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Fusion de l'IDPF et du W3C : l'avenir du livre numérique soulève des inquiétudes

Antoine Oury - 17.01.2017

Lecture numérique - Acteurs numériques - IDPF W3C - IDPF ebook - Bill McCoy IDPF


L'IDPF, pour International Digital Publishing Forum, se charge de promouvoir et de développer le format standard du livre numérique, l'EPUB. Et il se trouve que ce dernier a toujours été très proche du web, aussi bien au niveau du design que de la technique. L'IDPF a donc prévu d'intégrer le W3C, le World Wide Web Consortium, l'organisme de standardisation du web. Mais certains membres de l'IDPF sont circonspects...

 

We can code it! (for Mother Jones magazine)

(Charis Tsevis, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

4 acteurs du livre numérique, membres de l'IDPF ou non, ont publié une tribune pour présenter leurs réticences à la fusion annoncée entre le consortium du livre numérique et le W3C, votée en novembre dernier. Steve Potash, PDG d'OverDrive, service de prêt numérique, Sameer Shariff, PDG d'Impelsys, fournisseur de services pour les éditeurs pédagogiques, Matt Shatz, vice-président d'Open Road Media, éditeur de livres numériques, et Fran Toolan, PDG de Firebrand Technologies, spécialiste de la gestion des métadonnées, cosignent un texte publié par Digital Book World.

 

Dans celui-ci, ils indiquent que « le transfert inconsidéré d'actifs de l'International Digital Publishing Forum (IDPF) au World Wide Web Consortium (W3C) est une menace pour la santé à long terme de l'industrie du livre numérique ». D'après eux, la réunion des deux entités n'est pas une « fusion », mais plutôt une absorption de l'IDPF par le W3C, avec un transfert des actifs du premier au second, ou plutôt au Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui en assure partiellement la gestion.

 

Le transfert des actifs de l'IDPF au W3C supposerait aussi un transfert des contributions des différents membres de l'IDPF sur le format EPUB au W3C, à travers une autorisation. Selon les 4 signataires de la tribune, cette autorisation, signée par les membres, accorderait au W3C la possibilité d'exploiter et d'accorder des licences « de manière perpétuelle, non exclusive, gratuite et mondiale » pour « copier, publier et distribuer » les contributions des différents membres.

 

D'après eux, il est toute à fait possible, pour les différents membres, de s'opposer à cette exploitation de leurs contributions par le W3C : « La direction de l'IDPF doit informer les membres présents et passés de leurs droits relatifs à la propriété intellectuelle », écrivent-ils. Un site web a été mis en place pour informer et rassembler les opposants, Future of Ebooks.

 

Des “informations erronées”, selon la direction de l'IDPF

 

La direction de l'IDPF n'a pas tardé à réagir, preuve que la question est prise très au sérieux : sur le site web du consortium, Bill McCoy, directeur exécutif, a publié un long texte qui reprend point par point les questions posées par le rapprochement entre IDPF et W3C.

 

Bill McCoy rappelle pour commencer que le rapprochement s'effectue pour des raisons « stratégiques », et non « financières », même si cet aspect a pu être évoqué au cours des échanges. L'entrée au sein du W3C peut faire croire à un éloignement des considérations qui préoccupent les éditeurs, mais le directeur exécutif rappelle que l'IDPF couvre le digital publishing, ce qui le porte au-delà du seul ebook. Raison pour laquelle l'EPUB est aujourd'hui considéré comme un format qui ne s'arrête pas au livre.

 

Dans un autre post, Bill McCoy revient sur les accusations relatives à la propriété intellectuelle : les apports au format EPUB des membres de l'IDPF étaient placés, au sein de l'IDPF, sous un brevet RAND, pour Reasonable and Non-Discriminatory, qui accorde au détenteur des droits de propriété intellectuelle, mais l'invite à accorder des licences pour un montant juste et non prohibitif. Il y a deux ans, rappelle Bill McCoy, l'IDPF avait démarré les procédures pour que ce système soit abandonné au profit d'une absence de droits sur les contributions, « pour que l'EPUB reste gratuit et ouvert ».

 

Le directeur exécutif précise que l'autorisation des membres accorde « une licence non exclusive » au W3C : ils conservent donc leurs droits sur les contributions, sauf si leur utilisation est indispensable aux développements futurs du format.

 

Bill McCoy évoque également sur le processus qui a mené au rapprochement entre W3C et IDPF, qui lui semble tout à fait démocratique.