Google scanne mais ne cane pas dans les universités US

Clément Solym - 12.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Google - numérisation - universités


Alors que le programme de numérisation Google des fonds des universités américaines entame sa sixième année d'existence, l'heure est venue pour un petit état des lieux. Si les établissements partenaires constatent tous un léger ralentissement du rythme des numérisations, la satisfaction est plutôt au rendez-vous malgré quelques péripéties logistiques et légales.


Edward V. Van Gemert, le directeur de la bibliothèque de l'université du Wisconsin, ne cache pas son enthousiasme. Partenaire de l'établissement depuis 2006, le moteur de recherche Google s'était engagé à créer une base de données à partir de ses collections d'ouvrages, et à en ouvrir l'accès aux étudiants, aux professeurs et au public.

 

« Il aurait été impossible à l'université de déployer autant de moyens en si peu de temps » note d'emblée Van Gemert, comme pour s'excuser de travailler main dans la main avec le géant numérique : « Du coup, ce partenariat représente vraiment un franc succès, à une époque où l'accès numérique devient primordial ». 600 000 ouvrages provenant des fonds de la bibliothèque ont été scannés, et le seuil minimum de 500 000 titres imposé à Google est donc atteint.

 

 

Disposant de moyens considérables et d'un bon capital sympathie, Google a courtisé les universités de monde entier dès 2004, pour commencer son programme de numérisation en 2006 (la liste des partenaires est disponible ici). Depuis, quelques tempêtes ont violemment secoué le navire-amiral : il y a d'abord eu un procès feuilletonnesque qui opposa Google à l'Association of American Publishers autour d'une numérisation des oeuvres jugée abusive. (voir notre actualitté)

 

Certaines voix discordantes se sont aussi fait entendre du côté des universités, mais les négociations autour du contrat se sont conclues à l'amiable : l'université du Texas (Austin) a ainsi limité la numérisation à sa collection latino-américaine, soit 500 000 volumes environ. « Nous n'étions pas attirés par un accord qui nous aurait conduits à déplacer les 10 millions d'ouvrages des bibliothèques, puis à les réinstaller », explique Fred Heath, directeur des bibliothèques de l'université du Texas. Les premières années, menées tambour battant, ont fait place à un rythme plus mesuré.

 

Le rythme se ralentit

 

Ainsi, plusieurs bibliothèques ont noté un fléchissement sensible dans la vitesse de numérisation : « Ils scannent toujours. Ils scannent juste à un rythme moins intensif » constate Paul N. Courant, responsable des bibliothèques de l'université du Michigan. Un constat partagé par la plupart des adhérents au programme, mais qui n'inquiète pas outre mesure : « Nous avions anticipé ce ralentissement » note même l'université du Wisconsin. Il y a moins d'un an, la fermeture du projet de numérisation des journaux par Google avait quand même quelque chose d'une menace. (voir notre actualitté)

 

Emily Shaw, une employée à la préservation numérique à l'université de l'Iowa, partage son expérience en la matière : « C'est un processus complexe. Les bibliothèques fournissent de la main-d'oeuvre pour collecter les ouvrages et les préparer pour l'expédition. Un manager de chez Google assure la logistique et le planning des envois. » Le moteur de recherche rembourse d'ailleurs les frais de port aux universités.

 

Quant à la plateforme, qui contiendrait quelque 20 millions de références d'après Google, elle reçoit un accueil plutôt favorable du côté des étudiants et des professeurs, du moins en termes d'utilisation. Une étudiante de l'université de Floride (non-affiliée au programme de Google) a ainsi mis en ligne un Tumblr sur lequel elle recense toutes les anomalies et erreurs des scans Google. Pages déchirées, pliées, ou main de l'employé devant le texte, les photos s'enchaînent et témoignent d'une attention au moins aussi soutenue que celle d'un rat de bibliothèque.