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Google Play Books lorgne du côté d'Amazon et d'Apple

Clément Solym - 08.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Google Play Books - Kindle Store - iTunes


Avec Google Play, le moteur de recherche tente de donner un nouvel élan à ses offres en matière de produits culturels et d'applications, en les centralisant sur une plateforme unique. (voir notre actualitté) Mais il met également en place une nouvelle stratégie commerciale basée sur les promotions et l'accessibilité, plus agressive et... moins partageuse.

 

Quelles bonnes raisons pour acheter ses ebooks sur Google Play plutôt que sur l'iTunes ou le Kindle Store ? C'est la question ultime pour les directeurs commerciaux chez Google, qui avaient la lourde charge d'impulser un nouveau départ à Google eBooks. Ils commencèrent par se séparer des partenaires les moins rentables de leur programme d'affiliation Google Books, avant de revenir sur leur décision. (voir notre actualitté)

 

Matt Supko, le directeur de l'ABA IndieCommerce Program (qui permet aux membres de l'American Bookseller Association de collaborer avec Google sur le livre numérique), déclarait pour clore la polémique que « Google a affirmé à plusieurs reprises, et continue d'affirmer, son soutien aux librairies indépendantes ».




Mais qu'en est-il de Google Play ? La nouvelle plateforme s'accommodera-t-elle de partenaires plus ou moins efficaces ? Tout porte à croire que non : comme le note une journaliste de PaidContent, « Les livres ne sont qu'un type de contenu vendu par Google, et la société veut les proposer comme des éléments d'un écosystème à la iTunes, et non comme les contenus d'un autre revendeur. »

 

Car c'est bien la carte de l'accessibilité et de la diversité de l'offre que va jouer Google, afin de faire de son Google Play un magasin en ligne autonome, sur lequel l'internaute pourra acheter divers contenus, qui vont de l'application au film, en passant donc par l'ebook. D'ailleurs, des audiobooks seront disponibles, si l'on en croit une page encore vierge dans l'aide Google Play. La société a également acheté des noms de domaines qui laissent penser que des magazines, des journaux et des émissions télévisées pourront être proposés à l'achat.

 

Et, pour stocker tous ces contenus, l'utilisateur pourra jouir d'un espace Cloud du même acabit que ceux d'Amazon (Kindle Cloud Reader) et d'Apple (iCloud). Ce stockage « dans les nuages » permet de passer facilement d'un appareil de lecture à un autre, sans transférer ni télécharger à plusieurs reprises ses données. Et Google Play met le paquet en proposant un espace de stockage gratuit et illimité (l'iCloud est ainsi limité à 5 Gb de données).

 

Par ailleurs, Google a opéré une curieuse opération de mimétisme avec le Kindle Store, lorsqu'il a proposé à l'occasion du lancement de la plateforme des promotions drastiques sur certains produits. Google propose ainsi « 100 livres à moins de 3.99 $ », une formule qui rappelle celle de son concurrent direct, qui affiche de son côté « 100 livres Kindle à moins de 3.99 $ ». Et quand Google Play Books propose le best-seller de Jonathan Safran Foer Extrêmement fort et incroyablement près au prix incroyable de 25 cents (environ 20 centimes d'euros), Amazon trouve l'idée tellement bonne qu'il revoit immédiatement ses tarifs à la baisse.

 

Et les librairies, auxquelles Google n'en finit pas « d'affirmer son soutien » ? Le site Melville House Books s'est amusé à chercher comment accéder à la liste des revendeurs partenaires de Google, et l'ensemble relève du calvaire numérique : pas moins de trois redirections avant de finir sur une page d'aide qui suggère d'acheter ses livres sur Google Play (!), puis, si vraiment l'envie est irrépressible, de visiter les sites de l'Alibris, de l'American Booksellers Association ou de Powell's Books.