par ailleurs déjà exhorté le gouvernement à prendre des mesures contre l'optimisation fiscale d'Amazon. En mars dernier, Smith et sa femme avait lancé une pétition qui, si elle récoltait 100.000 signatures, ouvrait droit à un examen de proposition de loi par le Premier ministre. 

 

Objectif partiellement accompli, le libraire ulcéré a obtenu 168.000 signatures et présenté récemment un projet de mesure fiscale au 10 Downing Street. Pour l'heure, la question est débattue entre des collaborateurs de David Cameront sur la manière d'exposer le débat au parlement.