Goodreads modère un peu trop les critiques, selon ses usagers

Antoine Oury - 26.09.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Goodreads - modération - critiques


Le site américain Goodreads, premier réseau social de lecture au monde, a sensiblement revu ses conditions d'utilisations. Ainsi, les critiques postées par ses utilisateurs, ou les bibliothèques constituées, ne devront plus faire référence aux comportements des auteurs, en somme à leur vie privée. Une décision qui a provoqué une vague de protestations inédite au sein du réseau.

 


« Rencontrez votre prochain livre préféré »... mais pas son auteur (capture d'écran Goodreads)

 

 

Impossible de savoir si cette décision fait suite au rachat de Goodreads par Amazon, en mars dernier, mais les utilisateurs l'ont accueilli plutôt froidement. La directrice des relations usagers, Kara Erickson, a fait part vendredi dernier des nouvelles conditions d'utilisation :

Suppression du contenu relatif au comportement de l'auteur

Nous avons toujours eu comme politique la suppression des contenus qui évoquaient en premier lieu le comportement de l'auteur sur la page relative aux ouvrages. Une fois supprimées, ces critiques étaient toujours disponibles sur la page de l'usager. À compter d'aujourd'hui, nous les supprimerons totalement du site. Nous supprimerons également de Goodreads les étagères et les listes de livres centrées sur le comportement des auteurs.

Et la plateforme de s'exécuter le matin même, en supprimant des dizaines de contenus d'utilisateurs. Les réactions n'ont pas tardé, à mesure que ces derniers découvraient le nouveau contrôle sur les contenus : « Ce site est fait pour les lecteurs. À présent, on dirait bien qu'il apaise avant tout les auteurs et vos sponsors » écrit un membre du réseau. Un autre : « Avec un avertissement, j'aurai pu renommer mon étagère, la mettre en privé, ou la passer hors-ligne. À la place, vous avez simplement supprimé des années de collecte de livres. Mauvaise décision. J'en ai fini avec vous. »

 

D'après Goodreads, le but premier de la démarche était d'éviter des cas de racket, de diffamation ou d'insultes en ligne : « Les critiques supprimées - et nous pensons qu'elles n'ont pas leur place sur Goodreads - sont celles du type : "l'auteur est un conn*rd et c'est une bonne raison pour ne pas lire ce livre" », s'est ainsi défendue Kara Erickson.

 

Peine perdue : les 21 membres qui ont vu certains de leurs contenus supprimés sans préavis ont reçu le soutien d'un nombre croissant de membres, y compris des auteurs eux-mêmes : « Goodreads, en tant qu'auteure, je prends vraiment MAL cette décision. La libre discussion et le libre échange des opinions (que je les apprécie ou pas !) sont importants à mes yeux en tant qu'auteure, lectrice et être humain. Et, en tant que site consacré au livre, cela devrait l'être pour vous aussi ! » écrit ainsi Carolyn Crane.

 

Le site s'est en fin de compte excusé d'avoir supprimé des contenus sans préavis, mais ne change pas pour autant sa ligne de conduite : simplement, les utilisateurs concernés recevront un avertissement et un laps de temps pour décider que faire des contenus visés par la modération. « Jugeons les livres sur leur contenu », rappelle Erickson dans un post pour clarifier les choses. Et les 20 millions d'utilisateurs du réseau sur leur courtoisie ?