Hachette Livre circonspect devant MO3T, "un projet flou"

Clément Solym - 26.07.2012

Lecture numérique - Usages - MO3T - Orange - cloud


Information ActuaLitté : L'initiative MO3T, impulsée par l'opérateur télécom Orange, accompagné de nombre d'acteurs de l'édition - Eden Livres, Editis, ainsi que des libraires, La Procure et Dialogues, ou encore Dilicom et le Syndicat de la librairie française - suscite l'intérêt depuis quelques jours. En effet, le Commissariat général à l'investissement aurait validé un montant de 3 millions € pour ce projet. Contacté par ActuaLitté, ce dernier n'était pas en mesure de nous confirmer pour le moment ni la somme, ni la décision. Mais attendons. 

 

 

King Cloud

Le cloud, par MO3T, solution d'avenir pour l'édition

 akakumo via Flick

 

 

C'est que MO3T nourrit un noble objectif, ainsi que nous l'expliquait David Lacombled, de chez Orange : « MO3T, c'est l'association de tous les corps de métiers : distributeur, opérateur, éditeur, bibliothécaire, avec la vocation de rassembler le plus largement possible. Pour Orange, c'est une réponse apportée en tant qu'organisme d'opérateur historique. » Et effectivement, réunir autant d'acteurs autour de la table n'a rien d'une sinécure. D'autant que la mission dont s'investit le projet est importante : assurer un accès interopérable et pérenne aux ouvrages numériques achetés par les consommateurs, tout en permettant la construction facilitée d'une offre numérique pour les bibliothèques. (voir notre actualitté)

 

Entre temps, la discussion est partie sur Twitter, avec quelques bribes d'informations données, qui appellent toutefois plus de questions que de réponses 

 

 

 

Une volonté d'ouverture maximale

 

ActuaLitté s'est donc tourné vers Dilicom, dont le directeur général, Vincent Marty, a accepté de prolonger la réflexion. C'est que, pour alimenter les librairies en offre numérique, le Hub Dilicom cherche à s'imposer comme la solution la plus efficace. « Concernant MO3T, Dilicom intervient comme tiers de confiance ; nous sommes tout à la fois intermédiaire et pivot, pour permettre l'échange entre les acteurs, en facilitant, administrativement, par exemple, les relations. » 

 

Depuis juin 2010, le Hub se charge de réunir les maisons d'édition souhaitant diffuser leurs livres numériques, et opère la connexion entre les distributeurs et les libraires, alimenté depuis les maisons. Le rôle ne devrait donc pas changer dans le cadre de MO3T, « mais ce projet ne se réalisera pas en un claquement de doigts. Aujourd'hui, la roadmap [feuille de route] n'est pas définie, nous posons ensemble les critères et les principes d'action. Cela dit, nous n'avons toujours pas reçu la notification du Commissariat, et sommes donc en attente de ce qui déclenchera la mise en marche. »

 

Pour l'heure, donc, nous l'avions compris, aucun mode opératoire ni spécificité. « Ce qui caractérise MO3T, c'est que rien ne doit être exclu. En termes de fonctionnalités, nous souhaiterions que tout soit possible. Si les acteurs souhaitent mettre en place des fonctionnalités pour répondre aux besoins déterminés, alors le projet tentera de les concrétiser. Et oui, dans l'absolu, nous pourrions même travailler avec Google ou Amazon, puisque MO3T n'est en rien concurrent de ces ebookstores. Nous ne vendons pas de livres, nous proposerons un service de gestion de bibliothèque. »

 

Prenons-nous à rêver un instant : si j'achète des ebooks au format EPUB et d'autres, au format Kindle, parce qu'Amazon devient partenaire, l'interface de lecture serait alors en mesure gérer les deux formats, et l'utilisateur accéderait à une bibliothèque comprenant les deux formats. Rire amusé de Vincent Marty. « Pourquoi pas ? Nous nous positionnons dans une recherche d'ouverture maximale. » 

 

Hachette Livre, le grand absent

 

Maximale ? Certes, mais l'on ne manquera pas de remarquer que, dans la liste des intervenants, côté éditeurs, il manque tout de même Hachette Livre, soit le premier groupe français d'édition. « C'est un partenaire essentiel, dont nous espérons qu'il rejoindra le projet, puisque nous avons vocation à accueillir tout le monde. »

 

Eh bien… contacté par ActuaLitté, Hachette Livre n'est pas tout à fait du même avis. « Notre groupe se tient volontairement à l'écart de ce projet, qui nous paraît flou quant à ses objectifs. Dans le contexte actuel, Hachette se montre particulièrement vigilant à tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une entente. » Bien entendu, chat échaudé craint l'eau froide et alors que le ministère de la Justice américaine et l'autorité de la concurrence européenne ont déclenché des procédures judiciaires, la tendance est à une prudence très poussée.

 

« C'est un projet très collégial, qui veut réunir 'les corps de métiers'. Mais nous ne travaillons pas dans le bâtiment. Tout cela relève d'une initiative de société privée, Orange, et nous sommes une autre société privée. À ce titre, nous n'avons pas vocation à créer une grande famille. Il y a des limites à la coopération, ce qui nous pousse à nous tenir à l'égard, avec réserve. »

 

La famille, c'est primordial

 

La porte est donc clairement fermée. Mais n'oublions pas que la 'grande famille' n'a pas toujours été une idée à laquelle s'opposait le groupe. En octobre 2009, Arnaud Nourry, le PDG du groupe vantait les mérites de… Numilog, présentant cette plateforme comme la solution permettant de regrouper tous les éditeurs, et proposait même d'en ouvrir les portes à tous ceux qui rêvaient d'union. Depuis, Numilog a été rendu à son fondateur, Denis Zwirn, et Hachette se préoccuperait plutôt de consolider ses propres structures numériques.

 

Mais manifestement, personne n'avait alors répondu aussi massivement que le groupe ne l'avait espéré, et un mois plus tard, c'était une nouvelle initiative qui germait, Myboox, avec une vocation de réseau social du livre, dont le capital devait appartenir, à terme à 51 % à Hachette et pour le reste, aux éditeurs souhaitant en faire partie… (voir notre actualitté)