Google voulait remplacer les libraires : c'était une blague en réalité

Nicolas Gary - 06.10.2016

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Mi-septembre, Google jouait aux disrupteurs en annonçant son service Discover. Gare aux libraires, aux vendeurs de livres, aux bibliothécaires : la recommandation et les conseils de lecture, désormais, se trouveraient chez Google. Une blague, sérieusement...

 

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Matteo Paccioti

 

 

Le tempo était pourtant donné : « Lorsque vous lisez un article ou regardez une vidéo, Discover en extrait automatiquement les informations mentionnées, et vous pouvez donc commencer à lire un extrait gratuitement ou acheter le livre en quelques clics. » Autrement dit, Google assurait clairement qu’il allait fouiller des données pour en extraire des conseils de lectures. Discover deviendrait le meilleur ami du lecteur, après le muffin fruits rouges et la tasse de thé/café.

 

Disponible uniquement pour appareils Android au lancement, le service promettait tout de même monts et merveilles, comme le rappelle Joe Wikert, spécialiste des questions numériques dans l’édition. Par curiosité, ce dernier a expérimenté l’application, juste, comme il le souligne, pour garder sur Amazon un regard honnête. D’ailleurs, la firme a besoin de concurrence pour garantir à ses clients des produits de qualité, non ? Avec Discover, Bezos doit se tenir encore les côtes : son algorithme n’a même pas à rougir de l’indécence de l’outil Google.

 

Petit rappel : en janvier 2016, Google disposait de 88,66 % de parts de marché (data Net Applications). En somme, quand on cherche, c’est à Google que l’on demande de trouver. Et par ailleurs, la société a également procédé à la numérisation de millions de livres en différentes langues, pour apprendre à ses machines à reconnaître des questions d’internautes, et mieux identifier les réponses pertinentes. D’ailleurs, couplant les données d’un navigateur Chrome qui se synchronise d’un ordinateur à un mobile, brassant les données d’un usage d’application ainsi que les contenus des emails – quand on est utilisateur Gmail... Tout cela avait un peu de style.

 

En toute légitimité, l’utilisateur pouvait estimer que les conseils de lecture reposeraient sur un ensemble de données prises en compte, Google accumulant les multiples sources d’informations sur l’usager. Car, finalement, pour conseiller une lecture au mieux, il faut en savoir le plus possible sur le lecteur : entre Google et Facebook, difficile de dire qui est le mieux renseigné...

 

Mais Wikert, les yeux brillants d’espoir en se lançant dans Discover, a rapidement déchanté. « Mes espoirs ont été anéantis, et mes hypothèses [toutes celles évoquées ci-dessus, NdR] se sont avérées fausses, quand j’ai vu les résultats », assure-t-il. Tout simplement, Google s’est contenté d’un algorithme qui examine les livres achetés avec son application Google Play Book, et s’est gentiment arrêté au milieu du gué. « Google Discover n’est rien de plus qu’un dépotoir de toutes les choses liées au livre », balance l’expert.

 

Et de poursuivre : « Ils ont apparemment supposé que si vous lisiez des livres, vous êtes intéressé par tout ce qui concerne des livres. Ou sont partis de l’hypothèse qu’un amateur de rock des années 70 aime forcément tous les styles de musique, y compris la disco, le jazz, le classique, le rap, etc. » Un bête calcul mathématique, avec un moteur de recommandation, pas bien plus futé que celui d’Amazon... le bouleversement Discover est encore loin de ce que l’on pouvait attendre.

 

Wikert conclut, manifestement déçu : « Je dois reconnaître que l’utilisation de Google Discover est pathétiquement faible. » Bien entendu, tout cela peut s’améliorer et ce ne serait pas la première fois que la firme s’aventure à expérimenter de petites choses avant de passer aux sérieuses aventures. « Google a besoin de tirer parti de toutes les données dont il dispose sur nous, bien plus que celles qu’a Amazon, d’ailleurs, et remettre l’ouvrage sur le métier, avant de revenir avec un service Discover 2.0. »

 

bien cadré, mais mal tiré...