Furieux, Rupert Murdoch voulait "baiser Amazon"

Nicolas Gary - 11.06.2013

Lecture numérique - Législation - HarperCollins - Amazon - Rupert Murdoch


La filiale de la firme News Corp, propriété de Rupert Murdoch, était appelée à la barre, dans le cadre du procès Apple. Ainsi, HarperCollins et son PDG, Brian Murray ont été entendus. L'intéressé avait en effet signé parmi les premiers un accord avec Apple, pour le contrat de mandat. Dans un email de janvier 2010, il rapporte le mécontentement de Murdoch, quant au comportement d'Amazon. 

 

 

Rupert Murdoch Apologizes

Rupert Murdoch, 

mariopiperni CC BY-ND 2.0

 

 

L'avocat Larry Buterman a longuement interrogé le PDG, avec une méthode d'arracheur de dents, ont constaté les observateurs. Mais il est troublant de découvrir à quel point le gouffre se creuse entre la position des avocats du DoJ et la défense d'Apple. 

 

Et c'est bien dans une guerre des chefs que l'on se retrouve plongé. « J'ai simplement parlé à Rupert qui est encore furieux contre Amazon. Il a appelé pour se plaindre de leur dernier communiqué, concernant les droits d'auteurs [NdR : pour les autoédités] de 70 %. Il veut baiser Amazon », pouvait-on lire dans un email de Murray. Car en janvier 2010, Amazon annonça en effet que les droits d'auteur perçus par les auteurs indépendants seraient monstrueux, dans le cadre du programme Kindle Direct Publishing. 

 

Cependant, l'offre d'Apple n'était absolument pas une solution pour se venger d'Amazon. Murray a été très clair : « Nous avons senti que d'autres options qu'Amazon se présentaient à nous. » Pour autant, HarperCollins s'est débattu contre l'accord proposé par Apple, avant, en fin de compte, de signer. Le directeur général a assuré qu'il était capable de s'adapter aux conditions commerciales strictes d'Apple - autrement dit, tous les ouvrages ne seraient pas commercialisés sous le format du contrat d'agence.

 

En réalité, HarperCollins recherchait depuis longtemps des partenaires qui seraient soucieux d'intervenir sur le marché du livre numérique. Et cet email, que le DoJ cite et brandit pour faire croire qu'Apple et les éditeurs se sont entendus, est finalement tiré de son contexte. La maison d'édition avait particulièrement apprécié le contrat d'agence, estimant qu'il permettait de faire remonter les prix. De là cet autre email de Murray : « Si Amazon, [Barnes & Noble] et Sony veulent nos livres numériques, pour les nouveautés, ils devront accepter le contrat de mandat et ses modalités. » 

 

Apple, juste après l'audition de Murray, a continué de nier toute forme d'entente, et assuré qu'une fois de plus, le témoignage ne démontrait rien du tout. De la même manière, l'intervention de John Sargent, PDG de Macmillan a pu démontrer que finalement, les éditeurs détenaient, avec le contrat de mandat, un outil permettant de lutter activement contre la politique de tarification abusive pratiquée par Amazon. Sargent l'a assuré : le contrat de mandate a permis de modifier les accords commerciaux passés avec Amazon. 

 

Le PDG de Macmillan doit revenir ce mardi à la barre.

 

Ce qu'il faut d'ores et déjà retenir, c'est que dans toute cette affaire, les grands gagnants sont finalement les éditeurs et Apple. Il faut prendre conscience que, dans la trésorerie d'Apple, l'amende dont pourrait écoper la firme ne serait qu'une goutte d'eau. Et puis, dans tous les cas, le taux de commission de 30 % contnuera d'être appliqué sur les livres numériques. En fait, avec ce procès, le pulic américain est en train de découvrir qu'Apple vend de l'ebook. 

 

Et après tout, Amazon est également l'un des lauréats de cette affaire. Parce que finalement, indépendamment de l'issue du procès, chaque acteur va continuer à innover - que ce soit Apple ou Amazon - et finalement dans l'histoire, un certain Random House va s'en sortir plus que bien.

 

Parce que, dans toute cette histoire, la société s'apprête à fusionner avec Penguin, tandis que tout le monde a les yeux rivés sur le procès. Avec bientôt 30 % du marché du livre au niveau mondial et plus de 50 % des best-sellers publiés, Penguin Random House sera le groupe le plus puissant, et largement devant les autres groupes éditoriaux américains.