Google supprime 100 millions de liens, et fausse la balance ?

Antoine Oury - 29.07.2013

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En un peu plus de 6 mois, Google a mis les bouchées doubles sur les suppressions de liens jugés en infraction avec le copyright : en 2012, le moteur de recherche avait retiré 50 millions de liens, deux fois moins que le score réalisé depuis janvier 2013. Un zèle tout particulier qui peut modifier les conditions commerciales, au profit des ayants droit, et pas forcément des artistes.

 


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Mike Towber, CC BY-SA 2.0

 

 

Le site Torrent Freak rapporte le nombre exact de liens supprimés des résultats de recherche Google, en se basant sur les rapports de transparence publiés par le moteur de recherche : depuis janvier 2013, 105.300.000 ont ainsi été bannis pour infraction au copyright. Un chiffre révélateur d'une hausse substantielle, puisqu'il a doublé par rapport à 2012, quand 51.395.353 liens avaient été supprimés.

 

 

 

Les sites d'hébergement de fichiers, comme Rapidgator ou FilesTube sont les premiers concernés, accompagné par les sites de torrent, Torrentz.eu en tête. Comme l'année dernière, la Recording Industry Association of America est la plus virulente, avec près de 26 millions de signalements, contre 7 millions l'année dernière. L'association, une des plus puissantes de l'industrie musicale, demande désormais à Google de bannir des noms de domaines, et plus seulement des liens, de ses résultats.

 

Google garantit que tous les efforts sont faits pour éviter le retrait abusif de liens : « Nous faisons toujours de notre mieux pour éviter les erreurs ou les signalements abusifs afin de ne pas interdire l'accès à un contenu qui n'est pas en infraction avec le copyright », souligne ainsi la firme. 

 

Mais la volonté de transparence de Google n'empêche pas des décisions plutôt contestables : ainsi, le moteur de recherche a récemment supprimé des suggestions de recherche (affichées dans la barre lorsque les premières lettres d'un mot sont tapées) le site de musique en streaming Grooveshark (retrouvez d'ailleurs notre profil et nos playlists). Celui-ci affiche plus d'un million de visiteurs par jours aux États-Unis et reste particulièrement apprécié des labels indépendants, car les publicités qu'il affiche restent non-instrusives, à la différence de Spotify ou Deezer. Les majors, elles, n'ont jamais réussi à s'entendre avec la plateforme, et non pas hésité à multiplier les procès.

 

Depuis que le site de streaming a disparu des suggestions, le trafic a été dramatiquement réduit, prouvant encore une fois toute l'importance du référencement sur le moteur de recherche le plus utilisé au monde. Le site concurrent Spotify, lui, bénéficie toujours des faveurs du moteur de recherche, alors que sa gestion des contenus et la rémunération des artistes ne sont pas son fort. Le groupe Radiohead annonçait ainsi il y a peu qu'il quittait la plateforme, mais aussi Deezer, avec un tweet rageur lancé par Nigel Godrich, producteur du groupe :

 


 

« Bon, voilà la nouvelle. Nous quittons spotify... On ne peut pas continuer comme ça, mon pote... Une petite révolution sans fondements. »

 

Le chanteur du groupe Tom Yorke a renchéri en soulignant que les artistes « ne seront pas payés » par la plateforme. Quand on se souvient que Radiohead avait considérablement profité du partage P2P pour le succès de l'album Kid A, la nouvelle redessine la frontière entre « légal » et « illégal », « intérêt pour la création » et « intérêts des ayants droit »...

 

Une situation similaire pourrait-elle s'appliquer au livre ? La plateforme de partage de textes YouScribe, contactée par ActuaLitté, nous confirme n'avoir jamais été inquiétée par Google, mais par... la Cour des Comptes, qui leur a demandé à plusieurs reprises le retrait de documents téléchargés sur le site. Venant d'une institution publique, qui révèle des documents tout aussi publics, la demande est plutôt dérangeante.

 

« À côté, il y a parfois des utilisateurs qui se permettent de s'approprier des documents dont ils ne disposent pas de la paternité intellectuelle, et d'autres pour lesquels l'infraction repose plus sur le contenu. Les critères moraux s'appliquent alors, dans le cas de contenus pornographiques ou incitants à la haine raciale, comme Mein Kampf par exemple », souligne YouScribe.

 

« Tout le monde peut poster, ce n'est pas dans nos valeurs de vérifier au préalable les contenus » poursuit le site : les serveurs de la plateforme vérifient l'auteur du document et son contenu à l'aide des métadonnées de ce dernier, et un outil signale aux gestionnaires des contenus les éléments jugés douteux. Un oeil humain vérifie donc toujours la provenance et le contenu des documents, qui peuvent par ailleurs être signalés par des utilisateurs eux-mêmes.

 

Mais quel oeil pourra aller aussi vite que les 476.190 retraits par jour de Google ? À ce rythme, il est facile de passer pour un distributeur de contenus abusifs...