Google Books, prestataire unique, donc capricieux

Clément Solym - 27.04.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - google - livres - numeriser


La suppression la semaine passée, ou du moins son annonce, du service de vidéo Google Videos, la firme s'est pris quelques commentaires peu agréables. Mais ce qui était d'autant moins appréciable, pour les utilisateurs, c'est que la décision était prise d'un coup d'un seul. Et que rien n'empêchera que cela se reproduise.

Ce que Google souhaitait, en fermant ce service, c'est arrêter l'hébergement, pour se recentrer sur la recherche, quelle que soit la plateforme qui héberge la vidéo. En somme, on arrête les frais de serveurs énormes pour stocker Madame qui joue du ukulélé, et l'on reprend les bases : moteur de recherche et algorithmes. Et en premier lieu, on fait disparaître les milliers de Go que les utilisateurs ont pu mettre en ligne.

Ctrl+Suppr

Alors, avant de se faire plus dévot qu'il n'en est besoin, autant l'avouer : comparer les services Google Books et Google Videos est déraisonnable. Stocker une vidéo et la proposer en streaming n'a absolument pas le même coût que numériser un livre et le mettre en libre consultation. Encore que...


Pourtant, à ce jour, Google aurait numérisé 15 millions de documents, archivés et classés, bien qu'avec un peu de difficulté. Ce n'est donc pas tant sur le fonctionnement du service et les coûts structurels qu'il engendre, qu'il est bon de s'arrêter une seconde, que sur l'arbitraire incontestable de la décision. Après tout, Google est une société, et en tant que tel, peut bien faire ce qui lui chante.

Parce qu'évidemment, l'angoisse première, serait de voir disparaître complètement l'ensemble des livres numérisés, du jour au lendemain, sous prétexte, histoire de poursuivre la comparaison, que Google préfère se recentrer sur son activité de moteur de recherche et indexer ce qui existe de sites hébergeant des ebooks.

Pomme+Z

Là encore, une nuance reste à apporter : la vidéo, c'est l'utilisateur qui l'avait créée. Il est probable qu'une grande proportion violait les droits d'auteur, mais pour ce faire, il reste toujours YouTube - propriété de Google - qui a entamé une grande campagne de pédagogie sur le sujet. Et dans tous les cas, Google a investi sur la numérisation des livres - là où la firme ne faisait que proposer passivement un service d'hébergement pour les vidéos.

Les bibliothèques qui ont ainsi travaillé avec la société dispose par ailleurs d'un double du livre numérisé - c'est la base même du deal. Et de la coopération entre secteurs public et privé, si complexe à mettre en place en France.

Inser

Le véritable problème serait donc moins l'arbitraire sans cesse possible que de voir Google couper les vannes d'une part de la numérisation, d'autre part de la consultation, que de savoir que l'ensemble de ces documents n'existe que de façon éparse. Et que la firme californienne est la seule à mettre en place un service de consultation disposant de la totalité de ces oeuvres.

En fait, la crise, c'est de savoir qu'une fois encore, Google incarne le début et la fin. Et que les lecteurs sont clairement dépendants de ce prestataire unique, dans tous les sens du terme.

(d'après Guardian, mais avec quelques réflexions personnelles)